Posts Tagged ‘anarcho-autonome

08
Mar
09

des documents subversifs pour être arrêté-e-s…

Un début de recueil de textes et documentsqui peuvent susciter les soupçons de terroristes ou terroristes en puissance :

21
Déc
08

Anarcho autonome, une invention de magistrat

Après avoir pris partie pour la thèse officielle, Libération tente de se faire pardonner en réalisant une interview de Benjamin Rosoux.

Repris d’ici : http://www.liberation.fr/societe/0101304063-anarcho-autonome-une-invention-de-magistrat

Une version complète de l’interview est à écouter ici .

Benjamin Rosoux, 30 ans, l’un des mis en examen libéré le 2 décembre dans l’enquête sur les sabotages des lignes SNCF, raconte comment, le 11 novembre, vers 6 heures du matin, policiers et gendarmes débarquent au lieu-dit Le Goutailloux, près de Tarnac (Corrèze), l’emmènent à Paris pour quatre jours de garde à vue et deux semaines de détention provisoire. Témoignage d’un des accusés, – qui par ailleurs nie les faits – dans une enquête qui, à cause de la qualification «terroriste», fait polémique.

L’arrestation

«Ah, vous êtes un gros poisson»

La maison est investie aux cris de «police, police», on entend des bruits de cavalcade dans l’escalier, tout l’étage est investi en quelques secondes, avec une vingtaine de policiers, des gendarmes mobiles. Au début, on ne comprend pas grand-chose, toutes les portes sont ouvertes, tout le monde est tenu en respect, on m’interdit de m’habiller pendant dix minutes. Ils vérifient les identités et on se rend compte qu’ils ont des ordres pour chercher des gens en particulier. Moi, je me présente tout de suite, comme je suis responsable du lieu. Quand ils ont su mon nom, je me suis fait menotter immédiatement, et après seulement, on m’a permis de m’habiller. Toutes les autres personnes ont été mises dans une pièce et moi, j’étais seul dans une autre pièce.

Qu’est-ce qu’il se passe ?

D’abord, je vois celui qui semble être le chef de l’opération, enquêteur de la sous-direction antiterroriste, assez jeune, mon âge, et qui fait un peu le malin et qui me dit, «Ah, Benjamin, d’une façon très familière. On se connaît bien». Je dis : «Moi, je n’ai pas le plaisir de vous connaître.» – «Si, moi j’te connais bien, t’avais l’air plus gaillard à Vichy [théâtre d’une manifestation début novembre, ndlr].» Ensuite, il me laisse avec des gendarmes. C’était marrant, il y avait une espèce de rivalité. Les gendarmes étaient en train de ronchonner, de dire qu’ils s’étaient fait dessaisir de l’affaire, que c’était la section antiterroriste qui allait récupérer tous les lauriers de l’histoire. Jusque-là, je ne sais toujours pas de quoi il s’agit exactement, le gendarme, qui ne sait pas non plus, regarde le papier et dit : «Ah, vous êtes un gros poisson, il s’agit d’une affaire de terrorisme.» Ils contrôlent les papiers des autres personnes, et là il y a un temps d’attente, et on comprend d’après les communications qu’ils ont entre eux qu’il y a d’autres lieux qui sont perquisitionnés en même temps.

Comment se déroule la perquisition ?

C’est une mise à nu existentielle, les lettres, les photos, les vêtements, tout est sorti et présenté à cette même personne qui semble être celle qui suit le dossier depuis un moment et qui a une idée de ce qu’il faut garder ou pas. On passe de chambre en chambre. Ils cherchent principalement des textes et documents informatiques. Première chose qu’ils me demandent : «Est-ce qu’il y a des armes ici ?» Ils ramènent aussi les chiens renifleurs d’explosifs et ils s’amusent aussi à mesurer plein de choses, notamment toutes les hauteurs des marches pour voir s’il n’y a pas des caches. Ils prennent aussi toutes les brosses à dents, les peignes des enfants.

On fait le tour de toutes les pièces, ils cherchent des textes, tout ce qui pourrait se rapprocher de l’anarchie, de l’autonomie, des brochures, des tracts, des affiches. Ils étaient très fiers d’avoir trouvé un dessin d’enfant qui était censé représenter différentes personnes qui habiteraient au Goutailloux. Pour eux, c’était un élément pour essayer de prouver des liens et même une hiérarchie entre les gens.

A la fin de la perquisition, ils vous disent quoi ?

A la fin, ils refont le tour de la maison avec moi, et ils me demandent de signer. Ils me disent qu’ils ont trouvé dans une pièce deux gilets pare-balles par terre dans un sac en plastique. Je ne les avais jamais vus auparavant. J’ai été surpris de trouver ça. Après, chez nous, il y a toutes sortes de trucs qui traînent. Je me suis dit : «Mais qui a amené ces trucs ?» Ces gilets pare-balles avaient l’air sortis d’un surplus militaire. A partir de là, j’ai refusé de signer les scellés.

Et après ?

Ils m’emmènent, je comprends ou plutôt je devine qu’ils emmènent aussi Manon (une proche du Goutailloux). A moi, ils me disent : «En voiture, on t’amène à Paris.» Il est 15 heures. Ils évitent le village pour partir. Ils avaient toujours leurs cagoules. On roule à 160 km/h. Dans la voiture, on discute peu. C’est assez sec. Je suis menotté tout au long du trajet. Je demande à boire, l’un me donne du coca. On repart. J’essaye de dormir dans la voiture. Je suis assez serein. Ce n’est pas la première fois que je vois des flics, cela ne m’inquiétait pas trop. Surpris mais pas angoissé. Dans la voiture, je cogite, je me demande qui a pu être arrêté.

En garde à vue

«C’est le moment le plus angoissant»

On est à Paris vers 21 heures. On double tout le monde, ils remettent leurs cagoules. Et on arrive à la Direction centrale du renseignement intérieur, à Levallois. On sort de la voiture, veste sur la tête, j’arrive dans une salle avec des cellules et des stores baissés. Et là, je m’aperçois qu’il y a des gens dans les autres cellules, mais je ne vois pas qui. Ils me laissent une heure dans la cellule puis ils viennent me chercher pour une prolongation de garde à vue. Je retourne dans la cellule, et, peut-être deux heures après, je suis transféré à Nanterre avec une autre personne. Nous sommes placés en garde à vue dans des locaux du ministère de l’Intérieur.

15
Déc
08

9 de Tarnac : communiqués de soutien des organisations.

Les communiqués des organisations politiques traditionnelles sont des plus rares…

On en publie certains, ceux qu’on a vus. N’hésitez pas à nous en signaler d’autres.

Communiqué de la LDH
Plusieurs personnes ont été arrêtées à Tarnac puis déférées à la Section antiterroriste du parquet de Paris après une garde à vue de 96 heures, c’est-à-dire le maximum autorisé par la législation d’exception dite « antiterroriste », le tout sous l’œil des caméras et des journalistes.

Les procès-verbaux des interrogatoires de garde à vue ont été rendus publics, comme certains rapports de synthèse des services de police, et la ministre de l’Intérieur a cru devoir porter des accusations de terrorisme contre les personnes mises en cause.

Une nouvelle fois, la Ligue des droits de l’Homme dénonce une procédure qui ne s’embarrasse pas du respect des libertés individuelles et se déroule sous l’œil de médias alimentés d’informations uniquement à la charge des personnes mises en cause. Cette violation, devenue permanente de la présomption d’innocence, y compris par des services de l’Etat ou par des responsables politiques, marque un affaiblissement inacceptable de l’Etat de droit.

La LDH regarde avec inquiétude l’extension de l’accusation de terrorisme à toute forme de contestation sociale et politique alors même que, dans le cas présent et de l’aveu même de la ministre de l’Intérieur, aucune vie n’a jamais été mise en danger, ni même susceptible de l’être. Le terrorisme est une menace trop sérieuse pour que l’on cède en la matière à des instrumentalisations et à des gesticulations sécuritaires.

La LDH dénonce la méthode de gouvernement qui conduit à exploiter chaque fait divers et à criminaliser toute critique de l’ordre établi pour réduire les libertés civiles et politiques.

Paris, le 27 novembre 2008

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Communiqué de Sud Education

Libération immédiate des inculpés de Tarnac !
Abrogation de la circulaire du 13 juin 2008 !

jeudi 27 novembre 2008

Le 11 novembre dernier, 150 policiers cagoulés et 2 hélicoptères ont mené une opération coup de poing en présence des caméras pour interpeller et inculper neuf jeunes, soupçonnés d’« association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». Ils sont suspectés d’avoir dégradé et mis hors service des caténaires de la SNCF. Depuis la circulaire antiterroriste du 13 juin 2008, une telle inculpation est passible de 20 ans de réclusion.

Or, à ce jour, le dossier est vide, ce dont a témoigné leur avocate Me Irène Terrel (« découverte » d’un livre en vente libre dans n’importe quelle librairie de textes théoriques passablement abstraits,, de matériel d’escalade…). Cependant cinq de ces jeunes de la ferme de Tarnac sont incarcérés à titre préventif pour une durée indéterminée.

