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29
Juin
09

Julien Coupat est sorti de prison

Publié ici.

L’auteur présumé de sabotages sur des lignes TGV, était incarcéré depuis novembre dernier. Le parquet a soumis cette libération à une caution de 16.000 euros et le jeune homme reste sous « strict contrôle judiciaire ».

De source proche du dossier, on a appris la remise en liberté, jeudi 28 mai après-midi, de Julien Coupat, présenté comme le chef d’une cellule soupçonnée de sabotages de caténaires SNCF et incarcéré depuis le 15 novembre 2008 à la prison parisienne de La Santé. Une Peugeot bleue break, avec une femme seule au volant, est entrée avant de ressortir par une issue située à l’arrière de la maison d’arrêt de la Santé avec le jeune homme de 34 ans dissimulé dans son coffre, rapporte l’AFP.

Caution de 16.000 euros

L’ordonnance de remise en liberté rendue par le juge d’instruction Thierry Fragnoli soumet la libération de Coupat au versement d’une caution de 16.000 euros et impose qu’il demeure chez lui à Montreuil ou chez ses parents à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), a-t-on précisé au parquet de Paris. Le contrôle judiciaire lui interdit de sortir d’Ile-de-France et lui impose d’aller pointer une fois par semaine au commissariat de Montreuil où il devra laisser ses papiers d’identité, a-t-on ajouté de même source.
Enfin, Julien Coupat n’aura pas le droit d’entrer en relation avec les huit autres mis en examen et les témoins du dossier.
Le jeune homme était mis en examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » et « direction d’une structure à vocation terroriste », des chefs passibles de la cour d’assises. Il a toujours clamé son innocence.

« Une justice du spectacle »

Jointe par nouvelobs.com jeudi matin, l’avocate de Julien Coupat, Me Irène Terrel s’est indignée de la manière dont le parquet avait annoncé sa décision. « Nous étions à peine sortis, à 20h30 mercredi, du cabinet du juge, que j’ai appris la nouvelle, vers 21h », a-t-elle précisé. Cette annonce du parquet, « avant même que l’instruction soit terminée », montre qu' »on est bel et bien dans une justice du spectacle », a-t-elle dénoncé. « Je n’ai jamais vu ça ! » Et d’ajouter : « Le fait que le parquet ait mis autant d’empressement médiatique à annoncer la prochaine libération de Julien Coupat qu’il avait mis d’acharnement juridique à le maintenir en détention prouve que tout cela est une affaire politique ». S’il ne s’oppose plus à la remise en liberté de Julien Coupat, le parquet a cependant requis son placement sous un « strict contrôle judiciaire ».

Une « instrumentalisation politique » dénoncée

On explique de source judiciaire que le juge d’instruction avait demandé mardi au parquet de se prononcer sur une éventuelle remise en liberté de Julien Coupat. Le jeune homme avait ensuite été entendu mercredi après-midi par le juge d’instruction en charge de cette affaire. Le parquet ne s’y est pas opposé à l’issue de l’audition mercredi, estimant qu’il n’y avait plus de risques de « concertation frauduleuse » entre les neuf personnes mises en examen ni de risques de pression sur les témoins.
Le parquet s’était jusqu’à présent opposé plusieurs fois à la remise en liberté de Julien Coupat. Ses avocats et ceux des autres mis en examen ont toujours dénoncé une « instrumentalisation politique » de ce dossier. Sur les neuf mis en examen, cinq sont soupçonnés d’avoir participé à des actes de malveillance ayant visé la SNCF. Proches de la mouvance qualifiée d' »anarcho-autonome » par la police, ces personnes sont suspectées d’avoir formé une « cellule invisible ».

« Toujours et encore la colère »

Jeudi, le comité de soutien aux neuf mis en examen du dossier a indiqué dans un communiqué qu’en dépit d’une probable libération, « le sentiment qui domine, c’est toujours et encore la colère, pour l’incarcération de Julien et les autres, les arrestations en pleine rue, les gardes-à-vue de 96 heures ».
« C’est ça qui est magnifique : on maintient envers et contre tout quelqu’un en détention pendant six mois et parce que soudain, sans aucune explication, on le libère, il faudrait que l’on soit content, que l’on remercie la justice d’être si juste et les juges d’être si cléments ? » a demandé le comité, auto-baptisé Comité du 11 novembre, date des interpellations.
La durée de la détention de Julien Coupat et la qualification terroriste de la procédure engagée contre
lui ont suscité de nombreuses critiques de la part d’intellectuels, de partis de gauche ou d’associations comme la Ligue des droits de l’Homme.

« Il n’y a pas d »affaire de Tarnac »

Dans un entretien publié lundi par Le Monde, Julien Coupat a qualifié de « petite vengeance » la prolongation de sa détention. Répondant par écrit aux questions du quotidien, il a dénoncé une « fable médiatique sur notre compte, celle du petit noyau de fanatiques portant l’attaque au coeur de l’Etat en accrochant trois bouts de fer sur des caténaires ».
Par ailleurs, Julien Coupat a nié être l’auteur du livre « L’insurrection qui vient », versé au dossier d’instruction, dont il dit être « un lecteur ». « Il n’y a pas d »affaire de Tarnac’, pas plus que d »affaire Coupat' », a-t-il poursuivi dans cet entretien. Mercredi, Benjamin Rosoux, un autre mis en examen dans cette affaire et présenté comme le « bras droit » de Julien Coupat, a réagi à cette tribune sur nouvelobs.com.

Toujours soupçonné

En dépit de cette remise en liberté, Julien Coupat reste néanmoins soupçonné d’avoir saboté, dans la nuit du 7 au 8 novembre, avec sa compagne, Yldune Levy, une ligne du TGV Est à Duisy (Seine-et-Marne), un des quatre sabotages commis en France cette nuit-là.
Des investigations sont également toujours en cours concernant d’éventuels liens entre Julien Coupat et des autonomistes allemands soupçonnés d’avoir saboté des lignes ferroviaires outre-Rhin à l’aide de crochets similaires à ceux utilisés en France.
(Nouvelobs.com)

04
Juin
09

Julien Coupat : « La prolongation de ma détention est une petite vengeance »

Publié ici.
LE MONDE | 25.05.09 | 12h10  •  Mis à jour le 04.06.09 | 15h58

oici les réponses aux questions que nous avons posées par écrit à Julien Coupat. Mis en examen le 15 novembre 2008 pour « terrorisme » avec huit autres personnes interpellées à Tarnac (Corrèze) et Paris, il est soupçonné d’avoir saboté des caténaires SNCF. Il est le dernier à être toujours incarcéré. (Il a demandé que certains mots soient en italique.)

