13
Jan
09

Les «nouveaux contestataires» sont parmi nous, La dépêche

On reprend ici un article de la Dépêche paru le 11 janvier…

Contestation. Enseignants, parents, usagers des trains,ils se battent pacifiquement pour refuser des réformes ou garder leur gares…

Aleur façon, ils « résistent ». Ils disent «non» Emules de José Bové, les anti-OGM fauchent, à Toulouse, les militants du Droit au Logement réquisitionnent. Ici et là, des enseignants refusent d’appliquer les directives ministérielles. Dans le Lot, à Livernon, des parents d’élèves ont occupé vendredi l’école primaire parce qu’ils refusent de voir leurs enfants enregistrés sur le Fichier Base-élèves. Une « entreprise de fichage de la population afin de contrôler les récalcitrants ou les esprits divergents », jugent ces parents, soutenus par le maire. Ils se réuniront lundi et se rassembleront à nouveau le 14 janvier. Toujours dans le Lot, à Gourdon, à Souillac, des usagers des trains, avec l’appui des élus, disent fermement « non » à la suppression de certains arrêts (lire ci-dessous). Ailleurs, ce sont des électriciens d’EDF qui rétablissent en douce le courant coupé… Ces gens-là, citoyens ordinairement paisibles, ne sont pas des révolutionnaires prônant l’insurrection. Il n’empêche : il y a dans l’air de France comme un vent de révolte, de rébellion, de désobéissance, d’insoumission.

La « crise » n’a fait qu’aggraver ce mécontentement sourd : ainsi, des collectifs de précaires et de chômeurs ont mené, avant les fêtes de fin d’année, dans des grandes surfaces de la région parisienne, à Rennes, à Grenoble, des opérations d’« autoréduction », faisant le plein de provisions et partant avec leurs caddies sans payer, avant de redistribuer leur butin ; ceux-là, marginaux, assumant l’illégalité de leurs actions très symboliques, sont des Robins des bois, des pilleurs diront certains brandissant le code pénal. Des membres de la Coordination des intermittents et précaires de Paris pratiquent de leur côté des « autoréductions » dans des cinémas de la capitale.

Dans le même esprit, à la mi-septembre, AC ! Agir ensemble contre le chômage a investi un hôpital de Lille afin d’exiger des embauches. Quelques personnes ont été reçues en entretien.

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Reportage. Ils militent pour le droit au logement.

A Toulouse, ils réquisitionnent un immeuble

Josy, 39 ans, emmitouflée dans un gros pull, sourit. Pour la première fois depuis dix ans, elle dort dans une chambre : «Jusque là, je vivais sous une tente derrière la gare Matabiau. Et avec le froid qu’il fait… ». Josy fait partie des 11 familles logées par les militants du DAL (Droit au loguement) dans un immeuble inoccupé du centre de Toulouse. Une autre association, «La hutte aux piafs», y reloge dix autres familles, principalement des jeunes qui vivaient dans des squats.

Le 4 janvier dernier, les militants investissaient cet immeuble inoccupé depuis 2002. Un immeuble situé près de la faculté de droit, place Anatole France à Toulouse. Quelques jours auparavant, des salariés d’EDF, membres des «Robins des Bois», et d’autres militants, avaient effectué les branchements électriques, rétabli la distribution d’eau.

Quelques uns des militants du DAL se sont rencontrés il y a deux ans lorsque les «Enfants de Don Quichotte» ont monté des tentes pour accueillir les sans-abris. Jacky, 61 ans, était alors vigile à la Caisse d’allocations familiales. «En sortant du boulot, j’ai vu ces gens qui dormaient dehors. J’ai trouvé cela scandaleux. Et comme j’ai été élevé dans la droiture, où il faut être cohérent avec ses idées, j’ai décidé de m’inscrire au DAL». Florian, un infirmier de 35 ans, s’est lui aussi retroussé les manches : «Ce qui me gonfle dans la société, ce sont tous ces gens qui disent qu’ils veulent changer le monde, et qui ne font rien de concret. L’empathie, cela ne suffit pas».

