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Jan
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Le Monde s’interroge

Plusieurs questions restent sans réponse autour de l’affaire Tarnac

LE MONDE | 23.01.09 | 14h11 • Mis à jour le 23.01.09 | 14h11

L’enquête sur l’affaire Tarnac devient de plus en plus confuse. Deux mois et demi après l’interpellation de neuf personnes soupçonnées d’avoir saboté des lignes SNCF, et leur mise en examen pour association de malfaiteurs à visée terroriste, le dossier comporte de nombreuses zones d’ombre.

Certes, les investigations, sous la conduite du juge d’instruction Thierry Fragnoli, se poursuivent, mais plusieurs éléments troublants restent aujourd’hui toujours sans réponse. Les avocats de la défense en profitent pour dénoncer un dossier « vide ». Huit des neuf personnes arrêtées ont été remises en liberté sous contrôle judiciaire. Et l’image de l’antiterrorisme commence à en pâtir, au grand dam des enquêteurs.

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Le témoin sous X… mis en doute. Quelques jours après les interpellations, une personne se présente spontanément à la gendarmerie de Riom, dans le Puy-de-Dôme. Protégée par le statut de témoin sous X, elle assure connaître les suspects. Elle raconte même avoir entendu Julien Coupat, considéré comme le chef de file du groupe, faire peu de cas, lors d’une réunion, de la « vie humaine » dans le combat politique. Or, selon Mediapart, qui affirme, jeudi 22 janvier, avoir trouvé et vérifié l’identité de ce témoin anonyme malgré ses dénégations, ce dernier serait « réputé pour sa mythomanie ». Il aurait été récemment condamné par un tribunal de province pour « dénonciation d’infractions imaginaires ». « Le parquet de Paris, poursuit Mediapart, affirme que le témoin est rapidement apparu peu crédible et qu’il a été tenu compte de ses antécédents. » Jeudi soir, le même parquet démentait « formellement » ces propos.

Mardi, un policier de la SDAT affirmait au Monde ne pas « avoir assez de recul pour juger du sérieux » de ce témoin. « On ne le connaissait ni d’Eve ni d’Adam », soulignait-il. Le témoin, confronté au fichier de police pour vérification, n’était pas connu. Sa déposition a servi à étayer la thèse du profil terroriste de Julien Coupat. Cela a même été l’un des arguments mis en avant par le parquet de Paris pour s’opposer à sa remise en liberté.

La piste allemande se brouille. Très vite, l’enquête fait état d’une revendication parvenue en Allemagne. Dans un premier temps, cependant, la police française reste prudente sur le sujet, et le parquet n’en dit pas un mot lors des mises en examen. Puis cette piste se développe de plus en plus, alors même que le destinataire censé avoir reçu la revendication, le quotidien allemand Berliner Zeitung, prétend, lui, ne l’avoir jamais eue ! Mais là encore, le texte, rédigé en allemand, fait partie des éléments à charge.

Les policiers français disent avoir été informés le 10 novembre de l’existence de ce communiqué par leurs collègues allemands. « Mi-décembre, nous avons appris qu’un communiqué aurait été reçu par la Tageszeitung. On se rend compte que c’est peut-être le même », explique un enquêteur. Le 8 novembre, jour des sabotages, un transfert de déchets nucléaires a lieu par voie ferroviaire de la France vers l’Allemagne. Or le texte qui dénonce ce transfert évoque l’utilisation d' »engins incendiaires » et de « crochets » sur des lignes dans les deux pays. Côté français : Paris-Strasbourg, Paris-Lille, Paris-Rhône- Alpes, Paris-Bourgogne, « les mêmes que celles endommagées », assure un enquêteur. Sauf qu’il n’est pas précisé s’il est question de lignes TGV. Le communiqué n’est signé d’aucun sigle ou nom qui permettrait d’en identifier les auteurs.

La police française espère obtenir des éléments nouveaux dans le cadre d’une commission rogatoire lancée outre-Rhin, notamment sur une éventuelle origine allemande des fers à béton – sans que l’on sache encore comment ces crochets ont pu être apposés à 7 mètres de hauteur. Pour l’heure, elle ne dispose dans son dossier que d’une seule certitude : le couple Julien Coupat-Yildune Lévy, qui était sous surveillance policière, se trouvait, cette fameuse nuit, à proximité d’une des lignes TGV endommagées, à Dhuisy, en Seine-et-Marne.

Le mystère des gilets pare-balles. Lors des perquisitions, menées dans la ferme du Goutailloux, dans le village corrézien de Tarnac, la police a saisi des ordinateurs, des coupe-boulons, des cartes SNCF, des documents d’identité découpés, et deux gilets pare-balles. Benjamin Rosoux, désigné comme le bras droit de Julien Coupat, a toujours contesté la présence de ces deux gilets qui ne portent aucun numéro de série, aucun signe distinctif. Et curieusement, aucune recherche ADN ou papillaire n’a pu être menée, ces objets ayant été, de source policière, trop manipulés.

Isabelle Mandraud

Article paru dans l’édition du 24.01.09


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