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Comment vivez-vous votre détention ?

Très bien merci. Tractions, course à pied, lecture.

Pouvez-nous nous rappeler les circonstances de votre arrestation ?

Une bande de jeunes cagoulés et armés jusqu’aux dents s’est introduite chez nous par effraction. Ils nous ont menacés, menottés, et emmenés non sans avoir préalablement tout fracassé. Ils nous ont enlevés à bord de puissants bolides roulant à plus de 170 km/h en moyenne sur les autoroutes. Dans leurs conversations, revenait souvent un certain M. Marion [ancien patron de la police antiterroriste] dont les exploits virils les amusaient beaucoup comme celui consistant à gifler dans la bonne humeur un de ses collègues au beau milieu d’un pot de départ. Ils nous ont séquestrés pendant quatre jours dans une de leurs « prisons du peuple » en nous assommant de questions où l’absurde le disputait à l’obscène.

Celui qui semblait être le cerveau de l’opération s’excusait vaguement de tout ce cirque expliquant que c’était de la faute des « services », là-haut, où s’agitaient toutes sortes de gens qui nous en voulaient beaucoup. A ce jour, mes ravisseurs courent toujours. Certains faits divers récents attesteraient même qu’ils continuent de sévir en toute impunité.

Les sabotages sur les caténaires SNCF en France ont été revendiqués en Allemagne. Qu’en dites-vous?

Au moment de notre arrestation, la police française est déjà en possession du communiqué qui revendique, outre les sabotages qu’elle voudrait nous attribuer, d’autres attaques survenues simultanément en Allemagne. Ce tract présente de nombreux inconvénients : il est posté depuis Hanovre, rédigé en allemand et envoyé à des journaux d’outre-Rhin exclusivement, mais surtout il ne cadre pas avec la fable médiatique sur notre compte, celle du petit noyau de fanatiques portant l’attaque au cœur de l’Etat en accrochant trois bouts de fer sur des caténaires. On aura, dès lors, bien soin de ne pas trop mentionner ce communiqué, ni dans la procédure, ni dans le mensonge public.

Il est vrai que le sabotage des lignes de train y perd beaucoup de son aura de mystère : il s’agissait simplement de protester contre le transport vers l’Allemagne par voie ferroviaire de déchets nucléaires ultraradioactifs et de dénoncer au passage la grande arnaque de « la crise ». Le communiqué se conclut par un très SNCF « nous remercions les voyageurs des trains concernés de leur compréhension ». Quel tact, tout de même, chez ces « terroristes »!

Vous reconnaissez-vous dans les qualifications de « mouvance anarcho-autonome » et d' »ultragauche »?

Laissez-moi reprendre d’un peu haut. Nous vivons actuellement, en France, la fin d’une période de gel historique dont l’acte fondateur fut l’accord passé entre gaullistes et staliniens en 1945 pour désarmer le peuple sous prétexte d' »éviter une guerre civile ». Les termes de ce pacte pourraient se formuler ainsi pour faire vite : tandis que la droite renonçait à ses accents ouvertement fascistes, la gauche abandonnait entre soi toute perspective sérieuse de révolution. L’avantage dont joue et jouit, depuis quatre ans, la clique sarkozyste, est d’avoir pris l’initiative, unilatéralement, de rompre ce pacte en renouant « sans complexe » avec les classiques de la réaction pure – sur les fous, la religion, l’Occident, l’Afrique, le travail, l’histoire de France, ou l’identité nationale.

Face à ce pouvoir en guerre qui ose penser stratégiquement et partager le monde en amis, ennemis et quantités négligeables, la gauche reste tétanisée. Elle est trop lâche, trop compromise, et pour tout dire, trop discréditée pour opposer la moindre résistance à un pouvoir qu’elle n’ose pas, elle, traiter en ennemi et qui lui ravit un à un les plus malins d’entre ses éléments. Quant à l’extrême gauche à-la-Besancenot, quels que soient ses scores électoraux, et même sortie de l’état groupusculaire où elle végète depuis toujours, elle n’a pas de perspective plus désirable à offrir que la grisaille soviétique à peine retouchée sur Photoshop. Son destin est de décevoir.

Dans la sphère de la représentation politique, le pouvoir en place n’a donc rien à craindre, de personne. Et ce ne sont certainement pas les bureaucraties syndicales, plus vendues que jamais, qui vont l’importuner, elles qui depuis deux ans dansent avec le gouvernement un ballet si obscène. Dans ces conditions, la seule force qui soit à même de faire pièce au gang sarkozyste, son seul ennemi réel dans ce pays, c’est la rue, la rue et ses vieux penchants révolutionnaires. Elle seule, en fait, dans les émeutes qui ont suivi le second tour du rituel plébiscitaire de mai 2007, a su se hisser un instant à la hauteur de la situation. Elle seule, aux Antilles ou dans les récentes occupations d’entreprises ou de facs, a su faire entendre une autre parole.

Cette analyse sommaire du théâtre des opérations a dû s’imposer assez tôt puisque les renseignements généraux faisaient paraître dès juin 2007, sous la plume de journalistes aux ordres (et notamment dans Le Monde) les premiers articles dévoilant le terrible péril que feraient peser sur toute vie sociale les « anarcho-autonomes ». On leur prêtait, pour commencer, l’organisation des émeutes spontanées, qui ont, dans tant de villes, salué le « triomphe électoral » du nouveau président.

Avec cette fable des « anarcho-autonomes », on a dessiné le profil de la menace auquel la ministre de l’intérieur s’est docilement employée, d’arrestations ciblées en rafles médiatiques, à donner un peu de chair et quelques visages. Quand on ne parvient plus à contenir ce qui déborde, on peut encore lui assigner une case et l’y incarcérer. Or celle de « casseur » où se croisent désormais pêle-mêle les ouvriers de Clairoix, les gamins de cités, les étudiants bloqueurs et les manifestants des contre-sommets, certes toujours efficace dans la gestion courante de la pacification sociale, permet de criminaliser des actes, non des existences. Et il est bien dans l’intention du nouveau pouvoir de s’attaquer à l’ennemi, en tant que tel, sans attendre qu’il s’exprime. Telle est la vocation des nouvelles catégories de la répression.

Il importe peu, finalement, qu’il ne se trouve personne en France pour se reconnaître « anarcho-autonome » ni que l’ultra-gauche soit un courant politique qui eut son heure de gloire dans les années 1920 et qui n’a, par la suite, jamais produit autre chose que d’inoffensifs volumes de marxologie. Au reste, la récente fortune du terme « ultragauche » qui a permis à certains journalistes pressés de cataloguer sans coup férir les émeutiers grecs de décembre dernier doit beaucoup au fait que nul ne sache ce que fut l’ultragauche, ni même qu’elle ait jamais existé.