Au rez-de-chaussée de l’immeuble réquisitionné, baptisé Ministère de la crise du logement, les militants du DAL tiennent une permanence. Pauline, une auxiliaire de puériculture de 29 ans qui vient de se perdre son emploi, passe pour offrir ses services : «J’ai des vêtements à donner». Du temps et de l’expérience à partager : «A 16 ans, je suis partie de chez moi».

Les militants du DAL souhaitent que la mairie préempte l’immeuble et que les collectivités locales proposent «le louer solidaire garanti», une formule qui garantit le paiement des loyers aux propriétaires, et permet aux plus démunis, travailleurs pauvres, familles monoparentales, de se loger à un prix raisonnable. « Toulouse compte 22000 logements vides, et 6000 personnes à la rue», explique Florian. L’équation ne paraît pasimpossible à résoudre.

Il y a des toits, et une loi, celle de la réquisition.
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Dans le Lot, ils bloquent les trains depuis un an

« Ce ne sont pas des fondamentalistes, ni des spécialistes de la manif. Ce sont simplement des personnes qui veulent vivre dans la région. Et cela m’a choqué de voir que l’on a envoyé des gardes mobiles contre les membres de l’association pour la défense des gares » : Philippe Cambou, 42 ans, est conseiller municipal à Gourdon, dans le Lot. Comme toute la population du canton, il proteste depuis un an contre la suppression d’arrêts de trains à Gourdon et Souillac.

Philippe Cambou a reçu une convocation pour se rendre à la gendarmerie de Gourdon, convocation annulée. Mais la SNCF a déposé plainte pour « entraves à la circulation des trains » à l’encontre de onze personnes, dont deux élus de Cahors, qui ont été placés en garde à vue.

Depuis plus d’un an, chaque vendredi soir, citoyens et élus lotois manifestent à la gare de Gourdon, en bloquant les voies pendant quelques minutes. Le mouvement ne faiblit pas. Parmi les manifestants, des retraités, des mères de familles, des salariés, des étudiants, des élus de Gourdon ou des environs.

« À Gourdon, on a perdu le tribunal, la maternité, la station météo. Maintenant, des trains ne s’arrêtent plus. Veut-on transformer ce bassin de vie en désert ? », interroge Philippe Cambou. Qui ajoute : « En 1974, le Capitole mettait moins de temps pour aller à Paris qu’il n’en faut aujourd’hui. On régresse. Et je ne crois pas que deux arrêts de quelques minutes suffisent maintenant à ruiner la SNCF. À terme, la SNCF cherche peut-être à justifier la fermeture des lignes par une baisse de fréquentation liée à la suppression de services ».

Marie Piqué, élue de Cahors, doit comparaître prochainement devant le tribunal : « Mon crime ? Défendre les services publics ».

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Quand un instit se déclare «objecteur de réforme»

Instituteur à Colomiers en Haute-Garonne, Alain Refalo, 44 ans, est un « objecteur de réforme ». Il a fait savoir par lettre, en novembre, à son inspecteur d’académie qu’il ne participerait pas au « démantèlement de l’Education nationale ». Il est entré en « désobéissance pégagogique ». « On est, nous dit-il, dans une résistance qui risque de durer si Xavier Darcos ne nous entend pas. Si des fonctionnaires de l’Etat en viennent à désobéir, c’est que la situation est grave. » Son appel a été largement diffusé sur le net, il a fait des émules, avec des dépots de lettres collectives aux académies. 1 200 enseignants – dont plusieurs dizaines en Midi-Pyrénées – ont rédigé une lettre pour afficher leur désobéissance, mais ils sont bien plus nombreux à ne pas appliquer les nouveaux programmes. Alain Refalo se sent solidaire des actions de « résistance » menées ça et là dans d’autres domaines : « Ce sont des actions qui sortent de l’ordinaire, avec un engagement plus fort, non violent, à visage découvert, et assumant le risque de la sanction. Ces actions sont courantes dans les pays anglo-saxons. Il semble qu’un mouvement identique soit en train d’émerger en France ».


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