14
Déc
08

Libération – Stéphane Rials – «Ne pas oublier l’héritage du droit»

«Ne pas oublier l’héritage du droit»

Publié ici. Le 3 décembre

STÉPHANE RIALS, professeur (universitaire de France-Paris-II). Auteur d’«Oppressions et résistances» (PUF)

En France, le 2 décembre n’est pas un jour faste… Une chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a partiellement suivi les réquisitions du parquet en maintenant en détention Julien Coupat et sa compagne. Il est trop tôt pour juger avec sérieux un choix dont les motifs sont ignorés. Mais, s’il s’agit des libertés et des droits, il est permis de ne pas se sentir très bien ces temps-ci.

Chacun admet qu’il n’est pas souhaitable – si la preuve en est administrée – qu’une poignée d’enfants tristes persistent à jouer au train électrique à un âge où ils devraient jouer en Bourse. Nul ne nie que le sabotage de caténaires avec des fers à béton ne doit pas être encouragé. Mais, à l’heure de Bombay, la conscience commune est troublée par la caractérisation de l’épisode du Lille-Paris comme «terroriste». La presse audiovisuelle avait immédiatement évoqué des «actes de malveillance». C’est bien de cela qu’il s’agissait : ni terreur, ni effroi, ni épouvante, rien qui évoquât une «entreprise terroriste», si les mots ont un sens.

Le parquet a d’ailleurs cru bon d’évoquer l’insoutenable violence programmatique des textes du Parti imaginaire et du Comité invisible. Ce qui frappe à la lecture de ceux qui sont accessibles, ce n’est pourtant pas un ton prometteur de sang. Ce sont plutôt des ambitions littéraires, philosophiques ou sociologiques, inégalement couronnées de succès. L’insurrection qui vient (titre laforguien car l’on refusera de croire qu’il s’agisse d’une pénible réponse à Alain Finkielkraut) amuse par ses «cercles» dantesques ou par son «en route !» huysmansien… Quant à l’Appel, que certains évoquent avec un air entendu, l’on pourra juger inadaptée la présentation plus ou moins spinoziste retenue pour un texte peu serré. Mais pas qu’il s’agit d’un brûlot.

J’évoquais le sens des mots. Mais celui-ci est conventionnel (et pour finir soumis au rapport de forces). L’affaire du TGV n’est pas terroriste selon nos usages ordinaires. Mais autre est la langue du législateur («au sens de la loi du», écrivent volontiers les juristes…) Les articles 421-1 et suivants du code pénal sont très préoccupants. Ils disposent en effet que «constituent des actes de terrorisme», non seulement beaucoup d’actes dont le lien avec toute perspective violente pourrait être ténu, mais nombre de situations objectives très vagues. En lisant l’article 421-2-1, ainsi, on se dit que le dimanche, ceux qui ne travailleront pas feront bien de consommer sagement et de fuir toute vie associative…

N’en doutons pas : il y a aujourd’hui un danger terroriste qui n’est pas le fruit de la seule imagination manipulatrice de certains gouvernants. Il n’est pas impossible qu’il ne faille des mesures particulières pour le combattre. Il est assurément préférable de prévenir des actions terroristes dont certaines pourraient emporter des effets qu’on ne saurait guérir. Nous n’aurions pas dû pour autant oublier l’héritage de notre culture du droit, renoncer à concilier plus justement les impératifs, à mieux proportionner les moyens aux fins et aux risques. En permettant qu’on applique un très sévère régime d’exception à des situations qui ne sont pas des situations d’exception, le législateur nous a conduits, nous le savons aujourd’hui, hors de toute modération.


2 Responses to “Libération – Stéphane Rials – «Ne pas oublier l’héritage du droit»”


  1. décembre 15, 2008 à 06:48

    OUTRAGE PUBLIC à la suite de la réunion de quelques uns de nos maîtres en la ville de Vichy

    samedi 13 décembre 2008, par rennes info

    La répression étatique sévit ici et là à l’encontre de celles et ceux qui mettent des mots sur ce que chacun peut constater quotidiennement de la violence politique qui règne aujourd’hui en France et en Europe.