A ce point, et en prévision des débordements qui ne peuvent que se systématiser face aux provocations d’une oligarchie mondiale et française aux abois, l’utilité policière de ces catégories ne devrait bientôt plus souffrir de débats. On ne saurait prédire, cependant, lequel d' »anarcho-autonome » ou d' »ultragauche » emportera finalement les faveurs du Spectacle, afin de reléguer dans l’inexplicable une révolte que tout justifie.

La police vous considère comme le chef d’un groupe sur le point de basculer dans le terrorisme. Qu’en pensez-vous?

Une si pathétique allégation ne peut être le fait que d’un régime sur le point de basculer dans le néant.

Que signifie pour vous le mot terrorisme?

Rien ne permet d’expliquer que le département du renseignement et de la sécurité algérien suspecté d’avoir orchestré, au su de la DST, la vague d’attentats de 1995 ne soit pas classé parmi les organisations terroristes internationales. Rien ne permet d’expliquer non plus la soudaine transmutation du « terroriste » en héros à la Libération, en partenaire fréquentable pour les accords d’Evian, en policier irakien ou en « taliban modéré » de nos jours, au gré des derniers revirements de la doctrine stratégique américaine.

Rien, sinon la souveraineté. Est souverain, en ce monde, qui désigne le terroriste. Qui refuse d’avoir part à cette souveraineté se gardera bien de répondre à votre question. Qui en convoitera quelques miettes s’exécutera avec promptitude. Qui n’étouffe pas de mauvaise foi trouvera un peu instructif le cas de ces deux ex – « terroristes » devenus l’un premier ministre d’Israël, l’autre président de l’Autorité palestinienne, et ayant tous deux reçus, pour comble, le Prix Nobel de la paix.

Le flou qui entoure la qualification de « terrorisme », l’impossibilité manifeste de le définir ne tiennent pas à quelque provisoire lacune de la législation française : ils sont au principe de cette chose que l’on peut, elle, très bien définir : l’antiterrorisme dont ils forment plutôt la condition de fonctionnement. L’antiterrorisme est une technique de gouvernement qui plonge ses racines dans le vieil art de la contre-insurrection, de la guerre dite « psychologique », pour rester poli.

L’antiterrorisme, contrairement à ce que voudrait insinuer le terme, n’est pas un moyen de lutter contre le terrorisme, c’est la méthode par quoi l’on produit, positivement, l’ennemi politique en tant que terroriste. Il s’agit, par tout un luxe de provocations, d’infiltrations, de surveillance, d’intimidation et de propagande, par toute une science de la manipulation médiatique, de l' »action psychologique », de la fabrication de preuves et de crimes, par la fusion aussi du policier et du judiciaire, d’anéantir la « menace subversive » en associant, au sein de la population, l’ennemi intérieur, l’ennemi politique à l’affect de la terreur.

L’essentiel, dans la guerre moderne, est cette « bataille des cœurs et des esprits » où tous les coups sont permis. Le procédé élémentaire, ici, est invariable : individuer l’ennemi afin de le couper du peuple et de la raison commune, l’exposer sous les atours du monstre, le diffamer, l’humilier publiquement, inciter les plus vils à l’accabler de leurs crachats, les encourager à la haine. « La loi doit être utilisée comme simplement une autre arme dans l’arsenal du gouvernement et dans ce cas ne représente rien de plus qu’une couverture de propagande pour se débarrasser de membres indésirables du public. Pour la meilleure efficacité, il conviendra que les activités des services judiciaires soient liées à l’effort de guerre de la façon la plus discrète possible », conseillait déjà, en 1971, le brigadier Frank Kitson [ancien général de l’armée britannique, théoricien de la guerre contre-insurrectionelle], qui en savait quelque chose.

Une fois n’est pas coutume, dans notre cas, l’antiterrorisme a fait un four. On n’est pas prêt, en France, à se laisser terroriser par nous. La prolongation de ma détention pour une durée « raisonnable » est une petite vengeance bien compréhensible au vu des moyens mobilisés, et de la profondeur de l’échec; comme est compréhensible l’acharnement un peu mesquin des « services », depuis le 11 novembre, à nous prêter par voie de presse les méfaits les plus fantasques, ou à filocher le moindre de nos camarades. Combien cette logique de représailles a d’emprise sur l’institution policière, et sur le petit cœur des juges, voilà ce qu’auront eu le mérite de révéler, ces derniers temps, les arrestations cadencées des « proches de Julien Coupat ».

Il faut dire que certains jouent, dans cette affaire, un pan entier de leur lamentable carrière, comme Alain Bauer [criminologue], d’autres le lancement de leurs nouveaux services, comme le pauvre M. Squarcini [directeur central du renseignement intérieur], d’autres encore la crédibilité qu’ils n’ont jamais eue et qu’ils n’auront jamais, comme Michèle Alliot-Marie.

Vous êtes issu d’un milieu très aisé qui aurait pu vous orienter dans une autre direction…

« Il y a de la plèbe dans toutes les classes » (Hegel).

Pourquoi Tarnac?

Allez-y, vous comprendrez. Si vous ne comprenez pas, nul ne pourra vous l’expliquer, je le crains.

Vous définissez-vous comme un intellectuel? Un philosophe ?

La philosophie naît comme deuil bavard de la sagesse originaire. Platon entend déjà la parole d’Héraclite comme échappée d’un monde révolu. A l’heure de l’intellectualité diffuse, on ne voit pas ce qui pourrait spécifier « l’intellectuel », sinon l’étendue du fossé qui sépare, chez lui, la faculté de penser de l’aptitude à vivre. Tristes titres, en vérité, que cela. Mais, pour qui, au juste, faudrait-il se définir?

Etes-vous l’auteur du livre L’insurrection qui vient ?

C’est l’aspect le plus formidable de cette procédure : un livre versé intégralement au dossier d’instruction, des interrogatoires où l’on essaie de vous faire dire que vous vivez comme il est écrit dans L’insurrection qui vient, que vous manifestez comme le préconise L’insurrection qui vient, que vous sabotez des lignes de train pour commémorer le coup d’Etat bolchevique d’octobre 1917, puisqu’il est mentionné dans L’insurrection qui vient, un éditeur convoqué par les services antiterroristes.

De mémoire française, il ne s’était pas vu depuis bien longtemps que le pouvoir prenne peur à cause d’un livre. On avait plutôt coutume de considérer que, tant que les gauchistes étaient occupés à écrire, au moins ils ne faisaient pas la révolution. Les temps changent, assurément. Le sérieux historique revient.