La disproportion grotesque entre les moyens policiers déployés, la qualification retenue par le procureur de paris, M. Marin, et les faits incriminés, nous conduisent à exiger la libération immédiate des cinq jeunes.
Depuis des mois, la police, le Ministère de la Justice, les grands médias ont construit de toutes pièces une nouvelle figure de « l’ennemi intérieur » : le « terroriste d’ultra-gauche ». Une image utilisée hier contre les militants du RESF, contre des sans-papiers, aujourd’hui contre des jeunes vivant en communauté à la campagne.
Qui peut, sérieusement, parler ici de « terrorisme » ?
Qui a peur des jeunes de Tarnac ?
Qui est terrorisé par RESF ?

Nous dénonçons la législation antiterroriste de juin 2008 qui permet aujourd’hui d’inculper pour « terrorisme » n’importe qui pour n’importe quoi.

Nous dénonçons le terrorisme d’état , bien réel celui-là, qui, avec le fichier Edvige, Cristina et autres, les tasers, Vigipirate, les prélèvements ADN, le fichier base-élèves, le flicage « veille de l’opinion » de Darcos, le délit d’outrage, le GIGN envoyé contre des grévistes, traîne des fonctionnaires et des citoyenNEs devant les tribunaux et pousse des sans- papierEs à se défénestrer à la vue des forces de police. Face à ces lois d’exception qui se mettent progressivement en place et qui visent à réduire au silence toute tentative de contestation, il faut affirmer qu’aucune menace d’« ultra-gauche » n’existe aujourd’hui dans notre pays.

Sud Éucation dénonce cette tentative de manipulation de l’opinion et la construction imaginaire d’un risque « anarcho-autonome ».

Sud Éducation exige que les jeunes de Tarnac soient libérés immédiatement, car il est insensé de les traiter en terroristes, alors que leur détention préventive risque de les condamner avant même qu’ils soient jugés.

Sud Éducation exige l’abrogation immédiate de la circulaire du 13 juin 2008 qui menace n’importe quel citoyen français de procédures d’exception inacceptables et promet de futures tragédies judiciaires, comme celles des « flops » des Irlandais de Vincennes, des « Moujahidines » iraniens de Auvers-sur-Oise, etc.


Sud Éducation appelle à rejoindre le comité de soutien de Tarnac.

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Communiqué des Verts

L’affaire des irlandais de Tarnac ?
Réaction presse de Cécile Duflot du 29 novembre 2008

Le 11 Novembre 2008, la police a procédé à quinze interpellations et par la suite à la mise en examen de neuf personnes, dans le cadre d’une enquête concernant la pose d’engins ayant détruit des caténaires sur les voies de TGV. 17 jours après, où sont les aveux ou les preuves de « terrorisme » promises à grand renfort de communiqués ? Posséder une échelle et des horaires de train suffit-il pour être déféré devant le parquet anti-terroriste ?

Les Verts ont condamné ces actes de vandalismes commis sur les caténaires, qui ont paralysé des milliers d’usagers du train. Les Verts ont toujours été défenseurs de la non-violence, même si elle peut être active, et des règles démocratiques.
Pour autant, les Verts sont aujourd’hui inquiets face à l’abus de langage que constitue, jusqu’à présent, l’accusation de ces neuf personnes « d’entreprise terroriste ». Les procédures d’exception mise en oeuvre dans ce cadre ne correspondent pas aux normes d’une justice respectueuse des droits humains.
Cette opération disproportionnée, en l’absence de preuves formelles, menée à grand bruit médiatique a-t-elle vraiment pour objectif de « lutter contre le terrorisme » ? Le but n’est-il pas de se construire des « ennemis de l’intérieur » à partir d’une petite communauté qui prône l’anti-consumérisme et un autre modèle de société (communauté qui rappelons-le n’a jamais menacé aucune vie humaine) ?
Les déclarations médiatiques de la Ministre de l’Intérieur et l’acharnement à condamner ces citoyens en l’absence d’indices clairs bafouent le principe fondamental de la présomption d’innocence. Cette stratégie ne fait qu’exacerber les tensions et ne respecte pas les libertés publiques.
Les Verts demandent la requalification des accusations retenues contre les neufs inculpés du 11 Novembre, et en l’absence de preuves formelles appuient la demande de remise en liberté des cinq détenus en attendant leur jugement.
Les Verts rappellent leur attachement aux principes qui fondent notre vie en société, ceux-là même au nom desquels nous portons des jugements sur les pratiques des autres pays. Les opérations policières disproportionnées qui ont été menées de Villiers-le-Bel à Tarnac, en tentant souvent d’instrumentaliser les médias, doivent nous encourager à ne pas hurler avec les loups. Il faut au contraire, plus que jamais, ne s’attacher qu’aux faits et faire en sorte que le justice puisse être rendue, en l’absence de pressions politiques.
Cécile Duflot, Secrétaire Nationale des Verts

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Communiqué du PCF

Les personnes arrêtées à Tarnac ont été déférées à la section antiterroriste de Paris après une garde à vue de 96 heures. Tout cela avec une très forte médiatisation et des interventions publiques, y compris de la Ministre de l’Intérieur.
Nous constatons, hélas, que la banalisation d’une législation d’exception – contre laquelle nous avons voté depuis 2002 – met à mal des principes élémentaires du respect des droits des personnes, comme la présomption d’innocence.

Le PCF dénonce la méthode du gouvernement.
Une telle banalisation fait craindre une possible utilisation de l’accusation de terrorisme pour diverses formes de contestation sociale et politique.

A l’heure actuelle, la présomption d’innocence des personnes arrêtées à Tarnac doit être respectée. L’enquête doit suivre son cours dans le respect de la loi, sans récupération médiatiques. La justice doit se prononcer sur ces actes, pour ce qu’ils sont, et sans subir une pression médiatico-politique.


Parti communiste français
Paris, le 28 novembre 2008.

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Communiqué de la LCR.

La remise en liberté de trois des cinq emprisonnés du groupe de Tarnac par la cour d’appel de Paris ne fait que démontrer l’inanité de l’accusation de terrorisme, complaisamment colportée par les enquêteurs et le pouvoir politique. Ces arrestations à grands renforts de forces policières et très médiatisés sont un des signes d’une dérive sécuritaire et liberticide, galopante, de plus en plus affirmées.

Que ce soit la scandaleuse et brutale arrestation d’un ancien directeur de publication de Libération, Vittorio de Filippis, accusé de diffamation, que ce soit la perquisition dans un collège du Gers avec des chiens policiers qui ne peut que traumatiser de jeunes collégiens, chacun de ces événements voient les libertés publiques mises à mal.

N. Sarkozy porte une lourde responsabilité en la matière. Le discours sécuritaire, qu’il véhicule depuis plusieurs années, agrémenté d’agressions verbales, visant à stigmatiser tous ceux et toutes celles qui portent une parole différente de la sienne ne pouvait que déboucher sur une police, et parfois une justice, à son image.

Fréquemment, des sans-papiers, des jeunes sont victimes des mêmes agissements dégradants dans l’anonymat le plus total.

La LCR affirme sa totale solidarité avec les victimes de ces agissements inhumains. Les libertés publiques sont menacées. Il y a urgence à se rassembler pour les défendre.

Le 2 décembre 2008.

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Communiqué de la LDH

décembre 2008, une série inquiétante de faits qui se répete

Le 28 novembre 2008 à 6h30 du matin, la police sonne au domicile d’un journaliste de Libération. Il est, devant ses jeunes enfants, menotté, humilié, traité de manière insultante. En garde à vue, il sera contraint de se déshabiller entièrement et soumis à deux fouilles intégrales. Motif : 2 ans plus tôt, un commentaire avait été laissé sur le site de Libération par un internaute à propos d’une procédure judiciaire ; la personne visée par cette procédure avait porté plainte pour diffamation contre le journaliste qui était à l’époque directeur de publication. Affaire banale, la justice de la République en a traité des centaines.

Quelques jours plus tôt, la police recherche en Limousin les auteurs de plusieurs sabotages, dont la ministre de l’Intérieur elle-même reconnaît qu’il n’ont mis aucune vie en danger. Là encore, intrusion violente en pleine nuit dans les domiciles ; fouilles et arrestations d’une brutalité qui a provoqué l’indignation dans toute la région. Les personnes arrêtées, pourtant présumées innocentes, sont présentées à l’opinion comme de dangereux terroristes, en violation délibérée du secret de l’instruction.

Une semaine auparavant, le 17 novembre 2008, 4 gendarmes et un maître-chien font irruption à l’improviste dans dix classes du collège de Marciac, dans le Gers. Sans un mot, le chien est lancé à travers les classes. Les enseignants ne peuvent obtenir aucune explication. Trente jeunes « suspects » sont regroupés dans une salle, fouillés, parfois déshabillés ; leurs témoignages relatent des propos humiliants, menaçants et agressifs face à ces élèves tous traités comme des dealers présumés. En sortant, les gendarmes, qui n’ont rien trouvés, félicitent tous les élèves pour avoir « caché leur came et abusé leur chien ».

Point commun entre ces trois affaires : un journaliste à Paris, quelques villageois en Limousin, quelques dizaines de collégiens dans le Gers, sont présumés être de dangereux malfaiteurs et traités de manière brutale, humiliante et pour le moins disproportionnée par rapport aux missions de la police judiciaire.

