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08

Onfray, ou l’inconséquence politique

Il y a 15 jours, Michel Onfray publie une tribune inacceptable, tant sur le fond que sur la forme, dans Siné Hebdo (reproduite ci-dessous).

  • Tout d’abord, il prend pour acquis que les 9 arrêtés seraient bel et bien coupables ; loin de lui de remettre en cause l’hypothèse qu’ils pourraient être innocents et victimes d’une opération qui, en cette période, profite largement au gouvernement ; Onfray est au mieux victime du lynchage médiatique, au pire acteur de ce même lynchage ; dans tous les cas, le penseur de la gauche radicale qui se veut libertaire est discrédité pour un bon moment ! Comment prétendre révolutionner le monde quand on n’est même pas capable d’un peu de discernement politique sur une histoire qui semble montée de toute pièce ;
  • Ensuite, il sépare le bon révolutionnaire du mauvais, celui qui est légitime de celui qui ne l’est pas ! Ne faudrait-il pas une seconde s’interroger sur ces catégories de pensée qui sont en large partie imposées par la doxa dominante ! Si toute forme de sabotage devient du terrorisme, ne faut-il pas d’inquiéter de voir demain toute action politique et syndicale être interdite sous prétexte d’atteinte à l’ordre public ?

Depuis, Onfray s’est excusé dans une nouvelle tribune dans Libération. Comme quoi, on est aimé de la presse ou on ne l’est pas…

Que dit cette tribune ? Pas grand chose si ce n’est qu’il a été victime de la cabale médiatique. Comme beaucoup de nos concitoyens, sans doute. Mais quel est le propre de celui qui se veut intellectuel et penseur de la radicalité ? Justement prendre du recul par rapport à l’actualité médiatique… Rien de tout cela ici. Onfray, acteur du système médiatique plus que le libertaire qu’il prétend être vient faire preuve, une nouvelle fois, qu’on ne peut être aimé des médias et capable de recul et de discernement. C’est cette attitude qui mériterait excuses et remise en cause. Allez encore un effort…

Pour juger sur pièce, nous reproduisons ci-dessous les deux tribunes :

  • Tribune dans Libération, 3 décembre :

http://www.liberation.fr/politiques/0101302670-c-est-criminaliser-la-pensee

«C’est criminaliser la pensée»

Michel Onfray Philosophe, auteur de la Philosophie féroce (Galilée).

Lorsque la presse a rapporté l’arrestation des présumés responsables des actes de sabotage des lignes TGV, la présomption d’innocence fonctionnait, certes, mais la présentation des faits par les médias, relayant à chaud,faute de mieux, la version policière, ne semblait faire aucun doute : il s’agissait là des personnes qui posaient les fameux fers à béton sur les caténaires.

Informé par cette seule source, dont la une de Libération, qui titrait «L’ultragauche déraille», j’ai rédigé mon billet hebdomadaire dans Siné Hebdo en déplorant les actes de sabotages, qui ne profitaient pas au peuple, mais qui, bien plutôt, le pénalisaient. Soit de manière individuelle, par les dommages causés ; soit de façon collective, par la légitimation d’une réponse répressive des gouvernements en place.

Or, comme toujours lorsque la presse annonce avec force une information réellement fausse (jadis, par exemple, le clonage d’un enfant chez les raëliens…), sinon incomplète, fragmentaire, parcellaire, donc partiellement fausse, il n’y a pas beaucoup d’autocritique ensuite. Dans le cas de Tarnac, par exemple, on constate que, le temps de la garde à vue et à défaut de plus amples informations, la presse est restée proche de la position du ministère de l’Intérieur, qui s’avère grandement fautive. Car le dossier ne comporte rien.

Ainsi, l’ADN des dits suspects, qui, habituellement, agit en maître de justice incontestable, n’a pas été retrouvé sur le lieu des forfaits. Les accusations sont portées sur des hypothèses qui ne tiennent pas : un passé de militant et d’activisme international, ce qui ne saurait constituer un délit ; un matériel qui aurait pu servir aux actes de sabotage, mais qui pourrait tout aussi bien s’expliquer par les besoins du pur et simple bricolage dans une maison ; des horaires de TGV, mais on peut en avoir besoin pour les prendre à l’heure sans vouloir les stopper ; mais aussi, et surtout, des livres ! Péché mortel, une bibliothèque subversive ! Et la présence de l’Insurrection qui vient, un ouvrage sans nom d’auteur dont on dit qu’il a peut-être été signé par le principal protagoniste, transformé en «chef».