Ce qui fonde l’accusation de terrorisme, nous concernant, c’est le soupçon de la coïncidence d’une pensée et d’une vie; ce qui fait l’association de malfaiteurs, c’est le soupçon que cette coïncidence ne serait pas laissée à l’héroïsme individuel, mais serait l’objet d’une attention commune. Négativement, cela signifie que l’on ne suspecte aucun de ceux qui signent de leur nom tant de farouches critiques du système en place de mettre en pratique la moindre de leurs fermes résolutions; l’injure est de taille. Malheureusement, je ne suis pas l’auteur de L’insurrection qui vient – et toute cette affaire devrait plutôt achever de nous convaincre du caractère essentiellement policier de la fonction auteur.

J’en suis, en revanche, un lecteur. Le relisant, pas plus tard que la semaine dernière, j’ai mieux compris la hargne hystérique que l’on met, en haut lieu, à en pourchasser les auteurs présumés. Le scandale de ce livre, c’est que tout ce qui y figure est rigoureusement, catastrophiquement vrai, et ne cesse de s’avérer chaque jour un peu plus. Car ce qui s’avère, sous les dehors d’une « crise économique », d’un « effondrement de la confiance », d’un « rejet massif des classes dirigeantes », c’est bien la fin d’une civilisation, l’implosion d’un paradigme : celui du gouvernement, qui réglait tout en Occident – le rapport des êtres à eux-mêmes non moins que l’ordre politique, la religion ou l’organisation des entreprises. Il y a, à tous les échelons du présent, une gigantesque perte de maîtrise à quoi aucun maraboutage policier n’offrira de remède.

Ce n’est pas en nous transperçant de peines de prison, de surveillance tatillonne, de contrôles judiciaires, et d’interdictions de communiquer au motif que nous serions les auteurs de ce constat lucide, que l’on fera s’évanouir ce qui est constaté. Le propre des vérités est d’échapper, à peine énoncées, à ceux qui les formulent. Gouvernants, il ne vous aura servi de rien de nous assigner en justice, tout au contraire.

Vous lisez « Surveiller et punir » de Michel Foucault. Cette analyse vous paraît-elle encore pertinente?

La prison est bien le sale petit secret de la société française, la clé, et non la marge des rapports sociaux les plus présentables. Ce qui se concentre ici en un tout compact, ce n’est pas un tas de barbares ensauvagés comme on se plaît à le faire croire, mais bien l’ensemble des disciplines qui trament, au-dehors, l’existence dite « normale ». Surveillants, cantine, parties de foot dans la cour, emploi du temps, divisions, camaraderie, baston, laideur des architectures : il faut avoir séjourné en prison pour prendre la pleine mesure de ce que l’école, l’innocente école de la République, contient, par exemple, de carcéral.

Envisagée sous cet angle imprenable, ce n’est pas la prison qui serait un repaire pour les ratés de la société, mais la société présente qui fait l’effet d’une prison ratée. La même organisation de la séparation, la même administration de la misère par le shit, la télé, le sport, et le porno règne partout ailleurs avec certes moins de méthode. Pour finir, ces hauts murs ne dérobent aux regards que cette vérité d’une banalité explosive : ce sont des vies et des âmes en tout point semblables qui se traînent de part et d’autre des barbelés et à cause d’eux.

Si l’on traque avec tant d’avidité les témoignages « de l’intérieur » qui exposeraient enfin les secrets que la prison recèle, c’est pour mieux occulter le secret qu’elle est : celui de votre servitude, à vous qui êtes réputés libres tandis que sa menace pèse invisiblement sur chacun de vos gestes.

Toute l’indignation vertueuse qui entoure la noirceur des geôles françaises et leurs suicides à répétition, toute la grossière contre-propagande de l’administration pénitentiaire qui met en scène pour les caméras des matons dévoués au bien-être du détenu et des directeurs de tôle soucieux du « sens de la peine », bref : tout ce débat sur l’horreur de l’incarcération et la nécessaire humanisation de la détention est vieux comme la prison. Il fait même partie de son efficace, permettant de combiner la terreur qu’elle doit inspirer avec son hypocrite statut de châtiment « civilisé ». Le petit système d’espionnage, d’humiliation et de ravage que l’Etat français dispose plus fanatiquement qu’aucun autre en Europe autour du détenu n’est même pas scandaleux. L’Etat le paie chaque jour au centuple dans ses banlieues, et ce n’est de toute évidence qu’un début : la vengeance est l’hygiène de la plèbe.

Mais la plus remarquable imposture du système judiciaro-pénitentiaire consiste certainement à prétendre qu’il serait là pour punir les criminels quand il ne fait que gérer les illégalismes. N’importe quel patron – et pas seulement celui de Total –, n’importe quel président de conseil général – et pas seulement celui des Hauts-de-Seine–, n’importe quel flic sait ce qu’il faut d’illégalismes pour exercer correctement son métier. Le chaos des lois est tel, de nos jours, que l’on fait bien de ne pas trop chercher à les faire respecter et les stups, eux aussi, font bien de seulement réguler le trafic, et non de le réprimer, ce qui serait socialement et politiquement suicidaire.

Le partage ne passe donc pas, comme le voudrait la fiction judiciaire, entre le légal et l’illégal, entre les innocents et les criminels, mais entre les criminels que l’on juge opportun de poursuivre et ceux qu’on laisse en paix comme le requiert la police générale de la société. La race des innocents est éteinte depuis longtemps, et la peine n’est pas à ce à quoi vous condamne la justice : la peine, c’est la justice elle-même, il n’est donc pas question pour mes camarades et moi de « clamer notre innocence », ainsi que la presse s’est rituellement laissée aller à l’écrire, mais de mettre en déroute l’hasardeuse offensive politique que constitue toute cette infecte procédure. Voilà quelques-unes des conclusions auxquelles l’esprit est porté à relire Surveiller et punir depuis la Santé. On ne saurait trop suggérer, au vu de ce que les Foucaliens font, depuis vingt ans, des travaux de Foucault, de les expédier en pension, quelque temps, par ici.

Comment analysez-vous ce qui vous arrive?

Détrompez-vous : ce qui nous arrive, à mes camarades et à moi, vous arrive aussi bien. C’est d’ailleurs, ici, la première mystification du pouvoir : neuf personnes seraient poursuivies dans le cadre d’une procédure judiciaire « d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », et devraient se sentir particulièrement concernées par cette grave accusation. Mais il n’y a pas d’« affaire de Tarnac » pas plus que d' »affaire Coupat », ou d' »affaire Hazan » [éditeur de L’insurrection qui vient]. Ce qu’il y a, c’est une oligarchie vacillante sous tous rapports, et qui devient féroce comme tout pouvoir devient féroce lorsqu’il se sent réellement menacé. Le Prince n’a plus d’autre soutien que la peur qu’il inspire quand sa vue n’excite plus dans le peuple que la haine et le mépris.