Liberté de la presse, présomption d’innocence, droit des justiciables, et simple respect en toute circonstance de la dignité des personnes : qu’est ce qui, dans l’attitude des autorités politiques, laisse croire à des magistrats, à des gendarmes, à des policiers qu’ils peuvent impunément ignorer toutes ces règles constitutionnelles et internationales de production des droits de l’Homme ?

La LDH considère qu’il est urgent de réagir contre des dérives de plus en plus inacceptables de pratiques judiciaires et policières qui deviennent incompatibles avec l’Etat de droit

Communiqué de Presse
L’Union juive française pour la Paix a pour vocation principale d’intervenir sur le conflit israélo-palestinien, là-bas et ici, ainsi que sur ses répercussions en France, en faisant entendre une voix juive laïque. Ces combats, pour être menés, supposent le plein usage des libertés démocratiques.

C’est pourquoi l’UJFP, qui porte la mémoire douloureuse des conséquences désastreuses de la violation de l’état de droit, s’alarme d’un grand nombre d’atteintes récentes et graves aux droits humains. C’est le cas de la chasse aux étrangers dont Brice Hortefeux et les Préfets se font les agents zélés, afin d’atteindre d’inhumains quotas de sinistre mémoire, sans épargner, comme autrefois, les enfants. C’est le cas des mesures répressives surdimensionnées, dont des contrôles préventifs, à la montée des cars, à l’occasion d’une manifestation, à Vichy, contre la réunion provocatrice, quant au lieu et au thème, par le même ministre, de ses collègues européens.

C’est le cas de l’interpellation récente et musclée d’un journaliste, une grave atteinte à la liberté de la presse, ou de l’intervention scandaleuse de gendarmes et de chiens dans un établissement scolaire, dans le Gers. C’est enfin le cas, mais la liste est loin d’être limitative, du montage idéologique qui a conduit à interpeller, inculper et emprisonner neuf personnes, tenant une épicerie à Tarnac. La ministre de l’Intérieur, largement relayée, en boucle, par une grande partie de la presse écrite et audiovisuelle, a voulu les faire passer pour des nouveaux « ennemis intérieurs » qui auraient été liés au terrorisme international.

En réalité, trois semaines après, la bulle « terroriste » se dégonfle, tant il apparaît qu’aucune charge réelle ne peut être reconnue contre eux, à moins que la lecture d’un ouvrage en vente libre (« L’insurrection qui vient » –Eric Hazan, éditeur-) ne soit considérée comme telle, ce qui serait le signe d’une vraie dégradation de l’état des libertés en France.

Ces mesures répressives s’aggravent d’année en année, depuis un certain onze septembre, du fait du ministre de l’Intérieur, Sarkozy, puis du même, devenu président de la République qui aligne la France sur la politique étatsunienne d’un prétendu « choc des civilisations ». Elles n’ont, hélas, rencontré, au début, que peu d’opposition de la part des organisations démocratiques et de défense des droits de l’homme.

C’est pourquoi, l’UJFP, considérant que la limite est dépassée :

  1. Condamne fermement toutes les mesures répressives du gouvernement et la criminalisation des mouvements sociaux et s’oppose au délire sécuritaire qui s’installe.
  2. Prendra toute sa place aux côtés des organisations démocratiques en vue de défendre les libertés et l’État de droit.
  3. Exige la libération de Jean-Marc Rouillan, remis en prison, pour refus de repentance.
  4. Exige la libération immédiate des deux derniers emprisonné-e-s de Tarnac et la levée des inculpations.
  5. Appelle tous les citoyens à la vigilance pour la défense des libertés démocratiques menacées et l’Etat de droit.

Paris, le 8 décembre 2008,
Le Bureau National de l’UJFP

11
Déc
08

Nouveau livre de la mouvance anarcho-autonome…

Que font les RG et MAM ? Alertons-les largement sur un nouvel ouvrage de la mouvance anarcho-autonome… 🙂

Normand Baillargeon
L’Ordre moins le pouvoirHistoire et actualite de l’anarchisme

Edition de poche revue & augmentee

« Affirmez que vous etes anarchiste et presque immanquablement on vous assimilera a un nihiliste, a un partisan du chaos voire a un terroriste. Or, il faut bien le dire: rien n’est plus faux que ce contre-sens qui resulte de decennies de confusion savamment entretenue autour de l’idee d’anarchisme.
En premiere approximation, disons que l’anarchisme est une theorie politique au coeur vibrant de laquelle loge l’idee d’antiautoritarisme, c’est-a-dire le refus conscient et raisonne de toute forme illegitime d’autorite et de pouvoir. Une vieille dame ayant combattu lors de la Guerre d’Espagne disait le plus simplement du monde: « Je suis anarchiste: c’est que je n’aime ni recevoir, ni donner des ordres. » On le devine: cette idee est impardonnable, cet ideal inadmissible pour tous les pouvoirs. On ne l’a donc ni pardonne ni admis. »

Militant anarchiste, enseignant a l’universite du Quebec a Montreal, Normand Baillargeon est notamment l’auteur du *Petit cours d’autodéfense intellectuelle* (Lux, 2005).

http://atheles.org/agone/elements/lordremoinslepouvoirpoche/
En librairie le 28 novembre 2008
Collection « Elements »
224 pages, 10 euros
ISBN : 978-2-7489-0089-7

04
Déc
08

Arrestation et perquisition en Belgique


25 novembre, 20H : création à Bruxelles d’un Comité de soutien aux inculpés du 11 novembre arrêtés dans le cadre de l’enquête sur les sabotages des TGV en France. Les neuf inculpés sont poursuivis pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » et cinq d’entre eux sont maintenus en détention provisoire après une garde à vue de 96 heures et une opération très médiatisées dans le petit village de Tarnac.

27 novembre, 10H45 : lors d’un contrôle routier sous caméras de repérage, un membre du Comité fraîchement créé est interpellé à Bruxelles parce que la voiture qu’il conduit est signalée dans le fichier Schengen. Alors que lui-même ne fait l’objet d’aucun signalement de recherche, il est immédiatement arrêté et menotté lorsque les policiers découvrent des documents relatifs au Comité. La voiture, un rétroprojecteur et tous les documents trouvés dans le véhicule sont saisis. L’automobiliste est emmené au commissariat de la rue Marché au Charbon et maintenu menotté à un banc et sans pouvoir manger de 11 H du matin à 20H. Il est interrogé par des inspecteurs du Parquet fédéral qui l’interrogent au sujet du Comité et cherchent à savoir qui est le responsable du Comité de soutien. A 20H il est emmené avec trois voitures de police place du Jeu de Balle.

27 novembre, 20H : sept inspecteurs du Parquet fédéral font irruption au domicile de Philippe Simon, au-dessus de la librairie « Imaginaire », place du Jeu de Balle à Bruxelles. Pendant deux heures, en l’absence de Philippe Simon, munis d’un mandat de perquisition sur lequel était mentionnées apparemment les infractions « association de malfaiteurs » et « détérioration en réunion », les policiers fouillent minutieusement l’appartement et copient tous les fichiers de son ordinateur pour finalement emporter celui-ci. Des revues politiques et des cd ont également été saisis.

28 novembre, 1H : le membre du comité est relâché mais la voiture, la liste d’adresse électronique et tout le matériel du Comité sont saisis.

Cette arrestation, cette perquisition et ces saisies laissent présumer qu’une procédure pour faits de terrorisme a été ouverte en Belgique en relation avec les événements français. S’organiser en vue de soutenir des personnes incriminées pour terrorisme est désormais criminalisé. Détenir des documents relatifs à un Comité de soutien est directement prétexte à arrestation, perquisition. La saisie des documents du Comité et d’un fichier d’adresses est inacceptable. Les adresses des personnes reprises dans le fichier saisi apparaissent dorénavant dans une enquête pour faits de terrorisme ! Dorénavant ils peuvent craindre d’être poursuivis eux-mêmes. Philippe Simon et le membre du Comité de soutien arrêté se voient également, tous deux, associés avec l’enquête menée en France. Ceci est excessivement grave.

Il y a clairement amalgame entre lutte politique et terrorisme. Le Comité de soutien bruxellois aux inculpés du 11 novembre s’est constitué non seulement pour obtenir la remise en liberté des personnes arrêtées en France mais également pour dénoncer les législations anti-terroristes qui prolifèrent partout en Europe. L’utilisation du terme « terrorisme » pour qualifier les idées portées par certaines personnes constitue une épée de Damoclès qui plane au-dessus de toutes les formes d’actions politiques et sociales. Cet incident en est une nouvelle preuve.

Selon nous, les opérations de police de ce 27 novembre sont clairement une tentative d’intimidation à l’encontre du Comité de soutien bruxellois. Nous dénonçons catégoriquement ces pratiques. Nous exigeons la restitution immédiate des objets et documents saisis. Nous protestons à nouveau contre l’existence et l’utilisation de ces législations anti-terrorisme ainsi que la libération des inculpés français.

Comité de soutien bruxellois aux inculpés du 11 novembre

28
Nov
08

Des vidéos supplémentaires…

Publiées il y a quelques temps, on les avait ratées…

On les publie ici, également pour montrer comment la presse a pu instrumentaliser l’arrestation des 9 !

Tout d’abord, une vidéo scandaleuse, amalgamant tous les manifestants des G8 ou autres contre-sommets de Vichy à des terroristes : de telles désinformations devraient pousser certains journalistes à changer de métier.