Devant un dossier vide et une totale absence de preuves, que peut faire la police pour ne pas se déjuger ? En appeler au terrorisme et à la possibilité d’un acte terroriste potentiel induit par le profil intellectuel. Autrement dit : criminaliser la pensée. Une version du délit de sale gueule : ils auraient pu le faire, donc ils l’ont fait. Le terrorisme, sauf cas avéré – les attentats qui ont visé Bombay, par exemple – est souvent le mot qu’on utilise pour fustiger l’ennemi quand on a envie de le condamner sans preuves ou avant même instruction du dossier. Fasciste, stalinien et pédophile servent selon les mêmes logiques.

Devant un dossier vide et une totale absence de preuves, que peut le journalisme pour ne pas se déjuger plus que de raison ? En appeler au débat et aux dossiers – plus tard…

J’y contribue d’autant plus volontiers que, dans Siné Hebdo, j’ai moi-même donné le change en emboîtant le pas aux journalistes d’en face ! Le temps d’une chronique, certes, mais quand même. Une leçon sur le journalisme qui est un pouvoir comme les autres et que le libertaire que je tente d’être ne se rappelle probablement pas assez…


5 Responses to “Onfray, ou l’inconséquence politique”


  1. 1 Karl-Groucho
    décembre 7, 2008 à 20:48

    C’est drôlement pas de chance, ça !

    Notre Grand Penseur n’a pas pu s’informer correctement avant son renvoi de bile !
    Alors que qui voulait s’informer le pouvait en 5′ sur panet !

    Pas de chance, ou deux fois carrément faux cul ?

    Terminé pour moi, Siné Hebdo.

    Ce n’est après tout qu’une affaire d’habitude.

    Le Monde, terminé ; Libé, terminé ; France Culture, terminé ; France Musique, terminé ; Charlie Hebdo, terminé ; Bientôt (?), le Canard, terminé ?

    Restent CQFD, et (peut-être, car acec les DVD réservés aux abonnés, la différence est où ?) Le Plan B…

    Reste panet et les revues de presse à faire soi-même.
    Pas mal.
    Pourvu que ça dure.
    Dur !

  2. décembre 7, 2008 à 20:48

    Ça faisait tout de même un moment que ça tanguait grave du côté de notre derviche penseur (http://www.yetiblog.org/index.php?post/2007/03/30/142-danseuse) !

  3. décembre 7, 2008 à 21:37

    Il faudrait mettre Michel au frais: ce type est incapable de garder la tête froide…Déjà oublié sa veste retournée après avoir soutenu Bové? ça tourne, ça tourne, donc ça chauffe!
    Et ça se permet de donner des leçons de philosophie… Pauvre type!

  4. 4 Martine la Girondine
    décembre 9, 2008 à 13:47

    Je ne suis pas agrégée de philo, je ne suis pas un personnage médiatique à qui on demande d’écrire dans les journaux, pourtant, lors de l’annonce , à grand tam-tam médiatique , de l’arrestation des 9 « terroristes » de Tarnac, ça m’a CREVé LES YEUX qu’il s’agissait de trouver VITE VITE des coupables plausibles …Et les 9 de Tarnac l’étaient, « plausibles », pour le pouvoir omnubilé par la fameuse « lutte anti-terroriste » …Il m’a également sauté aux yeux ( et je ne suis pas la seule heureusement ! ) qu’ils n’étaient « coupables » que de trop de réflexion au sujet des aberrations de la société capitaliste-libérale-financiarisée où nous vivons ( hélas, à notre grande fureur !) et coupables aussi de vouloir mettre en actes un nouveau modèle de relations sociales…modèle qui MARCHE puisque les gens du village ( qui n’ont pas l’air d’être de dangereux gauchistes avec le couteau entre les dents…) ont aussitôt créé un comité de soutien.
    Si moi, pas plus maline qu’un(e) autre, j’ai perçu IMMEDIATEMENT l’embrouille de Michèle Alliot Marie et de ses affidés, comment un éminent prof de philo, homme médiatique et tout et tout, ne l’a pas vu, LUI ???
    CURIEUX, non ?
    Alors, après, bien sûr , on peut s’excuser, ce qui est mieux que de ne pas le faire…mais bon…ça commence à faire beaucoup de « volte-faces » pour notre cher libertaire de salon…
    Bon d’accord, ça ne mérite pas les mines de sel, mais ça relève de la coup-de-pied-au-cul-thérapie…

  5. janvier 9, 2009 à 12:06

    « le penseur de la gauche radicale qui se veut libertaire »

    vous êtes dur… il est juste anticonformiste …

    il était pas au courant … donc il est écarté des suspects du complot …

    jolie coup de pub !!

    merci à vous pour nous informer si bien.


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