Ce qu’il y a, c’est, devant nous, une bifurcation, à la fois historique et métaphysique: soit nous passons d’un paradigme de gouvernement à un paradigme de l’habiter au prix d’une révolte cruelle mais bouleversante, soit nous laissons s’instaurer, à l’échelle planétaire, ce désastre climatisé où coexistent, sous la férule d’une gestion « décomplexée », une élite impériale de citoyens et des masses plébéiennes tenues en marge de tout. Il y a donc, bel et bien, une guerre, une guerre entre les bénéficiaires de la catastrophe et ceux qui se font de la vie une idée moins squelettique. Il ne s’est jamais vu qu’une classe dominante se suicide de bon cœur.

La révolte a des conditions, elle n’a pas de cause. Combien faut-il de ministères de l’Identité nationale, de licenciements à la mode Continental, de rafles de sans-papiers ou d’opposants politiques, de gamins bousillés par la police dans les banlieues, ou de ministres menaçant de priver de diplôme ceux qui osent encore occuper leur fac, pour décider qu’un tel régime, même installé par un plébiscite aux apparences démocratiques, n’a aucun titre à exister et mérite seulement d’être mis à bas ? C’est une affaire de sensibilité.

La servitude est l’intolérable qui peut être infiniment tolérée. Parce que c’est une affaire de sensibilité et que cette sensibilité-là est immédiatement politique (non en ce qu’elle se demande « pour qui vais-je voter ? », mais « mon existence est-elle compatible avec cela ? »), c’est pour le pouvoir une question d’anesthésie à quoi il répond par l’administration de doses sans cesse plus massives de divertissement, de peur et de bêtise. Et là où l’anesthésie n’opère plus, cet ordre qui a réuni contre lui toutes les raisons de se révolter tente de nous en dissuader par une petite terreur ajustée.

Nous ne sommes, mes camarades et moi, qu’une variable de cet ajustement-là. On nous suspecte comme tant d’autres, comme tant de « jeunes », comme tant de « bandes », de nous désolidariser d’un monde qui s’effondre. Sur ce seul point, on ne ment pas. Heureusement, le ramassis d’escrocs, d’imposteurs, d’industriels, de financiers et de filles, toute cette cour de Mazarin sous neuroleptiques, de Louis Napoléon en version Disney, de Fouché du dimanche qui pour l’heure tient le pays, manque du plus élémentaire sens dialectique. Chaque pas qu’ils font vers le contrôle de tout les rapproche de leur perte. Chaque nouvelle « victoire » dont ils se flattent répand un peu plus vastement le désir de les voir à leur tour vaincus. Chaque manœuvre par quoi ils se figurent conforter leur pouvoir achève de le rendre haïssable. En d’autres termes : la situation est excellente. Ce n’est pas le moment de perdre courage.

Propos recueillis par Isabelle Mandraud et Caroline Monnot
Article paru dans l’édition du 26.05.09
29
Mai
09

Gardes à vue dans l’affaire Tarnac : la justice dans un cul-de-sac

Publié ici dans Libération.

Antiterrorisme. Les juges multiplient les arrestations, sans mises en examen.

Par GAËL COGNÉ ROUEN, envoyé spécial

L’affaire de Tarnac vire à l’épisode de Tom et Jerry. D’un côté, la sous-direction antiterroriste (Sdat), un chat qui piétine dans une enquête à rebours où les suspects refusent de s’exprimer tant que Julien Coupat n’est pas libéré. De l’autre, «la bande à Tarnac» (ils se surnomment ainsi), une souris qui ne veut plus se laisser impressionner par les gardes à vue qui se multiplient depuis un mois. Le dernier épisode en date de ce mauvais dessin animé a eu lieu à Rouen. Christian, François et Nouria (1), âgés de 25 à 28 ans, y ont été interpellés et ont passé quatre-vingt-quatre heures en garde à vue avant d’être relâchés sans la moindre mise en examen.

Bélier. Lundi 18 mai, on frappe à la porte. Devant l’entrée, une demi-douzaine de policiers de la Sdat venus de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine). A l’intérieur, cinq jeunes de «la bande à Tarnac». Le bélier est prêt, mais la porte est ouverte. Les flics n’ont qu’à pousser. Ils courent dans la maison, s’arrêtent aux étages, ouvrent les portes. «Police ! Police !» Lampe torche braquée sur les visages endormis et main sur le holster.

Il est alors «six heures zéro zéro, l’heure à partir de laquelle ils peuvent perquisitionner», se souvient Mathieu Burnel, mis en examen en novembre et qui vit avec l’une des personnes placées en garde à vue. Deux scène identiques se déroulent, au même moment à Rouen : dans une colocation et chez une famille.

«Encore vous ! Vous savez, on vous aime bien», feignent de s’étonner les policiers. Selon les habitants, ils ont le souci de se montrer sous un bon jour. «Vous avez vu, on n’a pas défoncé la porte»,«parfois on éventre les matelas»,«si ça ne tenait qu’à nous, votre affaire, ça ne serait pas de l’antiterrorisme mais du droit commun». «Ils auraient voulu qu’on les accueille avec des petits gâteaux et du café», soupire Nouria. Après une heure de fouille succinte (quelques bouquins sont embarqués), les trois sont emmenés «à Brisout», le commissariat de Rouen. De là, il partent «à 170 km / h», le deux tons hurlant sur l’autoroute. Direction Levallois-Perret.

A leur arrivée, François et Christian déclinent leur état civil. Nouria, elle, refuse de répondre tant qu’on ne lui a pas signifié pourquoi elle est retenue. Le juge Thierry Fragnoli fera le déplacement le lendemain pour lui expliquer qu’elle est soupçonnée d’association de malfaiteur à visée terroriste. Il les rencontre tous les trois. A Christian, il aurait dit : «Il y en a 4 ou 5 qui ont fait des conneries. Ça serait dommage que d’autres prennent. Il faut qu’ils assument leurs actes.» Et d’ajouter : «Il y a deux vérités. Une vérité vraie et une vérité judiciaire. Moi, je suis payé pour découvrir la vérité judiciaire. A la fin, je l’aurai découverte, même si vous ne parlez pas.» Entre deux interrogatoires, un policier aurait glissé : «Les juges, ils sont énervés». Nouria refuse toujours de répondre. «Tu vas faire une garde à vue de cent vingt ou cent quarante-quatre heures, ça sera une première en France», la menace-t-on.