Une interview du père de Julien Coupat sur France 5, avec un animateur (on ne peut pas appeler ça du journalisme…) très limite…

Extrait de l’émission Arrêt sur Image qui essaie de démêler les pratiques douteuses de certains médias

Le lien vers un radiozapping réalisé par le Monde.fr du 12 novembre : à écouter ici.

Pour rappel, on avait déjà publié :

Interview d’Eric Hazan ;

les J’espère des Guignols ;

des vidéos de France 3 Limousin ; ;

le comité de soutien sur France 2 ; ;

la bataille du rail ; ;

une parodie du Journal de TF1 ; ;

– une chronique de Didier Porte sur France Inter ici et ici ;

28
Nov
08

Non à l’ordre nouveau – Tribune Le Monde

Non à l’ordre nouveau

LE MONDE | 27.11.08 | 13h55 – publié ici

ne opération récente, largement médiatisée, a permis d’arrêter et d’inculper neuf personnes, en mettant en oeuvre la législation antiterroriste. Cette opération a déjà changé de nature : une fois établie l’inconsistance de l’accusation de sabotage des caténaires, l’affaire a pris un tour clairement politique. Pour le procureur de la République, « le but de leur entreprise est bien d’atteindre les institutions de l’Etat, et de parvenir par la violence – je dis bien par la violence et non pas par la contestation qui est permise – à troubler l’ordre politique, économique et social ».

La cible de cette opération est bien plus large que le groupe des personnes inculpées, contre lesquelles il n’existe aucune preuve matérielle, ni même rien de précis qui puisse leur être reproché. L’inculpation pour « association de malfaiteurs en vue d’une entreprise terroriste » est plus que vague : qu’est-ce au juste qu’une association, et comment faut-il entendre ce « en vue de » sinon comme une criminalisation de l’intention ? Quant au qualificatif de terroriste, la définition en vigueur est si large qu’il peut s’appliquer à pratiquement n’importe quoi – et que posséder tel ou tel texte, aller à telle ou telle manifestation suffit à tomber sous le coup de cette législation d’exception.Les personnes inculpées n’ont pas été choisies au hasard, mais parce qu’elles mènent une existence politique. Ils et elles ont participé à des manifestations – dernièrement, celle de Vichy, où s’est tenu le peu honorable sommet européen sur l’immigration. Ils réfléchissent, ils lisent des livres, ils vivent ensemble dans un village lointain.

On a parlé de clandestinité : ils ont ouvert une épicerie, tout le monde les connaît dans la région, où un comité de soutien s’est organisé dès leur arrestation. Ce qu’ils cherchaient, ce n’est ni l’anonymat ni le refuge, mais bien le contraire : une autre relation que celle, anonyme, de la métropole.

Finalement, l’absence de preuve elle-même devient une preuve : le refus des inculpés de se dénoncer les uns les autres durant la garde à vue est présenté comme un nouvel indice de leur fond terroriste.

LIBÉRATION IMMÉDIATE

En réalité, pour nous tous cette affaire est un test. Jusqu’à quel point allons-nous accepter que l’antiterrorisme permette n’importe quand d’inculper n’importe qui ? Où se situe la limite de la liberté d’expression ? Les lois d’exception adoptées sous prétexte de terrorisme et de sécurité sont-elles compatibles à long terme avec la démocratie ? Sommes-nous prêts à voir la police et la justice négocier le virage vers un ordre nouveau ? La réponse à ces questions, c’est à nous de la donner, et d’abord en demandant l’arrêt des poursuites et la libération immédiate de celles et ceux qui ont été inculpés pour l’exemple.


Giorgio Agamben, philosophe ;
Alain Badiou, philosophe ;
Jean-Christophe Bailly, écrivain ;
Anne-Sophie Barthez, professeur de droit ;
Miguel Benasayag, écrivain ;
Daniel Bensaïd ;
Luc Boltanski, sociologue ;
Judith Butler ;
Pascale Casanova, critique littéraire ;
François Cusset ;
Christine Delphy ;
Isabelle Garo ;
François Gèze, éd. La Découverte ;
Jean-Marie Gleize, professeur de littérature ;
Eric Hazan, éd. La Fabrique ;
Rémy Hernu, professeur de droit ;
Hugues Jallon ;
Stathis Kouvelakis ;
Nicolas Klotz, réalisateur ;
Frédéric Lordon, économiste ;
Jean-Luc Nancy ;
Bernard Noël, poète ;
Dominique Noguez, écrivain ;
Yves Pagès, éd. Verticales ;
Karine Parrot ;
Jacques Rancière ;
Jean-Jacques Rosat ;
Carlo Santulli ;
Rémy Toulouse, éd. Les Prairies ordinaires ;
Enzo Traverso, historien ;
Jérôme Vidal, éd. Amsterdam ;
Slavoj Zizek, philosophe.

La liste complète des signataires peut être consultée sur www.soutien11novembre.org. Les signatures de soutien sont collectées sur le même site ou en envoyant un mail avec votre nom et votre profession à l’adresse: petition.tarnac@gmail.com

25
Nov
08

Interview d’Eric Hazan

Voici une interview d’Eric Hazan pour Médiapart, éditeur de « L’insurrection qui vient », directeur de la maison d’édition La Fabrique :

Qu’est-ce que l’insurrection qui vient ?

Une mouvance anarcho-autonome ?

Quelle réaction à l’intérêt de la police pour votre livre ?

21
Nov
08

Enquête : Les neuf de Tarnac

Vu dans l’édition du Monde du 21 novembre 2008.

Quand Mathieu B., 27 ans, se souvient de son arrestation, il a cette image, à la fois drôle et amère, d’hommes encagoulés de la police antiterroriste cherchant « des explosifs dans les pots de confiture de (sa) mère ». Etudiant il y a encore peu en mastère de sociologie à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), il fait partie des neuf jeunes arrêtés le 11 novembre et mis en examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». Cinq d’entre eux – « le noyau dur », pour le parquet – doivent, en plus, répondre du chef d’accusation de « dégradations en réunion sur des lignes ferroviaires dans une perspective d’action terroriste », les fameux sabotages de caténaires de la SNCF.

Ce n’est pas le cas de Mathieu. Il a été remis en liberté sous contrôle judiciaire, comme trois autres, après quatre jours de garde à vue. Des heures et des heures d’interrogatoire dont il retient ceci : « On est ton pote. On va te foutre en taule. On est d’accord avec toi. Tu as de la merde dans le cerveau parce que tu as lu des livres. On va aller te chercher un sandwich. Tu reverras jamais ton fils. » Lorsque nous l’avons contacté, il a demandé un peu de temps pour réfléchir parce que « ce type d’expérience est assez difficile à relater ».

Comme lui, la plupart des neuf interpellés sont des étudiants brillants ultradiplômés. Tous fichés pour leur appartenance, selon les mots de la ministre de l’intérieur, Michèle Alliot-Marie, à « l’ultragauche, mouvance anarcho-autonome ». Julien Coupat – présenté par la police comme le chef de file et dont le nom a été mis en avant -, 34 ans, a fait une grande école de commerce, l’Essec, puis un DEA, avant d’enchaîner un début de doctorat à l’EHESS en histoire et civilisation. Au dire de son père, il envisageait de se lancer bientôt dans des études de médecine. Son amie, Yldune L., 25 ans, fille d’universitaire, a eu la mention très bien à son master d’archéologie. Benjamin R., 30 ans, a fait Sciences Po Rennes et a passé un an à l’université d’Edimbourg en sociologie du développement et responsabilité environnementale. A Rouen, Les plus jeunes, Elsa H., 23 ans, et Bertrand D., 22 ans, sont respectivement en première année de master d’anglais et en licence de sociologie. Trois se distinguent : Gabrielle H., 29 ans, inscrite depuis septembre dans une école d’infirmières, Manon G., 25 ans, musicienne, premier prix de clarinette dans son conservatoire, et Aria T., 26 ans, qui a longtemps joué le rôle d’une ado un peu rebelle dans une sitcom populaire en Suisse, Les Pique-Meurons.

Aucun n’est en rupture familiale. Les parents, dirigeant de laboratoire pharmaceutique, médecin, ingénieur, universitaire, prof ou de la classe moyenne, continuaient à les voir régulièrement. Yldune, l’étudiante en archéologie, incarcérée depuis sa mise en examen le 15 novembre, habitait encore chez son père et sa mère. Pas de rupture donc. Mais tous avaient décidé de vivre selon des canons différents de ceux de leur milieu, à l’écart de la société marchande.

Un jour de 2003, en quête d’une ferme « pas trop chère », Julien Coupat débarque dans le bureau de Jean Plazanet, alors maire communiste de Tarnac, un village de 335 habitants sur le plateau de Millevaches, en Corrèze. L’affaire est vite conclue : une bâtisse, des dépendances, 40 hectares. Le Goutailloux. « Ensuite, j’ai vu arriver un groupe de jeunes, très sympas, serviables », raconte avec enthousiasme Jean Plazanet.

Ils reprennent l’épicerie du hameau. La gérance est confiée à Benjamin R., qui a l’expérience de l’animation d’un lieu de vie alternatif pour avoir fait fonctionner un squat – l’Ekluserie – à Rennes. C’est le plus écolo de la bande. Entre 16 et 19 ans, il a travaillé bénévolement dans des associations de protection du gibier d’eau, des rapaces et des loutres. Il a brièvement présidé la fédération des Jeunes Verts européens.