    C’est le cas pour le collectif de soutien aux sans papiers de Rennes.
    C’est le cas pour les épiciers-« terroristes » de Tarnac. Et pour beaucoup d’autres.

    Considérant que la meilleure défense, c’est l’attaque, le(s) sans nom s’exécutent et déploient les mots, ces armes, en nombre des pires jours, dans tous les registres de l’insultant, du méprisant, de l’offensant, et tout simplement, du vrai. Et ce, à l’endroit du pouvoir politique en place.

    C’est ainsi qu’ils(s) vous invit(ent) à subir l’OUTRAGE PUBLIC dont il(s) se sont rendu(s) coupable(s) à la suite de la réunion de quelques uns de nos maîtres, en la ville de Vichy, au mois de novembre 2008.

    Au sommaire :

    – 1e partie : adresse de(s) sans nom à ceux qu’on dit Français ;
    – 2e partie : la Franceurope de Vichy, 1940-2008 – exposé historique.

    Le tout sous la forme d’une brochure de 44 pages téléchargeable à l’adresse suivante : http://www.geocities.com/sansnom1871 .

    Outrageusement vôtre, Le(s) sans nom.

    http://rennes-info.org/OUTRAGE-PUBLIC-a-la-suite-de-la.html

  2. mars 8, 2009 à 15:58

    Quand Julien Coupat sera ministre dans son pays

    Je pense aux longueurs des minutes lorsqu’elles s’accumulent péniblement les unes aux autres pour former des heures, et des heures entières où l’on attend le plus patiemment possible l’arrivée d’un nouveau jour qui s’amoncellera aux jours passés, si lentement déjà, dans l’espérance interminable d’un jour prochain où l’on sortira enfin de cellule et l’on pourra rejoindre ses proches, ce dernier jour emprisonné est le plus long.

    Le premier jour est le jour indigne de l’humiliation ultime, comme un singe de pleine jungle il s’agit de montrer son anus aux surveillants de la détention en signe de soumission, cette mesure n’a rien à voir avec la moindre volonté de sécurité puisque le détenu récalcitrant sera tabassé, jeté nu sans soins au cachot, et les conditions de torture psychologique pousseront les autres au suicide ou à la prise de médicaments psychotropes.

    La prison n’est pas un lieu de villégiature pour les enfants de Neuilly, pourquoi celui-ci y est-il donc? A-t-il mal joué aux billes avec l’un des rejetons de la famille régnante et cela devient crime de Lèse-Totalitaire, est-ce parce qu’on le voyait trop souvent avec la fille d’un ami de Dany le rouge de honte, les révolutionnaires de salon se sentent le vent des crises en poupe, ils font rejouer la partie par leurs enfants, pour le bénéfice de qui?

    Cette histoire a-t-elle commencé en 1984? Aux accents Orwéliens d’une rigueur cagoularde, lorsqu’il fut temps de découvrir stupéfaits que les chefs de la Gauche de Gouvernement avaient toujours été les chefs des intérêts du capitalisme libéral anciennement avancé? Ou bien cinquante ans plus tôt lorsque la cagoule historique se conjura et promit que « plus jamais 36, la prochaine fois nous serons les chefs de la Gauche » ?

    En tout cas c’est bien en 1984 que les règles générales qui gèrent les conditions ignobles de ta détention furent peaufinées, ainsi que l’arsenal judiciaire terroriste fut initié. A l’époque, tu était bien jeune Julien, il s’agissait d’enfermer des militants qui sont toujours en prison à ce jour malgré leurs grands et notables services rendus à l’Etat Français (Règlement du contentieux Eurodif et libération d’otages français détenus au Liban).

    La République ne se meurt pas, elle s’est auto-dissoute par suite de déconvenues. La gestion des affaires est déjà entre les mains des capitaines de l’économie mondiale, ils nous ont promis la guerre civile mondiale, nous aurons la guerre civile mondiale, pour rénover les quartiers un bombardement va plus vite en besogne que de trop lentes expulsions locatives suivies de bulldozers-reconstruction, regardez Gaza.

