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20
Juin
09

Deux ou trois choses que j’avais à vous dire, par Yildune Lévy

Publié ici.
LE MONDE | 20.06.09 | 13h27  •  Mis à jour le 20.06.09 | 15h50

‘est un homme, dans un bureau, comme tant d’autres hommes dans tant d’autres bureaux auxquels il ressemble sans ressembler à rien. Celui-là dispose d’un pouvoir spécial, certainement dû au fait que son bureau occupe le dernier étage d’une quelconque tour d’un palais de justice.

On dit qu’il instruit, qui ? quoi ? Il instruit. Il écroue. Il interroge. Il rend des ordonnances, de pâles ordonnances, où quelques articles de loi, une poignée de formules convenues et de considérations vagues se concluent par d’impénétrables mesures de contrôle judiciaire. Benjamin, certainement trop apprécié comme épicier à Tarnac, sera assigné à résidence chez sa mère en Normandie, où il n’a jamais vécu, à 30 ans. Manon et moi, qui partagions tout à Fleury, n’avons plus le droit de nous voir maintenant que nous sommes « libres ». Julien peut se mouvoir dans toute la couronne parisienne, non traverser Paris, au cas où lui viendrait la tentation de prendre d’assaut l’Hôtel de Ville, sans doute.

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Tel ami qui le visitait au parloir de la Santé doit se garder de le croiser désormais, sous peine de réincarcération. L’homme au bureau construit un dédale de murs invisibles, un labyrinthe d’impossibilités factices où nous sommes censés nous perdre, et perdre la raison. Il y a un ordre dans cet écheveau d’absurdités, une politique de désorientation sous les accents neutres du judiciaire.

On nous libère en prétextant qu’il n’y a pas de « risque de concertation frauduleuse » pour ensuite nous interdire de nous voir et nous exiler ici ou là, loin de Tarnac. On autorise un mariage tout en en faisant savamment fuiter le lieu et la date. On fragnole (1), à coup sûr, mais pas seulement.

C’est par ses incohérences qu’un ordre révèle sa logique. Le but de cette procédure n’est pas de nous amener à la fin à un procès, mais, ici et maintenant, et pour le temps qu’il faudra, de tenir un certain nombre de vies sous contrôle. De pouvoir déployer contre nous, à tout instant, tous les moyens exorbitants de l’antiterrorisme pour nous détruire, chacun et tous ensemble, en nous séparant, en nous assignant, en starifiant l’un, en faisant parler l’autre, en tentant de pulvériser cette vie commune où gît toute puissance.

La procédure en cours ne produit qu’incidemment des actes judiciaires, elle autorise d’abord à briser des liens, des amitiés, à défaire, à piétiner, à supplicier non des corps, mais ce qui les fait tenir : l’ensemble des relations qui nous constituent, relations à des êtres chers, à un territoire, à une façon de vivre, d’oeuvrer, de chanter. C’est un massacre dans l’ordre de l’impalpable. Ce à quoi s’attaque la justice ne fera la « une » d’aucun journal télévisé : la douleur de la séparation engendre des cris, non des images. Avoir « désorganisé le groupe », comme dit le juge, ou « démantelé une structure anarcho-autonome clandestine », comme dit la sous-direction antiterroriste, c’est dans ces termes que se congratulent les tristes fonctionnaires de la répression, grises Pénélope qui défont le jour les entités qu’ils cauchemardent la nuit.

Poursuivis comme terroristes pour détention de fumigènes artisanaux au départ d’une manifestation, Ivan et Bruno ont préféré, après quatre mois de prison, la cavale à une existence sous contrôle judiciaire. Nous acculer à la clandestinité pour simplement pouvoir serrer dans nos bras ceux que nous aimons serait un effet non fortuit de la manoeuvre en cours.

Ladite « affaire de Tarnac », l’actuelle chasse à l’autonome ne méritent pas que l’on s’y attarde, sinon comme machine de vision. On s’indigne, en règle générale, de ce que l’on ne veut pas voir. Mais ici pas plus qu’ailleurs il n’y a lieu de s’indigner. Car c’est la logique d’un monde qui s’y révèle. A cette lumière, l’état de séparation scrupuleuse qui règne de nos jours, où le voisin ignore le voisin, où le collègue se défie du collègue, où chacun est affairé à tromper l’autre, à s’en croire le vainqueur, où nous échappe tant l’origine de ce que nous mangeons, que la fonction des faussetés, dont les médias pourvoient la conversation du jour, n’est pas le résultat d’une obscure décadence, mais l’objet d’une police constante.

Elle éclaire jusqu’à la rage d’occupation policière dont le pouvoir submerge les quartiers populaires. On envoie les unités territoriales de quartier (UTEQ) quadriller les cités ; depuis le 11 novembre 2008, les gendarmes se répandent en contrôles incessants sur le plateau de Millevaches. On escompte qu’avec le temps la population finira par rejeter ces « jeunes » comme s’ils étaient la cause de ce désagrément. L’appareil d’Etat dans tous ses organes se dévoile peu à peu comme une monstrueuse formation de ressentiment, d’un ressentiment tantôt brutal, tantôt ultrasophistiqué, contre toute existence collective, contre cette vitalité populaire qui, de toutes parts, le déborde, lui échappe et dans quoi il ne cesse de voir une menace caractérisée, là où elle ne voit en lui qu’un obstacle absurde, et absurdement mauvais.

Mais que peut-elle, cette formation ? Inventer des « associations de malfaiteurs », voter des « lois anti-bandes », greffer des incriminations collectives sur un droit qui prétend ne connaître de responsabilité qu’individuelle. Que peut-elle ? Rien, ou si peu. Abîmer à la marge, en neutraliser quelques-uns, en effrayer quelques autres. Cette politique de séparation se retourne même, par un effet de surprise : pour un neutralisé, cent se politisent ; de nouveaux liens fleurissent là où l’on s’y attendait le moins ; en prison, dans les comités de soutien se rencontrent ceux qui n’auraient jamais dû ; quelque chose se lève là où devaient régner à jamais l’impuissance et la dépression. Troublant spectacle que de voir la mécanique répressive se déglinguer devant la résistance infinie que lui opposent l’amour et l’amitié. C’est une infirmité constitutive du pouvoir que d’ignorer la joie d’avoir des camarades. Comment un homme dans l’Etat pourrait-il comprendre qu’il n’y a rien de moins désirable, pour moi, que d’être la femme d’un chef ?

Face à l’état démantelé du présent, face à la politique étatique, je n’arrive à songer, dans les quartiers, dans les usines, dans les écoles, les hôpitaux ou les campagnes, qu’à une politique qui reparte des liens, les densifie, les peuple et nous mène hors du cercle clos où nos vies se consument. Certains se retrouveront à la fontaine des Innocents à Paris, ce dimanche 21 juin, à 15 heures. Toutes les occasions sont bonnes pour reprendre la rue, même la Fête de la musique.


Etudiante, Yildune Lévy est mise en examen dans l' »affaire de Tarnac ».

(1) Il manque assurément au vocabulaire français un verbe pour désigner la passion que met un assis à rendre, par mille manœuvres minuscules, la vie impossible aux autres. Je propose d’ajouter pour combler cette lacune à l’édition 2011 du Petit Robert le verbe « fragnoler » d’où découlent probablement le substantif « fragnolage », l’adjectif « fragnolesque » et l’expression argotique « T’es fragno ! » dont l’usage est attesté et ne cesse de se répandre.

16
Juin
09

Manifestation des Cagoules

Le 21 juin 15 h à Paris, Fontaine des Innocents
RER Les Halles

Autour du réseaux des comités de soutien aux inculpés de Tarnac, des révoltes se sont fédérées, qui appellent à venir à manifester en cagoule ou masque de clown, pour protester contre leur possible interdiction et pour bien davantage encore : « Le gouvernement craint les cagoules, parce qu’il sait que la révolte n’a plus de visage. Nous avons besoin de bien plus que d’une manifestation, il nous faut des lieux plus durables et plus joyeux, à la mesure de la situation. Mais cette manifestation-là pourrait être une première rencontre. »

www.manifdu21juin.com
www.soutien11novembre.org

Affiche Manifestation 21 juin

Affiche Manifestation 21 juin

13
Mai
09

Les terroristes sont dans la rue

Nous n’avions pas encore vu ces vidéos de la Télé Libre. Peut-être que vous non plus. N’hésitez pas à nous signaler des vidéos ou des textes, non encore diffusés sur ce blog, qui le mériteraient (olympe.deux.gouges (arobase) gmail.com). Merci.

A l’occasion de la manifestation du 31 janvier, « sabotons l’antiterrorisme » :

Au soir de la libération d’Yldune :

05
Fév
09

Confettis et lacrymo pour les inculpés de Tarnac

Publié dans Libération ici.

Par Gaël Cogné

Manif . Un défilé hétéroclite de soutien s’est tenu samedi à Paris.

Des drapeaux noirs qui claquent au vent. Devant le jardin du Luxembourg, à Paris, ce samedi, environ 3 000 personnes (1 200 selon la police) sont venues manifester leur soutien aux inculpés de « l’affaire de Tarnac ». Un mélange hétéroclite de membres du comité de soutien de Tarnac, d’autonomes, d’anarchistes, de communistes, de verts, de faucheurs volontaires, de militants des droits de l’homme… Il y a même des Corses qui tractent pour Yvan Colonna au milieu des premiers fumigènes. Quelques personnes portent des masques blancs siglés « terroriste ». En tête de cortège, Gérard Coupat reste discret. Son fils, Julien, est le dernier des inculpés dans l’affaire des sabotages de ligne SNCF à être incarcéré. Au-delà du soutien aux inculpés, Pierre Seigneur, de Tulle (Corrèze), est venu « pour défendre les libertés d’expression, le droit de vivre comme on veut… » Il parle d’Edvige, de l’affaire De Filippis, du fichier Base-élèves.

Confettis. A chaque intersection, les forces de l’ordre bloquent les voies et filment. En queue de cortège, des clowns de la BAC (Brigade activiste des clowns) aspergent de confettis un policier en civil, la main sur l’oreillette. « Les RG, avec nous ! » La manifestation passe devant une permanence du PS. Un homme inscrit avec sa bombe de peinture bleu : « à brûler ».

Les manifestants débouchent près de la prison de la Santé, où se trouve Julien Coupat. Des sifflets et des cris. Puis des tirs de feu d’artifices, jets de bouteille, bombes de peintures, pétards, fumigènes, yaourts. Derrière leurs boucliers, les policiers ne bronchent pas (1 250 hommes ont été déployés).

La manifestation remonte vers la place Denfert-Rochereau. Michel Lévy, le père d’Yldune, récemment libérée, s’entretient avec des habitants de Tarnac. « Cette manifestation est un peu fourre-tout, dans le bon sens du terme : chacun y amène sa part. » Une habitante d’une commune voisine de Tarnac raconte que 109 personnes sont venues en car du plateau de Millevaches et des communes de Tulle et Limoges. Elle n’a jamais milité, mais là, « trop, c’est trop ». Pour elle, on s’attaque à un mode d’existence, à des gens « qui veulent vivre autrement ».

Petit à petit, la place se vide. Rendez-vous a été donné pour certains au centre de rétention de Vincennes (Val-de-Marne) pour soutenir les sans-papiers. Les CRS repoussent les retardataires vers la station de métro. Des échauffourées éclatent. Odeurs de gaz lacrymogène. Les usagers sortent les yeux larmoyants, apeurés. Selon la préfecture, 15 personnes auraient été interpellées pendant la manifestation et 8 policiers blessés (dont deux hospitalisés).

Gendarmes. La nuit est tombée quand quelques centaines de manifestants arrivent à Vincennes. Là encore, le dispositif est impressionnant. Les gendarmes mobiles bloquent les routes. Des policiers en civil contrôlent les manifestants dès la sortie du RER sous les yeux médusés des habitants. « Un pote à moi a été interpellé. Il avait un marteau dans son sac », raconte un militant qui tourne dans l’obscurité autour du centre de rétention administratif, sans parvenir à s’approcher. Aux abords de l’établissement, des heurts opposent des manifestants aux gendarmes mobiles vers 19 h 30. Plusieurs personnes sont interpellées.

12
Déc
08

Révoltes en Grèce : France 2 voit l’ultra-gauche partout

Piqué sur le très bon site de Bastamag : http://www.bastamag.net/spip.php?article305

Révoltes en Grèce

France 2 voit l’ultra-gauche partout

Par Agnès Rousseaux (10 décembre 2008)

Les militants d’ultra-gauche sont de retour… Pas de panique, c’est en Grèce que France 2 les a retrouvés. Mardi 9 décembre, journal télévisé de 20H. Dans son introduction, David Pujadas prend soin de préciser que les jeunes qui manifestent en Grèce ne sont « pas tous des casseurs ».

Le reportage décrit tout d’abord le « face-à-face très tendu entre des groupes de jeunes manifestants et les forces de l’ordre », puis va à la rencontre de jeunes filles de 16 ans, qui expriment leur ras-le-bol « face à une société qui selon elles ne leur promet aucun avenir ». Le journaliste continue : « Dans leur sac, pas d’oranges [munitions de manifestants], mais une nouvelle arme préparée à la maison tôt ce matin : des œufs pourris ». Plutôt inoffensives, donc.

Mais le reporter enchaîne : « Parmi les manifestants, on trouve énormément de jeunes. Certains tiennent un discours d’ultra-gauche ». On entend alors les paroles d’un de ces jeunes d’ultra-gauche que France 2 a déniché : « On ne sera jamais libres, ils sont tous corrompus » . Et sa voisine ajouter : « On n’a pas de gouvernement ». Le jeune manifestant conclut : « On n’a pas de gouvernement, c’est la faute au grand capital. On est tous des esclaves des banques. » Effectivement, un discours très extrémiste qui a de quoi faire peur…

29
Nov
08

Des manifestants expulsés du palais de justice de Paris

Les manifestants ont été expulsés du Palais de justice par les gendarmes alors qu’ils exprimaient leur soutien aux demandes de remise en liberté des 5 prévenus encore détenus. C’était ce vendredi 28 novembre au soir.

L’article du site nouvelsobs.com propose une vidéo de cete expulsion musclée ici. Des manifestants ont été détenus jusqu’à ce matin, mais à notre connaissance, ils ont tous été libérés, sans poursuite.

Renforçons notre soutien !

24
Nov
08

Ultra-gauche : pétition initiée par La Fabrique

Ci-dessous le texte de la pétition initiée par Eric Hazan et Les Editions La Fabrique (http://www.lafabrique.fr).
Pour la signer : renvoyer nom et profession à l’adresse suivante : petition.tarnac(at)gmail.com (remplacé at par @).

PÉTITION

Une opération récente

Une opération récente, largement médiatisée, a permis d’arrêter et d’inculper neuf personnes, en mettant en œuvre la législation antiterroriste. Cette opération a déjà changé de nature : une fois établie l’inconsistance de l’accusation de sabotage des caténaires, l’affaire a pris un tour clairement politique. Pour le procureur de la République, « le but de leur entreprise est bien d’atteindre les institutions de l’État, et de parvenir par la violence – je dis bien par la violence et non pas par la contestation qui est permise – à troubler l’ordre politique, économique et social ».

La cible de cette opération est bien plus large que le groupe des personnes inculpées, contre lesquelles il n’existe aucune preuve matérielle, ni même rien de précis qui puisse leur être reproché. L’inculpation pour « association de malfaiteurs en vue d’une entreprise terroriste » est plus que vague : qu’est-ce au juste qu’une association, et comment faut-il entendre ce « en vue de » sinon comme une criminalisation de l’intention ? Quant au qualificatif de terroriste, la définition en vigueur est si large qu’il peut s’appliquer à pratiquement n’importe quoi – et que posséder tel ou tel texte, aller à telle ou telle manifestation suffit à tomber sous le coup de cette législation d’exception.

Les personnes inculpées n’ont pas été choisies au hasard, mais parce qu’elles mènent une existence politique. Ils et elles ont participé à des manifestations – dernièrement, celle de Vichy, où s’est tenu le peu honorable sommet européen sur l’immigration. Ils réfléchissent, ils lisent des livres, ils vivent ensemble dans un village lointain. On a parlé de clandestinité : ils ont ouvert une épicerie, tout le monde les connaît dans la région, où un comité de soutien s’est organisé dès leur arrestation. Ce qu’ils cherchaient, ce n’est ni l’anonymat, ni le refuge, mais bien le contraire : une autre relation que celle, anonyme, de la métropole. Finalement, l’absence de preuve elle-même devient une preuve : le refus des inculpés de se dénoncer les uns les autres durant la garde à vue est présenté comme un nouvel indice de leur fond terroriste.

En réalité, pour nous tous cette affaire est un test. Jusqu’à quel point allons-nous accepter que l’antiterrorisme permette n’importe quand d’inculper n’importe qui ? Où se situe la limite de la liberté d’expression ? Les lois d’exception adoptées sous prétexte de terrorisme et de sécurité sont elles compatibles à long terme avec la démocratie ? Sommes-nous prêts à voir la police et la justice négocier le virage vers un ordre nouveau ? La réponse à ces questions, c’est à nous de la donner, et d’abord en demandant l’arrêt des poursuites et la libération immédiate de celles et ceux qui ont été inculpés pour l’exemple.