A Tarnac, le groupe élève des moutons, des poules, des canards, ravitaille les personnes âgées alentour. « Je ne crois pas me tromper en disant que l’un des buts était de se donner les moyens matériels et affectifs de fuir la frénésie métropolitaine pour élaborer des formes de partage », dit Mathieu B.

Ils fuient le travail salarié, rejettent le système capitaliste et l’hyperconsommation. Sans concessions, ils bannissent les téléphones portables. Par refus de la sujétion, plaident-ils. Par souci de clandestinité, pense la police. Leur radicalité est dans leurs écrits, leurs lectures, leurs comportements, estiment amis et réseaux. Elle s’est traduite en actes, soupçonnent les enquêteurs qui les surveillaient depuis le printemps et affirment avoir vu deux d’entre eux à proximité d’une des caténaires endommagées la nuit du 8 novembre. Des « projets d’attentats consommés », a estimé le procureur de Paris, Jean-Claude Marin.

« Je suis un communiste, du temps de la Commune de Paris », a dit un jour Julien Coupat à son père. Les neuf se réservent de longues heures pour la lecture et l’écriture. Mais bougent aussi beaucoup. Certains font des milliers de kilomètres pour visiter des squats politiques, participer à des contre-rassemblements à l’occasion de G8 ou de sommets européens. Le 3 novembre, plusieurs se sont retrouvés à Vichy lors de la réunion des ministres de l’intégration des Vingt-Sept. Autant de manifestations qui se sont soldées par des heurts avec la police.

Julien Coupat ne réside pas à demeure à Tarnac, où est née la petite fille qu’il a eue avec Gabrielle H., il y a trois ans. A Paris, il fréquente les milieux intellectuels. Il a tissé des vrais liens avec le philosophe italien Giorgio Agamben, rencontré lors d’un séminaire. Ils jouent de temps à autre au football, le philosophe l’a aidé au moment du lancement de la revue Tiqqun en lui trouvant un imprimeur en Italie. Julien Coupat était membre du comité de rédaction de cette publication éphémère influencée par le situationnisme.

« Il est de la mouvance postsituationniste avec le langage qui va avec, c’est un très bon connaisseur de Guy Debord », souligne Luc Boltanski, directeur d’études à l’EHESS. « C’était un étudiant brillant, quelqu’un d’extrêmement gentil », poursuit le sociologue qui l’a distingué nommément dans la préface de son livre Le Nouvel Esprit du capitalisme (avec Eve Chiapello, Gallimard 1999). « Le genre de type qui en sait plus que ses profs, assure Eric Hazan, son ami depuis six ans. Pour lui, les modes d’action et les mots du passé sont à laisser tomber. Ce n’est pas un philosophe spéculatif. » Cet éditeur parisien a publié L’insurrection qui vient (éd. La Fabrique, 2007), un ouvrage signé « Comité invisible », qui excite la curiosité policière depuis plusieurs mois. Le style relève de la littérature « situ » fascinée par l’émeute. Il y est évoqué le sabotage des voies de TGV pour bloquer la machine économique et créer un état de chaos « régénérateur ». Julien Coupat est désigné comme l’auteur principal du livre. Le parquet de Paris lui attribue le rôle de penseur et de dirigeant d’un groupe terroriste. A ce titre, il encourt vingt ans de prison.

« Julien m’a dit : « Moi je veux vivre dans la frugalité », confie son père, un ancien médecin qui a cofondé un laboratoire pharmaceutique, aujourd’hui à la retraite. Il aurait pu devenir directeur financier de Barclay’s. » Mais ce fils unique qui vit avec 1 000 euros par mois a tourné le dos à l’univers très cossu où il a grandi, dans les Hauts-de-Seine. « Quelque part, cela a dû être un formidable accélérateur de sa réflexion », réfléchit le père à haute voix, au milieu des riches demeures nichées dans une sorte d’enclave boisée. M. Coupat, qui a découvert Tarnac il y a un an, a acheté la maison jouxtant l’épicerie. Il a également acquis pour son fils, dans le 20e arrondissement de Paris, un ancien atelier d’artisan de 50 m2 qui devait héberger un futur projet de journal militant. Indûment présenté dans la presse comme un loft luxueux, il servait pour l’heure de refuge à Julien et Yldune.

Effondrés, choqués par l’étiquette « terroristes », les parents tentent de faire face, tétanisés à l’idée de « trahir » leurs enfants par une phrase maladroite, un mot de trop. En une semaine, ils ont dû tout apprendre : les avocats, les couloirs du palais, la pression des médias. La mère de Gabrielle H. a passé 72 heures en garde à vue. Celle d’Yldune revit en permanence la scène de sa fille tirée du lit, menottée, et tremblant si fort que les policiers ont appelé SOS-Médecins. A l’association d’archéologie dont elle est membre depuis huit ans, on s’offusque que des « pinces de forge », saisies lors des perquisitions, puissent être retenues comme des pièces à charge pour le sabotage des voies ferroviaires. « C’est une spécialiste du néolithique et du coulage du bronze, on l’a vue des dizaines de fois manier ces pinces pour ses recherches ! », s’insurge un ami.

« J’ai lu tous les textes de Julien, je n’y ai jamais trouvé le moindre appel à homicide ou violence contre un individu, je suis révolté par tout ça », proteste le journaliste et chercheur Olivier Pascault, ancien condisciple de l’EHESS. Pour Giorgio Agamben, « on ne va pas les traiter comme les Brigades rouges, ça n’a rien à voir ! On cherche le terrorisme et on finit par le construire, tout ça pour répandre la peur chez les jeunes gens ». Les avocats Irène Terrel, Steeve Montagne, Cédric Alepée, Dominique Vallès, dénoncent une incrimination terroriste « démesurée », la « faiblesse » des dossiers et rappellent l’absence de casier judiciaire de leurs jeunes clients.

A l’intérieur de l’atelier du 20e arrondissement, tout est figé, humide, en désordre. Sur la porte en contreplaqué, d’une écriture un peu enfantine, est inscrit : « Ceci est ma maison, éphémère comme les précédentes. Les objets sont à la place que je leur ai désigné. Demain je déménagerai et ils me suivront. D’eux ou de moi qui est le plus exilé ? » Un peu plus loin : « Je suis comme un soldat qui ne porte pas d’uniforme, qui a choisi de ne pas combattre mais qui se bat toute la nuit pour d’autres causes. »

Isabelle Mandraud et Caroline Monnot

20
Nov
08

TARNAC : QUAND LES “ANARCHO RÉVOLUTIONNAIRES POTENTIELLEMENT TRÈS VIOLENTS” DEVIENNENT ÉPICIERS

Pris ici !

Exclusif: nous avions rencontré les épiciers de Tarnac

[Le Populaire – Michael Nicolas – 12/11/2008]
Il y a trois ans, en posant leurs valises sur le plateau, dans un hameau non loin de Tarnac, Gaëtan, 25 ans, et Benjamin, 30 ans, ne pensaient pas devenir commerçants.

La croissance à tout crin, ce n’est pas franchement leur truc. Lorsqu’ils ont débarqué avec une vingtaine de potes pour retaper une vieille ferme, les rumeurs ont d’ailleurs été bon train.

Et s’il s’agissait d’une secte ? « On n’est pas venu ici pour faire du fric » Ils n’ont toutefois pas tardé à trouver leur place dans la commune, allant jusqu’à racheter, le 1er octobre, le magasin général d’alimentation du bourg. « Je n’aurais jamais pensé me retrouver derrière un comptoir, être ainsi pris dans des rapports marchands », insiste Gaëtan ; « faire des journées pas possibles, des livraisons », ajoute Benjamin.

Car le magasin général n’est pas seulement la petite épicerie du village. Il fait aussi bar, tabac, restaurant ouvrier, station-service, et salle de spectacles. Ici, on ne veut pas faire les choses comme ailleurs. Ça tombe bien, le plateau n’est pas un lieu comme les autres.

Une autre proximité

Pour racheter l’endroit et conserver ses deux salariées (rejointes depuis par trois autres personnes à temps partiel), les trois gérants n’ont d’ailleurs pas fait appel aux banques. En plus de l’aide de leurs proches, ils ont émis des bons de souscription qui seront échangeables, à partir du 1er mai 2008, contre des produits vendus au magasin.

Plus de 150 habitants du village y ont participé. Il faut dire que tout le monde y trouve son compte. “Tout est parti de notre volonté de travailler là où on vit.”, explique Gaëtan. Pour preuve, il est également devenu président du comité des fêtes.

Au travers du « magasin », il aspire à mettre en place une dynamique d’échange à rebours de ce que la société propose. Tout simplement faire passer la vie avant, sans forcément essayer de se faire passer pour un exemple. Une démarche plus compliquée qu’il n’y paraît, mais qui se met peu à peu en place avec le soutien des habitants dont beaucoup n’osent imaginer ce que serait devenue leur ville sans ce commerce qui prône une autre proximité.

http://www.lepopulaire.fr/editions_locales/tulle/exclusif_nous_avions_rencontre_les_epiciers_de_tarnac@CARGNjFdJSsEEh8MAxw-.html

19
Nov
08

Extrême gauche : on fabrique un épouvantail médiatique

Tribune publiée sur Rue89 qu’on reprend ici.

Par Quadruppani | nomade italo-bellevilois | 18/11/2008 | 12H31

Ecrivain, traducteur et journaliste, un riverain, « perplexe » quant à la couverture dans les médias de l’arrestation et de la mise en examen des neuf militants autonomes dans l’affaire des caténaires SNCF, nous a proposé cette contribution critique. Il revient sur la réplique judiciaire et l’inculpation des protagonistes samedi soir, et sur la diabolisation de l’extrême gauche.

En l’état actuel des informations disponibles, toute personne dotée d’un minimum d’esprit critique a la possibilité de faire quelques observations minimales à propos des interpellations à Tarnac et autres lieux. Ces observations sont simples, vite dites. Mais elles sont accablantes pour le tohu-bohu médiatique orchestré par la ministre de la police et pour ceux qui s’y sont joints.

Le retour de l’épouvantail… sur le mode de la farce

Première observation: à l’heure actuelle, le dossier de l’accusation contre les personnes interpellées ne tient pas debout. Pas l’ombre d’un aveu ou d’une preuve matérielle. Juste des rapports de police sur des comportements jugés suspects. Qu’un représentant du parquet présente comme une organisation « terroriste » le « Comité invisible », pseudonyme de l’auteur collectif (ou pas) d’un livre publié depuis un an et demi chez un excellent éditeur parisien, donne la mesure du sérieux des accusations.

On a comme l’impression de revoir, sur le mode de la farce, les constructions abracadabrantes des juges italiens des années 70 contre l’extrême gauche enfermée tout entière dans l’épouvantail terroriste. Et ce n’est pas le surgissement d’un « témoin sous x » qui va nous rassurer: l’usage des repentis racontant ce qu’on veut qu’ils racontent a déshonoré pour toujours une certaine « justice » transalpine.

Sera-ce le dernier moyen tenté par la police et la justice hexagonales pour échapper au ridicule d’une affaire qui pourrait se dégonfler bien vite?

Deuxième observation: assimiler à du terrorisme des actes de sabotage pensés pour éviter tout dégât humain, est une bouffonnerie. Rappelons au passage que le sabotage a, depuis Emile Pouget, une longue tradition dans le mouvement ouvrier.

Et quand, naguère, des ouvriers menaçaient de répandre des produits toxiques dans un canal pour protester contre la fermeture de leur usine, on leur répondait en tendant des micros compassionnels, pas en leur envoyant des superflics cagoulés. Pour ne pas parler des nervis d’un syndicat agricole saccageant le bureau d’une ministre ou des viticulteurs détruisant la cargaison d’un pinardier. Personne à ce propos n’a parlé de terrorisme.

Quand MAM fabrique une « mouvance »…

Troisième observation: la fabrication de la « mouvance anarcho-autonome » par la ministre de la police et par les médias qui ont relayé sa parole sans aucun recul critique n’a été possible que grâce à l’extrême ignorance journalistique sur tout ce qui touche à la critique radicale du capitalisme.

Personne n’est obligé de connaître l’histoire de l’anarchie ni celle de l’autonomie ouvrière. On fera cependant observer que, pour des gens dont le travail est de parler des phénomènes de société, un effort de documentation ne serait pas de trop: si ces courants n’occupent pas le devant de la scène médiatique, ils furent comme des poissons dans l’eau dans quelques-uns des grands événements du siècle, de Mai 68 à l’automne chaud italien.

Evénements qui ont profondément marqué la fin du siècle dernier et, sait-on jamais en ces temps de crise, qui pourraient bien connaître une nouvelle jeunesse, une nouvelle figure dans les années à venir. « L’Insurrection qui vient » (dont le ou les auteurs, jusqu’à preuve du contraire, restent inconnus) est une œuvre complexe, profonde, éminement discutable et criticable mais certainement pas réductible, en sortant deux phrases, à une espèce de pièce à conviction dans un dossier de police.

L’exemple de la résistance au battage médiatique est venu, comme toujours, d' »en bas », du terrain de la vie réelle, des gens de Tarnac qui ont constitué un comité de défense. Il serait bon que ceux qui se chargent de nous informer aillent y faire un tour et répercutent aussi les voix dissidentes.

18
Nov
08

Chronique de Didier Porte France Inter – 18 novembre

A écouter là : http://tourdemars.musicblog.fr/917161/MARDI-18-NOVEMBRE-2008/

17
Nov
08

Retour sur la traque de l’ultra-gauche

Repris de Bakchich.info ici :

Retour sur la traque de l’ultra-gauche

L’arrestation de neuf anars présentés comme « ennemis de la société », accusés d’avoir saboté les TGV, leur mise en examen et en détention ce week-end, pour cinq d’entre eux, est une histoire complexe.

Il se trouve que Julien Coupat, présenté par le procureur Jean-Claude Marin et une partie de la presse, comme « le cerveau de la cellule invisible », est une cible du FBI.

Comme les flics de ce service « mythique » ont beaucoup œuvré pour collecter un maximum d’éléments sur Hassan Diab, un Palestinien qui a longtemps vécu aux Etats-Unis (voir encadré), il y a dans l’arrestation de Coupat et consort un synchronisme magique : on vous aide sur Coupat, aidez-nous sur Diab. Il s’agit de recueillir des traces, ADN, empreintes, adresses, écrits, relevés téléphoniques, listes des amis du palestinien aujourd’hui prof de socio lors de son séjour aux USA. Outre une éventuelle embuscade tendue à nos fiers TGV, les anars sont aussi victimes d’un renvoi d’ascenseur qui marche de mieux en mieux entre Washington et Paris.

Hassan Diab et l’attentat de la rue Copernic

Mais que fait donc Julien Coupat, diplômé de l’ESSEC, 34 ans dans un dossier du FBI ? Lui qui, après avoir renoncé à l’immense bonheur d’une vie bourgeoise vit discrètement entre une ferme en Corrèze et un appartement à Paris ? Si l’histoire de l’intello relève d’un épisode de New York Police Blues, c’est parce que le camarade Coupat, outre la Corrèze, aime voyager. Ainsi, avec sa fiancée Yldune, il a, à la fin 2007, effectué un voyage un aux Etats-Unis. Mais, incorrigible, Coupat a choisit de fréquenter des anars, ces ennemis de l’ordre qui existent encore au paradis de Bush.

Des gauchos dans l’oeil du FBI

En janvier 2008, lors de son passage à New York, bon touriste, notre révolutionnaire de la Corrèze prend des photos de Time Square, le point le plus visité de la Big Apple. Quand, avec sa fiancée, notre Guevara de Tulle quitte les USA pour retourner au Canada, son visa qui n’est plus en règle. Il est « retenu » par le FBI, et la littérature, retrouvée dans ses bagages, confirme aux policiers que, pour changer le monde, Coupat croit davantage en Bakounine qu’en Arnold Schwarzenegger. Le voyage du Corrézien est donc reconstitué, ses amitiés militantes démasquées, ses documents et photos, dont les jolies vues de Time Square sont dupliquées.

Un peu plus de deux mois plus tard, le 6 mars, une grenade d’exercice fait sauter les vitres d’un centre de recrutement de l’armée situé, justement, à Time Square. C’est là que, pour le FBI, Coupat et ses potes américains deviennent un cœur de cible… D’où, a partir du printemps, une certaine pression de nos amis US sur l’ermite de Tarnac, le charmant bled où l’intello s’est retiré du monde.

Dès que cette requête venue d’outre-Atlantique tombe sur son bureau, la merveilleuse MAM se met à voir des anarchistes partout. Et il commence à pleuvoir dru sur les révoltés qui traînent trop aux manifs anti G8, G20 et autre « G »… Pour la toute nouvelle super police, la DCRI, qui regroupe DST et RG, c’est une « priorité absolue », que de pister et « neutraliser » ces anars.

Pourquoi pas capables, pense MAM, de nous faire un remake d’Action Directe ou encore un coup de folie à la Florence Rey et Audry Maupin (flingage à tout va place de la Nation) ?

Un autre élément, de « sécurité intérieure », pèse lourd sur le dos de ces jeunes enragés… Comme Mitterrand avait peur d’un attentat d’extrême droite, et avait créé sa pathétique cellule de l’Elysée pour le déjouer, Sarkozy craint un peu du côté de l’extrême gauche (pas celle de Besancenot).

Mitterrand avait peur d’Erulin, un agité du facho, et Sarko du Coupat, un agité du gaucho. Un lecteur de Proudhon et sans doute lui-même auteur d’un livre mystérieux, publié aux éditions La Fabrique », intitulé : L’Insurrection qui vient, un « mode d’emploi de l’action violente », dixit le procureur Marin. Les RG et les services de polices en général, ayant observé une « montée des violences et incivilités » contre ce qui symbolise l’Ump et Sarkozy, la traque de l’anar est devenue une grande cause nationale.

La chasse au drapeau noir ouverte depuis mai 2007

Dans l’affaire, premier protecteur du président à policier jusqu’à la mort, Claude Guéant qui continue de jouer un rôle à la Fouquet. Il faut dire que, dès l’élection de Nicolas Sarkozy nos zigotos pas contents étaient allés au (justement) « Fouquet’s », lieu de la libation néo présidentielle, pour se cogner avec le service d’ordre et même de mettre le feu au pantalon d’un maître d’hôtel !

Depuis dix mois, la chasse aux drapeaux noirs est donc ouverte. Et des maladroits se sont déjà fait prendre. Le 24 janvier deux jeunes, un garçon, F.F. et une fille, I.M., sont arrêtés par des douaniers pisteurs de shit au péage nord de Vierzon. Dans le sac d’I.M., les douaniers trouvent 1634 grammes de chlorate de soude, un désherbant qui, placé entre des mains expertes, permet de fabriquer un explosif. Aussi dans le sac à dos de la demoiselle, un manuscrit en italien : A chacun le vôtre. Mille façons de saboter le monde… F.F. et I.M. sont mis en prison. Si le garçon est aujourd’hui en liberté conditionnelle après 6 mois de cellule, au cours desquels il a été salement tabassé, I.M. est toujours en taule. On a trouvé son ADN sur une « botte » de quatre cigarettes qui, en se consumant, devaient mettre le feu à un allume barbecue, le tout placé, en mai 2007 donc pendant la présidentielle, sous une voiture grue de la préfecture de police de Paris parquée rue de Clignancourt. L’ADN, relevé sur la machine infernale qui a fait long feu, désignera aussi DB, autre jeune anar, comme co-auteur du piège à feu… Et lui aussi est en prison.

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Complot gauchiste en France
© Nardo

Le 19 janvier, donc cinq jours avant le « coup de filet » du péage de Vierzon, les policiers antiterroristes avaient déjà arrêté trois autres jeunes I.H,D.B celui qui est maintenant en cellule, et B.L, lors d’une manif contre le Centre de rétention des sans papiers de Vincennes. Ils avaient dans leurs sacs de gros pétards, des lunettes de ski ( ?), et des clous (comme Ravachol à croire que la chose est culturelle chez l’anar). Regroupés dans le même dossier, les mis en examen de cette rafle judiciaire de janvier 2008, attendent aujourd’hui de passer devant un tribunal. Pour éviter de réunir les magistrats de la Cour Anti terroriste pour une affaire de pétards et d’allume barbecue, il est à prévoir que ces cinq jeunes révolutionnaires risquent de se retrouver, on ne sait quand mais pas demain, dans le même box que Julien Coupat, « le cerveau ».

Et c’est ici que nous retombons sur la dernière battue de la traque, celle qui vient de conduire Coupat et ses amis, en prison. Les mises en examen des neufs de « la cellule invisible » n’a pas été une affaire simple. D’un côté nous avions MAM qui, peu soucieuse de respecter la présomption d’innocence, affirmait à Radio J « que les éléments de culpabilité étaient réunis pour accuser le groupe du sabotage des caténaires », une MAM aidée par le poids des mots du procureur Marin, et en face le juge Thierry Fragoli qui, visiblement, a lu des bouquins sur l’affaire des « Irlandais de Vincennes ». Un magistrat prudent qui n’a pas accepté de faire un show à la Bruguière. Heureusement, l’incrimination « d’association de malfaiteurs », cette originalité du droit français, qui permet elle de coller n’importe qui en prison, était là pour venir au secours du juge. Les neufs de la SNCF sont donc présumés coupables « d’association de malfaiteurs dans le but de commettre des actes terroristes »…

Puisqu’il faut bien reconnaître qu’en matière de preuves matérielles, dixit les avocats qui sont là pour ça, « le dossier est vide ». Et il est vrai que, pour placer les fameux étriers métalliques sur les caténaires des TGV à Pépy, il fallait emmancher l’étrier en question dans une perche d’au moins cinq mètres et que rien de semblable retrouvé par les enquêteurs. Par ailleurs, pour fabriquer le fameux piège, outre un savoir faire en métallurgie, il fallait une forge ou un chalumeau ainsi que du fer à béton et une disqueuse. La encore, c’est le bide.

L’accusation la plus déterminante a été recueilli selon un mode opératoire qui fait déjà bondir les avocats. Un personnage, disant être un « repenti » de la bande à Coupat s’est présenté dans une gendarmerie du Puy-de-Dôme. Il a expliqué aux pandores comment ses anciens amis voulaient changer le monde en pourrissant la SNCF… Le problème est que ce témoin capital est, et restera sans doute, anonyme puisque, à la suite d’une modification du code pénal, ce procédé qui rappel celui utilisé naguère par les Anglais contre les Nord-Irlandais, est maintenant admis.

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La pièce qui sert à rompre les catenaires

Selon un avocat appelé à défendre l’un des membres de la bande à Coupat : « l’accusation est nue. Rien ne démontre la culpabilité de mon client ni celle de ses amis dans cette histoire de TGV. Ces mises en examen ne sont rien de plus que la sanction du délit d’opinion, et du droit à manifester. Une forme de Patriot Act à la française »… Pour connaître la vérité (ou à peu près), lire les journaux ne nous suffira pas. Il faudra sans doute attendre le moment d’un procès. Mais l’important est que la Section antiterrorisme du parquet de Paris, et son procureur Marin et sa MAM n’aient plus peur du noir.

16
Nov
08

Arrêtez-nous, nous sommes des terroristes de l’ultra-gauche !

Nous aussi, nous avons manifesté dans notre vie,
Nous avons même manifesté contre la guerre et pour la paix dans le monde,
Certains d’entre nous ont même manifesté à l’étranger, et certains aux Etats-Unis,

Nous aussi, nous habitons ou aimerions habiter un village de 300 habitants,
Nous avons même imaginé vivre et habiter à la campagne et devenir épiciers,
Certains d’entre nous aimeraient reprendre une vieille ferme et planter des carottes,

Nous aussi avons des ordinateurs portables et des connexions Internets,
Nous avons même créé des blogs politiques et associatifs,
Certains d’entre nous connaissent même des sites libertaires ou anarchistes,

Nous aussi, nous possédons une carte des chemins de fer et destinations de la SNCF,
Nous avons, pour les plus jeunes, une carte 12-25 ans pour voyager moins cher,
Certains d’entre nous ont même été importunés par les voies ferrés dans leur promenade du dimanche,

Nous aussi, nous avons des livres à la maison,
Nous avons même des livres politiques qui expliquent comment renverser le système capitaliste,
Certains d’entre nous ont même écrit des livres subversifs expliquant comment organiser une action militante

Nous aussi, nous aimons la nature,
Nous avons même toutes et tous pensé faire de l’escalade pour profiter des paysages de montagne,
Certains d’entre nous ont même, dangereux qu’ils sont, des mousquetons et un casque d’escalade,

Nous aussi, nous sommes allés à l’école,
Nous avons même essayé de faire des études, voire beaucoup d’études,
Certains d’entre nous ont même obtenus leur diplôme BAC+5.

Nous sommes toutes et tous des terroristes de l’ultra-gauche : Arrêtez-nous !

16
Nov
08

Le comité de soutien sur France 2

Une reportage de France2 qui montre le soutien de celles et ceux qui connaissaient les prétendus terroristes :

15
Nov
08

La bataille du rail !

14
Nov
08

LA CRISE FINANCIÈRE ? C’EST LA FAUTE À L’ULTRA GAUCHE !!!!

Il fallait un ennemi qui fasse l’unanimité. Les Etats-Unis ont Al Qaida, la France aura dorénavant l’Ultra-gauche. Des terroristes indicibles, indétectables, surentrainés, des experts… des anarchistes !

27500 actes de malveillances en 2007 contre les biens et les installations de la SNCF. Mais ceux-là sont très particuliers, ils ont été réalisés par des experts. Des gens qui possédaient des manuels pour résister aux interrogatoires de la police, des gens qui se réunissaient en secret pour refaire le monde, qui lisaient des livres sur l’anarchisme et, comble de l’extrémisme… ils possédaient des ordinateurs ! Ils avaient même réussi à se faire apprécier de leur village. C’est dire…

Des spécialistes surarmés

Sur TF1, on détaille les techniques des terroristes à grand renfort de détails. Au péril de leurs vies, ils se hissent sur les caténaires à 7 mètres de hauteur sur un câble de 25000 volts, et y posent un crochet qui, au passage du TGV, arrachait tout sur son passage. Curieusement, la plupart des incidents sont décrits comme ayant été provoqués par des blocs de béton déposés sur la voie, mais l’enquête journalistique suit son cours. Sur France 2, on évoque un attirail impressionnant, découvert lors des perquisitions : des livres, des barres métalliques, des cagoules, des fumigènes, des gilets pare-balles, ou encore… des tiges de fer. Armés jusqu’aux dents !

Une nébuleuse internationale

Autre détail croustillant, sur France 3 : ils ont protesté contre le CPE ! Et les images violentes défilent à l’écran. Ils ont manifesté en Allemagne ! Et les images violentes défilent à l’écran. Ils ont défilé aux Etats-Unis devant une caserne militaire ! Et les images violentes défilent à l’écran. D’ailleurs, cette caserne a été la cible d’un attentat un mois après, bizarre… Autre détail très important, l’opération de sabotage a été saluée par un groupe libertaire est-allemand. La preuve !

… surveillée par la police et le FBI

On en appelle aussi à l’expertise des techniciens de la SNCF. Aucun doute, il s’agit de sabotage, si quelqu’un en doutait encore. On en appelle aussi à l’expertise des experts, aucun doute, l’ultra-gauche est dangereuse, car indépendante et hors de contrôle : anarcho-autonomes, selon le ministère de la Justice. D’ailleurs, de nombreux rapports des RG le soulignent : les gens dangereux sont dangereux. La presse se risque même à reproduire les propos d’Alain Bauer, spécialiste parmi les spécialistes, sarkozyste parmi les sarkozystes, qui ose un rapprochement avec le groupe terroriste “Action Directe”. Sur France 3, Michèle Alliot-Marie déclare que ces gens étaient sous surveillance depuis longtemps, qu’ils ont été vus à proximité de voies TGV, que des rapprochements ont été faits, qu’ils étaient aussi sous surveillance du FBI, etc. La police et le FBI les auraient donc laissé faire ? “Il s’agissait donc bien d’actes de terrorisme” conclut le journaliste. CQFD.

Jugement sans appel d’une habitante de Tarnac : “On n’imaginait pas qu’ils étaient à la limite du terrorisme. Vous savez, les RG, en général, ils ne font pas de descente pour rien“… Tout est dit. Mais à chaque fois, après ce déferlement de témoignages à charge, un journaliste conclut le reportage, devant un bâtiment officiel orné de drapeaux tricolores, par une résurgence d’esprit journalistique : “on ne sait pas grand chose, il n’y a pas de preuve”. Ce qui a été confirmé par plusieurs sources judiciaires. Aucune preuve. Rien… au moment où l’on vous parle.

Une enquête ? Quelle enquête ?

Pire, même. Selon une information Europe 1, les dix gardés à vue n’ont pas été interpellés dans le cadre de l’enquête sur les sabotages de la SNCF, mais dans celui d’une enquête préliminaire ouverte le 16 avril par le parquet anti-terroriste. Cette enquête vise aujourd’hui à établir leur rôle dans des violences qui ont eu lieu lors de manifestations à Vichy début novembre et à Thessalonique début septembre. SNCF : “donner au train des idées d’avance“, dit le slogan, et aux journalistes, aussi…

Et si on trouvait des traces d’un compte bancaire, on pourrait aussi les accuser d’avoir fomenté la crise financière ? Les journalistes veillent au grain…

http://www.lesmotsontunsens.com/ultra-gauche-enquete-police-relaxe-innoce

14
Nov
08

à voir absolument !

Prise sur www.burlador.net, cette vidéo est une parodie du journal de TF1 ! Excellente !

14
Nov
08

Didier Porte, France-Inter et l’ultra-gauche

La chronique de Didier Porte, sur France Inter, du 13 novembre.

13
Nov
08

Sabotage à la SNCF : l’ultra-droite « facho-libérale » mise en cause

Vu ici ! Et on plagie…parce que c’est bien !

Sabotage à la SNCF : l’ultra-droite « facho-libérale » mise en cause

L’enquête semble avoir pris un tour décisif dans l’affaire du sabotage de la SNCF. La thèse du complot terroriste, privilégiée par la police, a conduit à l’arrestation d’une dizaine de personnes, toutes membres d’un groupuscule de l’ultra-droite tendance « facho-libérale« , l’UMP.

Depuis quelques années, la SNCF a été victime de nombreuses attaques visant à démanteler le service public du rail. On a ainsi assisté à une casse sociale sans précédent avec la réforme du système de retraites des cheminots, la réforme du fret, l’ouverture à la concurrence, la suppression des lignes et horaires non rentables, la suppression de guichets et de gares, une baisse significative des embauches, la multiplication des incidents, la modification de l’abonnement de travail et de la carte famille nombreuse. D’après les informations livrées par le parquet, le commando interpellé cette nuit préparait un gros coup, avec la privatisation de la SNCF.

Chut!! Ici on casse en silence

A l’heure actuelle, on possède assez peu d’éléments sur les prévenus. Les « petites mains » de l’organisation, Guillaume Pépy, Anne-Marie Idrac et Louis Gallois ont été interpellés à leur domicile parisien. Les policiers ont précisé qu’ils possédaient des preuves matérielles de l’implication de ces individus dans les actes de sabotage. Ils auraient utilisé leurs fonctions au sein même de la SNCF pour mettre en œuvre leurs noirs desseins. La tête du groupuscule est aussi dans le collimateur des autorités. Les opérations de sabotage auraient été pilotées par un certain Nicolas S., secondé par François F. et Dominique B..

Guillaume Pépy, lors de son arrestation en gare du nord

Le groupe était « suivi » par la police depuis des mois, en raison de son appartenance à l’ultra-droite et « à la mouvance facho-libérale ». « Ils tiennent des discours très radicaux et ont des liens avec des groupes étrangers », précise l’entourage de la ministre de l’intérieur, Michèle Alliot-Marie, notamment en Grande-Bretagne, où des actions de ce genre avaient conduit à la destruction totale du rail anglais. Toujours d’après le ministère, « ils ont des pratiques rituelles de type sectaire, priant régulièrement leur gourou Adam Smith, et se référant sans cesse à la parole de ses prophètes, Augusto Pinochet ou Margaret Thatcher. Ils rêvaient d’une sorte d’apocalypse, avec des accidents ferroviaires en série« . Pour l’instant aucune revendication n’a été exprimée : il semblerait pourtant que le groupuscule soit composée de nostalgiques de la SNCF du régime de VIchy.

L’UMP porte un projet d’avenir pour la SNCF

L’action en « dégradations  » préalablement ouverte devrait être requalifée « en association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » puisqu’il s’agit cette fois « d’action concertée ». Mais les enquêteurs n’excluent pas des rebondissements dans cette affaire aux multiples ramifications. Il se murmure dans les milieux autorisés, que le groupuscule UMP menait des actions parallèles pour détruire la fonction publique et le droit du travail. « On n’est pas au bout de nos surprises » déclarait anxieux le juge d’instruction.

12
Nov
08

Comment reconnaître un terroriste du rail ?

On a trouvé ce texte ici et on a adoré…

Comment reconnaître un terroriste du rail ?

1. Un terroriste du rail se reconnaît au fait qu’il est contre la guerre, mais avec une « rare véhémence ».

A tout seigneur, tout honneur, précisons que nos fins limiers ont été mis sur la piste des « terroristes de Tarnac » (Tarnac, 350 habitants, une église du XIème siècle, un château du XVIIème et 40 km de chemins de randonnée) par les américains qui ont signalé leur « chef » à la police française, comme le note le Figaro : « repérés à la fin de janvier pour des troubles à l’ordre public provoqués en marge d’une réunion anarchiste se tenant à Times Square à New York. Avec une rare véhémence, ils protestaient alors devant un centre de recrutement de l’armée américaine qui, d’ailleurs, a été frappé par un attentat le mois suivant. »

2. Un terroriste du rail se fait passer pour un individu « normal » : il trompe son monde en se dissimulant sous les traits de fermiers ou d’épiciers.

Le journal La Montagne avait rencontré les six jeunes femmes et quatre jeunes hommes devenus les « terroristes de Tarnac »… et n’y avait vu que du feu !

Le journal « La Montagne » nous les décrit comme habitants d’un bâtiment appelé « La ferme » qu’ils avaient achetés. Le maire de la commune, Jean Plazanet a déclaré à l’AFP que les jeunes qui l’occupaient l’avaient acheté en 2003. Ils y élevaient des moutons et entretenaient un potager. Cette communauté recevait des visiteurs venant de Grèce ou d’Italie. Ils étaient très bien intégrés dans la commune où l’un gère une épicerie qui fait également office de station-service. Les habitants interrogés ont été unanimes : ils sont très sympa.

« Il y a trois ans, en posant leurs valises sur le plateau, dans un hameau non loin de Tarnac, Gaëtan, 25 ans, et Benjamin, 30 ans, ne pensaient pas devenir commerçants. Lorsqu’ils ont débarqué avec une vingtaine de potes pour retaper une vieille ferme, les rumeurs ont d’ailleurs été bon train. « Tout est parti de notre volonté de travailler là où on vit. Car on n’est pas venu ici pour faire du fric », explique Gaëtan. Pour preuve, il est également devenu président du comité des fêtes », observe la Montagne.

3. Un terroriste du rail écrit

Autre élément à charge : il semble qu’ils écrivaient ! Selon Sud-Ouest, ce groupe aurait participé à la rédaction d’un ouvrage intitulé « L’insurrection qui vient », signé d’un énigmatique « Comité invisible » et paru aux éditions de La Fabrique. En voici quelques extraits.

4. Un terroriste du rail est étroitement surveillé par la police, mais parvient toujours a déjouer sa vigilance pour commettre ses forfaits sans jamais laissé ni indice, ni trace.

Voilà qui est accablant pour nos dix de Tarnac, c’est même signé : il n’y a pas de preuves contre eux comme le note le point. Seul des terroristes peuvent détruire les preuves avec autant d’adresse alors qu’ils sont étroitement surveillé par la police !

5. Les terroristes commettent des attentats même pendant leur garde à vue

C’est ainsi qu’un train percute une plaque de béton posée sur les rails par malveillance près d’Alençon, le 11/11 à 17h30, alors que les 10 jeunes gens étaient en garde à vue.




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