Listings. Les Rouennais sont interrogés sur leurs idées politiques puis sur la foire internationale de Thessalonique, en Grèce, où ils se seraient trouvés et auraient pu croiser Julien Coupat. Ils le soupçonnent d’y avoir croisé une autonome allemande, spécialiste supposée de sabotages. Christian et Nouria restent muets bien que des noms apparaissent sur des listings de ferries qui font la liaison Italie-Grèce.

«Ils s’en foutaient des fers à béton ou d’avoir de nouveaux éléments, se rappelle Christian. Ils ont leur petit schéma dans la tête et cherchent à le vérifier.» Quand les questions ne portent pas sur la Grèce, les policiers reviennent à leur «obsession maladive» : Julien Coupat. «Tu vois, Juju, je l’ai eu, le ptit Juju. Ce que j’aime pas chez ce type, c’est qu’il a tous les traits d’un dictateur», s’emporte un policier en «off» face à Nouria. Présentés comme des proches de Julien Coupat, les trois restent évasifs sur les liens qu’ils ont pu avoir avec lui.

Les policiers tentent de les séparer entre Nanterre et Levallois. Au terme des soixante-douze heures légales, Me Dominique Vallès rencontre les gardés à vue et dénonce ces méthodes :«Il suffisait de les convoquer.» Pour les Rouennais, si des «personnes périphériques se font interpeller, c’est parce qu’ils se disent : « On va pouvoir les faire cracher »», alors que les auditions des suspects ne donneraient rien.

Les trois seront libérés douze heures plus tard, non sans avoir été avertis : «Vous n’avez pas intérêt à dire de la merde dans les médias.» Nouria se retrouve «avec [son] carton, sur le trottoir» : «Ça fait bizarre. Les flics ont allumé leur deux tons, m’ont klaxonnée et ont fait des signes en partant à 100 à l’heure.»

(1) Les prénoms ont été changés.

28
Avr
09

Libérez Julien Coupat !

Libérez Julien Coupat !
par Irène Terrel
LE MONDE | Mis à jour le 28.04.09 | 13h06
Publié ici.

out ou presque a été dit sur le dossier, sur l’inconsistance des charges, sur la présomption de culpabilité dont bénéficient les détenus politiquement ciblés, sur les détentions provisoires qui trop souvent sont la règle, sur l’absurdité de l’épithète « terroriste » accolée à une dégradation purement matérielle, sur la toute-puissance du parquet, sur les dérives tentaculaires des lois antiterroristes, sur la criminalisation à découvert de l’édition, sur l’expansion à l’infini des répressions, ici les bandes, là, les cagoules, etc.

Tous ou presque ont exprimé leur indignation, leur solidarité, leur intérêt, pas une émission politique, culturelle, branchée ou pas, du matin au soir, pas un blog, pas un journal qui n’y soit allé de son couplet pro-Tarnac. Sûrement, bientôt des livres dévoileront le mystère de la nuit des caténaires…Et pourtant Julien Coupat est toujours détenu, sans même, au diable la jurisprudence européenne, avoir été autorisé à étudier son propre dossier… ! Cela fera bientôt six mois qu’il arpente les courettes de la Santé, les sous-sols du Palais de justice, les cabinets des juges, et qu’en rentrant le soir dans sa cellule, si petite qu’elle pourrait devenir invisible, il découvre sa photo de filature sur l’écran de la télévision…

Huit « terroristes » pourtant vite relâchés, abusivement dispersés depuis dans l’Hexagone et, lui seul, toujours détenu, mais pourquoi ?

Pour s’être tu pendant quatre-vingt-seize heures de garde à vue antiterroriste, pour avoir défié les convenances judiciaires, pour avoir protesté contre les fouilles à nu, pour avoir refusé les enquêtes de personnalité, pour avoir ri parfois du questionnement des juges, pour n’avoir pas livré ses goûts littéraires, ses penchants philosophiques, ses opinions politiques, pour avoir sillonné le monde sans téléphone portable et s’y être fait des amis dont il a tu les noms, pour avoir refusé tous les fichages, pour avoir pensé, écrit, manifesté, voyagé, pour n’être pas tombé dans le panneau des idéologies précuites, pour avoir dérangé l’ordre morose d’un temps qui parfois passe si lentement, bref pour avoir à sa façon « travaillé à l’établissement conscient et collectif d’une nouvelle civilisation » (Armand Gatti).

Déjà, souvenons-nous, le 19 décembre 2008, un juge des libertés et de la détention (depuis lors introuvable) avait ordonné sa libération, en estimant « que dans ce dossier, toutes les personnes mises en examen ont été placées sous contrôle judiciaire (…), que Julien Coupat a été interrogé (…), que la détention provisoire de l’intéressé n’apparaît pas aujourd’hui indispensable à la manifestation de la vérité (…), qu’il offre toutes garanties de représentation, qu’au surplus, il n’a jamais été condamné ». C’était compter sans l’acharnement désespéré d’un parquet mis à mal.

Une nouvelle demande de mise en liberté a été déposée au nom de la simple application de la loi française : « La personne mise en examen, présumée innocente, reste libre » (article 137 du code de procédure pénale).

« Vous tiendrez votre liberté de ce que vous aurez libéré… », écrivait le poète Joë Bousquet. Que tous ceux qui se sentent concernés demandent avec nous la libération immédiate de Julien Coupat.


Irène Terrel est avocate.

Article paru dans l’édition du 29.04.09

22
Avr
09

Julien Coupat: «L’antiterrorisme est la forme moderne du procès en sorcellerie»

Julien Coupat: «L’antiterrorisme est la forme moderne du procès en sorcellerie»
http://www.mediapart.fr/journal/france/220409/julien-coupat-l-antiterrorisme-est-la-forme-moderne-du-proces-en-sorcellerie-0

Par David Dufresne

Mediapart.fr

Le diable aime les détails. Signe des temps, les détails sont numériques. Le 26 janvier, le chef de section d’assistance aux investigations judiciaires du Bureau de la lutte anti-terroriste adresse un mail au juge Thierry Fragnoli, qui commence sérieusement à s’impatienter. Où sont les expertises des crochets saboteurs de lignes de chemin de fer? Ce mail, jamais révélé, Mediapart en a lu une copie. Réponse policière: la gendarmerie fait au plus vite. Son rapport arrivera «vers le vendredi 13 février». Et l’homme d’ajouter, comme dans une parenthèse d’impuissance : vendredi 13, «(jour de chance, il nous en faut). Bien cordialement».

La suite, on la connaît. De la chance, les enquêteurs n’en ont pas eu. Ni ADN, ni empreinte digitale, rien. En ces temps numériques de la preuve scientifique absolue, ça la fiche mal. Surtout quand les relevés d’indices ne se font pas dans les règles de l’art (policier), comme ça semble avoir été le cas sur plusieurs des cinq lieux de sabotages (un en octobre 2008, quatre simultanés en novembre)… Quant à la chance, comme facteur d’enquête, on a connu plus rigoureux.

D’ailleurs, depuis l’offensive des avocats début avril, et les dernières révélations successives (cf. onglet Prolonger et ci-dessous), les langues commencent (un peu) à se délier. Selon différentes sources proches du dossier, recoupées par Mediapart, l’origine du cafouillage de l’enquête pourrait venir de là. Venir du pataquès autour de l’ADN. Le 8 novembre, au lendemain des dégradations sur les lignes SNCF, c’est ambiance de crise au ministère de l’intérieur. Chacun y va de ses suggestions. La Sous-direction anti-terroriste (SDAT) et la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) ont de forts doutes sur Julien Coupat et son amie, Yildune Lévy. Ils viennent d’être pistés dans la nuit en Seine-et-Marne, à proximité d’un des lieux en question. Trois de leurs amis ont également été contrôlés dans la même nuit, à proximité d’une autre ligne SNCF. Mais ce sont surtout les gendarmes, selon nos informations, qui se montrent les plus affirmatifs. Ils assurent au cabinet de Michèle Alliot-Marie avoir «tout ce qu’il faut» pour confondre les auteurs, aux dires de différents témoignages. Entendre: ils ont les crochets et les empreintes qui vont avec. La date est d’importance. Moins de deux mois plus tard, c’est la grande fusion police/gendarmerie. La «grande œuvre» de la ministre de l’intérieur. Tarnac, c’est un peu ça: de la fusion avant l’heure, un exercice taille réelle et grandeur nature, entre Paris et la Corrèze, police et pandores. Le mail du 26 janvier en dit long, involontairement, sur le résultat. Confusion, plutôt que fusion.

Le diable affectionne également les cachotteries. De source pénitentiaire, une information est parvenue tout récemment à Mediapart. Des hommes des «services» se seraient dernièrement intéressés de près au parloir de la prison de la Santé. En clair: on les soupçonne d’avoir placé des micros espions dans le lieu même où Julien Coupat se rend à chacune des visites qu’il reçoit; lui, le dernier des neuf mis en examen encore en détention provisoire. Réponse officielle de la police: «La procédure antiterroriste prévoit de pouvoir sonoriser une pièce, sur demande exprès du magistrat. Si tel est le cas, cela devrait apparaître dans le dossier d’instruction, lui-même couvert par le secret d’instruction.» Traduction: une telle «sonorisation» est possible – mais on ne dira pas si c’est le cas. Ni si ce n’est pas le cas. Ni même, comme cela s’est vu, si les retranscriptions s’arrêtent miraculeusement avant de figurer dans le dossier… Quoi qu’il en soit, à cette date, nulle trace d’écoute indiscrète à la prison de la Santé dans les différents tomes d’instruction, que nous avons pu consulter. Mais tout de même, comme dans bien des affaires judiciaires, sont annexés au moins deux courriers expédiés notamment à Yildune Lévy, du temps où elle était incarcérée. C’est dire que la surveillance ne s’est pas desserrée, après les interpellations.

Au contraire, même. Sur les enquêteurs, la pression est devenue énorme. La faute à la médiatisation, disent-ils – plus qu’aux faits eux-mêmes, finalement mineurs. D’où les confidences, en passant, de plusieurs services de police. «Des éléments sont en train de rentrer.» Des expertises, des auditions, des traductions (liées à la revendication des actes de sabotages par des Allemands, dès le 10 novembre, soit la veille des arrestations de Coupat & co.). Autrement dit: policiers et magistrats se donnent du temps. C’est en effet leur dernière carte. Tant, jusqu’ici, on trouve bien des coïncidences dans le dossier, on trouve bien des écrits, on trouve bien des actions, des filatures, des «interceptions de sécurité», de la comptabilité, près de cinq mille livres dans la «bibliothèque solidaire» du village dont une trentaine saisis, plus ou moins qualifiés de subversifs, mais aucune preuve. Ni matérielle, ni probante. Ni même aucun témoin direct.

Autre élément troublant: lors de la fameuse nuit du 7 au 8 novembre, on dénombre rien de moins que quatre incidents sur quatre lignes SNCF en quatre lieux différents. Paradoxalement, le sabotage reproché à Julien Coupat – qu’il nie farouchement, on va le voir – serait celui qui a occasionné le moins de dégâts, si l’on en croit les experts cheminots. Quid des trois autres sabotages? Avec quelles équipes? Quels moyens? Quelle coordination éventuelle? La police, dit-elle, travaille sur la question.

Et puis, se pose toujours une autre question, et de taille: savoir si les faits relèvent bien du terrorisme, comme le martèle le parquet de Paris, ou si, au contraire, il s’agit au pire de simples dégradations, comme l’ont rappelé Irène Terrel, avocate de Julien Coupat, et William Bourdon, conseil d’Yildune Lévy, dans un long mémo adressé au juge Fragnoli, le 25 mars dernier, lui demandant de requalifier les faits. Demande restée, pour l’heure, sans réponse.

«Je refuse de répondre»

Se taire. Ne pas répondre. Ne pas être «beau joueur», comme dit l’adage. C’est un droit, prévu dans le code pénal. Mais rarement revendiqué. Ou pas longtemps. C’est pourtant ce qu’a fait Julien Coupat en garde à vue, dans les sous-sols de la Sous-direction de l’antiterrorisme (Sdat), entre le 11 et le 14 novembre 2008. Il venait de se faire interpeller à Tarnac. Perquisitions, direction Paris à 160 km/h sur l’autoroute, précipitation. Rapidement, Julien Coupat va comprendre de quoi on l’accuse: chef d’une association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Et voilà le grand jeu du grand mutique qui commence. Sur les procès-verbaux de ses douze auditions en quatre jours, auxquels Mediapart a eu accès, on lit «je refuse de répondre». Une fois, dix fois, cinquante fois. Sur lui, sur son militantisme, sur ses revues, ses amis, ses filatures, ses contre-filatures, son passage clandestin à la frontière américano-canadienne (janvier 2008, qui lui vaudra les soupçons du FBI), sa présence aux abords de la ligne de chemin de fer à Dhuisy (Seine-et-Marne) dans la nuit du 7 au 8 novembre, ses amitiés présumées avec des activistes anti-nucléaires allemands.

«Je refuse de répondre», toujours.