    Mais il y a ce peuple de miséreux, c’est toujours incertain un peuple, imprévisible et non programmable, on ne peut pas en changer constamment comme lors de la grande guerre de 1914, qui ferait le travail? Il faut assidûment tenter de lui trouver des chefs adéquats, et si possible issus d’un autre milieu, d’un milieu naturellement méprisant envers les « esclaves » qu’ils sont, sinon ils seraient Autonomes.

    Wikipédia, l’encyclopédie au service de la réécriture Pro-Situ de et des Histoires nous apprends sur L’EHESS: « C’est à une initiative de la Fondation Rockefeller, désireuse de favoriser dans le cadre de la reconstruction de la France de l’après-guerre des études sociologiques éloignées du marxisme, que l’on doit la création en 1947 de la VIe section de l’École pratique des hautes études(L’EHESS). Dirigée par l’historien Lucien Febvre, alors préféré à Georges Gurvitch, grande figure de la sociologie de l’époque, cette institution allait être un des centres de l’intense réflexion sociologique des années 60, autour de François Furet ou de Fernand Braudel. Fernand Braudel qui succède à Febvre, installe en 1962 les diverses équipes de recherches disséminés dans le quartier latin dans les locaux actuels de la Maison des sciences de l’Homme du boulevard Raspail, grâce notamment à un financement de la Fondation Ford ».

    Gageons que ces grandes fondations n’ont pas dévoyé leur argent pour créer un nid de contestataires patenté, voici pourtant de grands noms ayant par le passé inlassablement tenté d’éclairer le pauvre peuple: Pierre Bourdieu, le déconstructeur du marxisme, Luc Boltanski, Jacques Derrida le déconstructeur total, Pierre Rosanvallon, le déconstructeur de la sécurité sociale, Ignacio Ramonet, le déconstructeur de la critique, Alain Touraine, Cornélius Castoriadis, le déconstructeur du socialisme, maintenant Julien, le déconstructeur de l’Autonomie, etc.

    C’est l’un des objectifs totaux de la bourgeoisie, prendre le contrôle mental de tout ce qui bouge, avant qu’il ne pense même à bouger, bien évidemment la hauteur de leurs vues sur nous, sujets de leurs études, ne nous permet en rien de répondre à leurs courtoises interrogations sur notre devenir, penser avec ou contre eux c’est comme de tenter de manger au banquet de la bourgeoisie, vous n’y serez pas invité deux fois tant il est clair que vous n’aurez jamais les bonnes manières.

    Dans notre bouche, le mot « Autonomie prolétarienne » n’a évidemment pas le même sens que pour eux, puisque c’est de nous-même que nous parlons, et les moyens empruntés pour y parvenir ne seront pas tout à fait les mêmes non plus, c’est une histoire qui nous appartient et que ceux qui dans leurs cercles appartés nous traitent d’esclaves ne sauraient comprendre, pas plus qu’ils ne sauraient imiter nos luttes.

    En dehors de prendre le contrôle de nos vies, il faut également prendre le contrôle des changements nécessaires à l’organisation du capitalisme en crise permanente, et donc faire fonctionner les intellectuels coûteusement formés dans toutes les directions du possible et de l’imaginaire, apprendre à vivre encore plus pauvrement encore en temps de crise, voilà le bon conseil, ceux de Neuilly le découvrent, nous y sommes depuis des années.

    Alors voilà, Monsieur le Juge, vous qui ne vous embarrassez guère des droits humains, encore moins des idéaux de la République que vous pervertissez, que votre maître le Grand Totalitaire en soit d’accord ou non, il vaut mieux relâcher Julien Coupat, il ne sera jamais notre chef, ni notre idéologue, ce qu’il écrit est trop compliqué et bien inutile, libérez le, s’il vous plait, dans dix ans ou plus vous en ferez un très bon ministre.

    Christian Hivert


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :