Posts Tagged ‘inculpés

05
Fév
09

Confettis et lacrymo pour les inculpés de Tarnac

Publié dans Libération ici.

Par Gaël Cogné

Manif . Un défilé hétéroclite de soutien s’est tenu samedi à Paris.

Des drapeaux noirs qui claquent au vent. Devant le jardin du Luxembourg, à Paris, ce samedi, environ 3 000 personnes (1 200 selon la police) sont venues manifester leur soutien aux inculpés de « l’affaire de Tarnac ». Un mélange hétéroclite de membres du comité de soutien de Tarnac, d’autonomes, d’anarchistes, de communistes, de verts, de faucheurs volontaires, de militants des droits de l’homme… Il y a même des Corses qui tractent pour Yvan Colonna au milieu des premiers fumigènes. Quelques personnes portent des masques blancs siglés « terroriste ». En tête de cortège, Gérard Coupat reste discret. Son fils, Julien, est le dernier des inculpés dans l’affaire des sabotages de ligne SNCF à être incarcéré. Au-delà du soutien aux inculpés, Pierre Seigneur, de Tulle (Corrèze), est venu « pour défendre les libertés d’expression, le droit de vivre comme on veut… » Il parle d’Edvige, de l’affaire De Filippis, du fichier Base-élèves.

Confettis. A chaque intersection, les forces de l’ordre bloquent les voies et filment. En queue de cortège, des clowns de la BAC (Brigade activiste des clowns) aspergent de confettis un policier en civil, la main sur l’oreillette. « Les RG, avec nous ! » La manifestation passe devant une permanence du PS. Un homme inscrit avec sa bombe de peinture bleu : « à brûler ».

Les manifestants débouchent près de la prison de la Santé, où se trouve Julien Coupat. Des sifflets et des cris. Puis des tirs de feu d’artifices, jets de bouteille, bombes de peintures, pétards, fumigènes, yaourts. Derrière leurs boucliers, les policiers ne bronchent pas (1 250 hommes ont été déployés).

La manifestation remonte vers la place Denfert-Rochereau. Michel Lévy, le père d’Yldune, récemment libérée, s’entretient avec des habitants de Tarnac. « Cette manifestation est un peu fourre-tout, dans le bon sens du terme : chacun y amène sa part. » Une habitante d’une commune voisine de Tarnac raconte que 109 personnes sont venues en car du plateau de Millevaches et des communes de Tulle et Limoges. Elle n’a jamais milité, mais là, « trop, c’est trop ». Pour elle, on s’attaque à un mode d’existence, à des gens « qui veulent vivre autrement ».

Petit à petit, la place se vide. Rendez-vous a été donné pour certains au centre de rétention de Vincennes (Val-de-Marne) pour soutenir les sans-papiers. Les CRS repoussent les retardataires vers la station de métro. Des échauffourées éclatent. Odeurs de gaz lacrymogène. Les usagers sortent les yeux larmoyants, apeurés. Selon la préfecture, 15 personnes auraient été interpellées pendant la manifestation et 8 policiers blessés (dont deux hospitalisés).

Gendarmes. La nuit est tombée quand quelques centaines de manifestants arrivent à Vincennes. Là encore, le dispositif est impressionnant. Les gendarmes mobiles bloquent les routes. Des policiers en civil contrôlent les manifestants dès la sortie du RER sous les yeux médusés des habitants. « Un pote à moi a été interpellé. Il avait un marteau dans son sac », raconte un militant qui tourne dans l’obscurité autour du centre de rétention administratif, sans parvenir à s’approcher. Aux abords de l’établissement, des heurts opposent des manifestants aux gendarmes mobiles vers 19 h 30. Plusieurs personnes sont interpellées.

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17
Déc
08

L’ultra-gauche, « un pur montage », enquête de Médiapart

Nous reprenons ici les vidéos réalisées par Médiapart ainsi que les liens vers les différents articles :

1er article : « Un pur montage »

2ème article : Retour sur un emballement médiatique

06
Déc
08

Le Monde : « Un désaveu assez radical »

« Un désaveu assez radical »
LE MONDE | 03.12.08 | 14h46

ls faisaient partie du « noyau dur » d’un groupe soupçonné de terrorisme : trois ont été remis en liberté, le temps de l’instruction. Gabrielle H., Manon G. et Benjamin R. sont sortis de prison, mardi 2 décembre dans la soirée, sur décision de la chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris, rejoignant ainsi quatre autres jeunes, également mis en examen pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste et placés sous contrôle judiciaire. Sur les neuf personnes interpellées le 11 novembre à Tarnac (Corrèze) et Paris, il n’en reste que deux en détention provisoire : Julien Coupat, 34 ans, présenté par la police comme le chef du groupe, et son amie Yldune, 25 ans. Tous deux, comme Gabrielle H., sont soupçonnés d’avoir commis des dégradations sur les voies ferroviaires.

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« C’est un premier pas fondamental, et surtout un désaveu assez radical de la manière dont cette affaire a été présentée politiquement et médiatiquement », s’est félicitée Irène Terrel, l’avocate de quatre des cinq personnes jusqu’ici incarcérées. Les trois jeunes qui ont recouvré la liberté ont rejoint leur famille avec l’interdiction de se voir, et aucun d’entre eux ne devrait, du moins dans l’immédiat, retourner à Tarnac, où s’est formé un comité de soutien.

Mardi, un membre d’un autre comité de soutien, en Belgique cette fois, a révélé avoir été interpellé le 27 novembre. Adrien X. affirme avoir été arrêté à Bruxelles alors qu’il circulait à bord d’un véhicule français qui lui avait été prêté par « une amie de sa cousine ». Faisant l’objet d’un signalement européen, la voiture a été confisquée. La police y aurait trouvé des documents relatifs à l’affaire de Tarnac. Le domicile d’Adrien X., libéré sans explications, après une douzaine d’heures, celui de son amie et celui de son employeur, un libraire, ont été perquisitionnés par la police antiterroriste en l’absence des intéressés. Le comité belge dénonce un « amalgame entre contestation politique et terrorisme ».

Isabelle Mandraud et Jean-Pierre Stroobants (à Bruxelles)
Article paru dans l’édition du 04.12.08
04
Déc
08

Communiqué du comité de soutien aux inculpés de Tarnac

Au regard du maintien en détention de deux inculpés du 11 Novembre, des perquisitions effectuées à Tarnac et en Belgique, des pressions exercées sur les manifestants au Palais de justice de Paris vendredi dernier et aujourd’hui mardi, le comité de soutien maintient ses demandes de libération immédiate et de levée des accusations pour TOUS les inculpés.

Des comités de soutien existent déjà ou sont en train de se monter partout en France et même dans le monde. Ils ne se laisseront pas intimider. Nous appelons à la création de nouveaux comités et à l’intensification des manifestations de soutien, qui seule pourra faire plier la machine antiterroriste et contrer l’opération politique déclenchée le 11 Novembre.

30
Nov
08

Les briseurs de caténaires font dérailler la justice

Article du canard enchainé :

Les briseurs de caténaires font dérailler la justice (Canard enchainé)

Les briseurs de caténaires font dérailler la justice (Canard enchainé)

29
Nov
08

«Je savais qu’ils n’avaient rien contre moi», interview de Mathieu

Publiée par le Paris Normandie, cette interview revient sur l’arrestation musclée, la garde à vue et les raisons de cette arrestation (un peu). Prise ici.

Agrandir la photo
Placé en garde à vue pendant quatre jours, le Rouennais Mathieu tente de comprendre aujourd’hui les raisons qui ont poussé la justice à s’intéresser à lui et à ses amis (photo Boris Maslard)

«Le troisième jour de garde à vue a été le plus dur à vivre. Je commençais à vraiment être éprouvé et sans commencer à voir le bout du tunnel.» Après une centaine d’heures de garde à vue vécue la semaine passée dans le cadre de l’enquête sur les sabotages à la SNCF, Mathieu B. est plutôt en forme.

Même s’il confie «avoir perdu cinq kilos», il est le moins marqué des trois Rouennais éprouvés nerveusement et psychologiquement par cette épreuve qui s’est déroulée dans les locaux de la sous-division anti-terroriste à Levallois et Nanterre.

Fragiles depuis leur libération samedi après-midi, notamment victimes de troubles du sommeil, Elsa B. et Bertrand D. ne souhaitent pas s’exprimer publiquement. Dans un autre état d’esprit, Mathieu B. a répondu aux sollicitations des médias. Filmé hier après-midi par une équipe de Sept à huit, l’émission de reportages de TF1, l’étudiant âgé de 27 ans, fraîchement diplômé de l’école des Hautes études en sciences sociales, s’est aussi longuement confié à notre journal.

Dans quelles conditions avez-vous été libéré?
Mathieu B.: « Tard samedi soir. Je suis passé le dernier devant le juge d’instruction (NDLR, au palais de justice de Paris, sur l’île de la Cité). Cela a duré cinq minutes. L’avocat commis d’office m’avait prévenu un peu avant que mon dossier était vide. Un peu embarrassé, le juge m’a signifié mon placement sous contrôle judiciaire et ma mise en examen. Une fois dehors, j’ai retrouvé les autres qui venaient d’être libérés et des amis venus nous accueillir.»

Ensuite?
«Avec ma compagne (Aria T., arrêtée avec lui à Tarnac et qui a aussi vécu la garde à vue), nous sommes rentrés à Rouen par le dernier train. Et le lendemain matin, nous sommes allés chercher notre fils de neuf mois qui était chez mes parents. Nous avons raconté à nos proches l’enchaînement des événements.»
Que retenez-vous des premiers moments de la perquisition?
«Nous avons été braqués nus par des policiers cagoulés, et menottés. Le lit de notre fils a été retourné, les pots de confiture de ma mère vidés. Cela a duré des heures, sans qu’ils ne trouvent rien de compromettant.»

Quand avez-vous été conduits à Paris?
« Le convoi de véhicules est parti en fin d’après-midi. Transportés à 180 km/h sur l’autoroute, nous avons dû arriver vers 20 h à Paris. Je me suis retrouvé dans une cellule de 5 m² sans fenêtre, avec pour seul mobilier un banc en béton, le tout baigné d’une très faible lumière.»

Les interrogatoires ont-ils débuté tout de suite?

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// «Non, seulement le lendemain matin. J’ai répondu à des questions très précises sur ma vie, mes études, mes parents. Les policiers m’ont ensuite interrogé sur mes opinions, au sujet de Sarkozy, de livres comme L’Insurrection qui vient. Ensuite, j’ai été questionné sur ma participation à la manifestation de Vichy (le 3 novembre en marge d’une réunion européenne sur l’immigration) puis sur les sabotages SNCF. J’ai raconté en détail cette soirée-là, que j’ai passée à Rouen en ville et à une fête avec des amis.»
Avez-vous subi des atteintes physiques durant votre garde à vue?
« Non, il s’agissait plutôt d’intimidation du genre : »On sait que tu mens » ou  »tu ne reverras jamais ton fils ». A partir du jeudi, les policiers ont cessé de m’interroger sur les faits et m’ont questionné sur mes lectures, les gens croisés dans ma vie, les manifestations auxquelles j’ai participé. Ils m’ont sorti ma lampe frontale, l’adresse de mon ancien proprio… le moindre objet insignifiant était sujet à interprétation.»

Avez-vous eu peur?
« Le troisième jour a été très difficile. Je savais qu’ils n’avaient rien contre moi mais les idées s’embrouillaient dans ma tête sous l’effet de la fatigue, du manque de nourriture. La situation était si surréaliste que j’avais l’impression d’être dans les Bronzés à Guantanamo (sic).»

Avez-vous compris le pourquoi de votre arrestation?
« Je pense que l’on a payé notre activité intellectuelle et nos opinions, notre critique de la société de consommation, notre mode de vie basé sur le partage et l’entraide. Pour moi, il s’agissait d’une arrestation politique.»

propos recueillis par Paul Mouchel
« Etranger aux sabotages »
Pour Mathieu B., qui se dit « étranger aux sabotages SNCF », cette arrestation était une « opération politique ». « Vivre en communauté (NDLR : les Rouennais vivent à huit dans deux maisons), partager plutôt que de vivre chacun dans son coin, faire un pas de côté vis-à-vis de rapports dominants serait potentiellement terroriste ? », s’interroge Mathieu. « Nous avons une autre idée de la politique qui s’applique à notre mode de vie. Alors que tout va mal, on cherche à s’organiser localement en produisant des légumes, partageant le peu qu’on a, joyeusement. » « Notre activisme se concrétise dans l’écriture, l’édition de textes disponibles en librairie, mais aussi dans la participation à des manifestations comme beaucoup d’autres organisations. » Et si les idées de partage et communautaires sont plutôt estampillées de gauche, Mathieu et
ses amis ne se revendiquent d’aucun courant politique. Ils sont d’ailleurs en passe de créer à Rouen une cantine solidaire qui sera également un lieu d’échanges.

Article paru le : 21 novembre 2008

28
Nov
08

Non à l’ordre nouveau – Tribune Le Monde

Non à l’ordre nouveau

LE MONDE | 27.11.08 | 13h55 – publié ici

ne opération récente, largement médiatisée, a permis d’arrêter et d’inculper neuf personnes, en mettant en oeuvre la législation antiterroriste. Cette opération a déjà changé de nature : une fois établie l’inconsistance de l’accusation de sabotage des caténaires, l’affaire a pris un tour clairement politique. Pour le procureur de la République, « le but de leur entreprise est bien d’atteindre les institutions de l’Etat, et de parvenir par la violence – je dis bien par la violence et non pas par la contestation qui est permise – à troubler l’ordre politique, économique et social ».

La cible de cette opération est bien plus large que le groupe des personnes inculpées, contre lesquelles il n’existe aucune preuve matérielle, ni même rien de précis qui puisse leur être reproché. L’inculpation pour « association de malfaiteurs en vue d’une entreprise terroriste » est plus que vague : qu’est-ce au juste qu’une association, et comment faut-il entendre ce « en vue de » sinon comme une criminalisation de l’intention ? Quant au qualificatif de terroriste, la définition en vigueur est si large qu’il peut s’appliquer à pratiquement n’importe quoi – et que posséder tel ou tel texte, aller à telle ou telle manifestation suffit à tomber sous le coup de cette législation d’exception.Les personnes inculpées n’ont pas été choisies au hasard, mais parce qu’elles mènent une existence politique. Ils et elles ont participé à des manifestations – dernièrement, celle de Vichy, où s’est tenu le peu honorable sommet européen sur l’immigration. Ils réfléchissent, ils lisent des livres, ils vivent ensemble dans un village lointain.

On a parlé de clandestinité : ils ont ouvert une épicerie, tout le monde les connaît dans la région, où un comité de soutien s’est organisé dès leur arrestation. Ce qu’ils cherchaient, ce n’est ni l’anonymat ni le refuge, mais bien le contraire : une autre relation que celle, anonyme, de la métropole.

Finalement, l’absence de preuve elle-même devient une preuve : le refus des inculpés de se dénoncer les uns les autres durant la garde à vue est présenté comme un nouvel indice de leur fond terroriste.

LIBÉRATION IMMÉDIATE

En réalité, pour nous tous cette affaire est un test. Jusqu’à quel point allons-nous accepter que l’antiterrorisme permette n’importe quand d’inculper n’importe qui ? Où se situe la limite de la liberté d’expression ? Les lois d’exception adoptées sous prétexte de terrorisme et de sécurité sont-elles compatibles à long terme avec la démocratie ? Sommes-nous prêts à voir la police et la justice négocier le virage vers un ordre nouveau ? La réponse à ces questions, c’est à nous de la donner, et d’abord en demandant l’arrêt des poursuites et la libération immédiate de celles et ceux qui ont été inculpés pour l’exemple.


Giorgio Agamben, philosophe ;
Alain Badiou, philosophe ;
Jean-Christophe Bailly, écrivain ;
Anne-Sophie Barthez, professeur de droit ;
Miguel Benasayag, écrivain ;
Daniel Bensaïd ;
Luc Boltanski, sociologue ;
Judith Butler ;
Pascale Casanova, critique littéraire ;
François Cusset ;
Christine Delphy ;
Isabelle Garo ;
François Gèze, éd. La Découverte ;
Jean-Marie Gleize, professeur de littérature ;
Eric Hazan, éd. La Fabrique ;
Rémy Hernu, professeur de droit ;
Hugues Jallon ;
Stathis Kouvelakis ;
Nicolas Klotz, réalisateur ;
Frédéric Lordon, économiste ;
Jean-Luc Nancy ;
Bernard Noël, poète ;
Dominique Noguez, écrivain ;
Yves Pagès, éd. Verticales ;
Karine Parrot ;
Jacques Rancière ;
Jean-Jacques Rosat ;
Carlo Santulli ;
Rémy Toulouse, éd. Les Prairies ordinaires ;
Enzo Traverso, historien ;
Jérôme Vidal, éd. Amsterdam ;
Slavoj Zizek, philosophe.

La liste complète des signataires peut être consultée sur www.soutien11novembre.org. Les signatures de soutien sont collectées sur le même site ou en envoyant un mail avec votre nom et votre profession à l’adresse: petition.tarnac@gmail.com