– Le policier: «Confirmez-vous votre participation dans le cadre du black bloc lors d’un sommet du G8 se tenant à Evian?»
– Coupat: «Je refuse de répondre.»
– Le policier: «Avez-vous participé à une action visant à bloquer un forum à Isola San Giorgio (Italie) concernant l’organisation de l’écologie, le 15 septembre 2004?»
– Coupat: «Je refuse de répondre.»
– Le policier: «Vous avez participé en mars 2007 à la parution, sous le nom du Comité invisible, d’un pamphlet libertaire intitulé l’Insurrection qui vient, confirmez-vous être à l’origine de cette parution?»
– Coupat: «Je refuse de répondre.»

Parfois, il y a des variantes – très rares, mais qui ne changent rien. «Je ne veux pas parler.»

Julien Coupat ne signe pas non plus ses PV. Refuse de se soumettre à un prélèvement ADN (les policiers lui prendront ses vêtements lors d’une douche). Refuse de donner ses empreintes digitales (les policiers iront chercher dans les fichiers de la prison de la Santé où obligation est faite de donner ses empreintes pour les comparutions chez le juge). Refuse, aussi, l’expertise graphologique. Il se tait. A longueur de longues heures. Les seuls moments où il cause, c’est pour justifier pourquoi il ne cause pas.

Ainsi, 8h20, 12 novembre, premier interrogatoire:

– Le policier: «Pouvez-vous nous expliquer les raisons de votre silence?»
– Coupat: «Je récuse le type de procédure d’exception tant policière que judiciaire dont l’anti-terrorisme est le paravent.»
– Le policier: «N’y aurait-il pas d’autres moyens que le silence pour s’opposer à ce type de procédure?»
– Coupat: «Non, pas dans ma position.»
– Le policier: «Voulez-vous dire que vous allez refuser de répondre systématiquement?»
– Coupat: «Oui.»

Ainsi, deuxième audition, le même jour:

– Le policier: «Avez-vous bien conscience que votre décision de garder le silence sur le thème de votre engagement politique peut vous porter préjudice, dans la mesure où il ne vous permet pas de comprendre dans quel cadre sont les faits qui vous sont reprochés?»
– Coupat: «Je refuse de répondre.»

Quand, à l’ultime audition chez les policiers, à l’ultime minute, ou presque, des 96 heures de garde à vue, Julien Coupat consent enfin à être plus loquace. Mais, là encore, pour dire pourquoi il ne dira rien. Il s’élance: «Mon arrestation est l’aboutissement d’environ une année d’enquête préliminaire dans le cadre des lois anti-terroristes. L’anti-terrorisme reproche centralement à ceux qu’il vise des intentions, des idées, et reproche des infractions seulement en second lieu comme matérialisation de ces idées et intentions. Si bien que ce qui est centralement jugé, ce ne sont pas les actes, mais quelque chose que la procédure leur prête. Si l’on suit le fil des auditions, il apparaît que me sont reprochées deux dégradations qui, pour n’être pas sans conséquences, n’en demeurent pas moins mineures, en ce qu’elles mettent en danger la vie de personne. Il va de soi dans un tel cadre que toutes déclarations à la police ne pourraient n’être qu’à ma charge»…

Face au juge: «J’aurais une prescience?»

Quelques heures plus tard, Julien Coupat est présenté à son juge d’instruction, Thierry Fragnoli. Autre interlocuteur, autre ambiance, autre tournure. La confrontation entre les deux hommes change la donne. Sur le mode de l’ironie. De la fronde. Des sous-entendus. Tout commence comme cela avait fini chez les policiers, par une justification détaillée de son silence. Cette fois, Julien Coupat ajoute: «L’antiterrorisme est la forme moderne du procès en sorcellerie. Toutes les auditions visent très manifestement à accréditer la thèse selon laquelle je serais le chef, le gourou, d’une soi-disant organisation anarcho-autonome. Il faudra qu’on m’explique le paradoxe: je serais le chef, c’est-à-dire celui qui nie l’autonomie d’un groupe de gens, qui sont réputés autonomes

Il est 15h40, le 15 novembre 2008.

Julien Coupat vient d’être mis en examen.

Sa raillerie, on la retrouve à tout moment, au détour de chaque feuillet, de chaque déposition. Quand le juge lui demande comment, avec ses «revenus modestes», il finance autant de «déplacements et de séjours tant en France que dans divers pays du monde», il rétorque: «Je suis économe». A propos des policiers qui le suivaient dans la nuit des sabotages, il raconte: «on s’est enfoncés dans la campagne pour voir si nous [lui et Yildune, NDLR] étions suivis. Et nous n’avons eu aucun répit puisque, où que nous allions, trente secondes après s’être arrêtés, même dans les endroits les plus reculés, il y a des voitures qui surgissaient. Je ne sais pas s’il faut que je vous donne les plaques… »
– Le juge: «N’y avait-il pas d’autres moyens, plus simples, d’échapper à cette surveillance que vous dites avoir repérée, comme, par exemple, tout simplement, se perdre dans une foule sur un trottoir de Paris?»
– Coupat: «Ce que vous dites relève d’un niveau d’intimité assez faible. Par ailleurs, je ne sache pas que le fait de marcher dans Paris fasse que l’on cesse de nous suivre maniaquement. Dans les derniers mois, c’est devenu le lieu de sentiment obsidional, c’est-à-dire le fait de se sentir assiégé en permanence.»
– Le juge: «Comment expliquez-vous que le lieu où vous avez été localisé, dans la nuit du 7 au 8, ait été précisément l’endroit où une action visant à bloquer le trafic TGV a été commise?»
– Coupat: « J’aurais une prescience? Je n’en sais pas plus qu’un autre… » Plus tard, à propos d’un élément annexe, Julien Coupat lâche: «Malgré mes talents avérés de voyance, je n’ai pas de solution à cette énigme.»

Tout y passe. Les questions du juge se font de plus en plus personnalisées, se concentrent sur lui, sur son autorité morale présumée. Certains, parmi les amis de Julien Coupat, ont reconnu son influence devant les policiers de la SDAT. Avant de se rétracter. Tous. Certaines parlent d’«insultes sexuelles», de menaces de ne pas revoir leurs enfants avant quelques années, de PV moyennement fidèles à leurs déclarations. Le plus jeune du lot est interrogé près d’une quinzaine fois – record absolu, plus que Coupat lui-même. Réponse de celui que la justice soupçonne d’être le chef de bande terroriste: «On est toujours soi-même mal placé pour savoir l’influence que l’on exerce. En revanche, on est bien mieux placé pour savoir les influences que l’on subit et, pour ma part, il ne m’a jamais gêné de subir des influences, au sens où André Gide l’entendait.»

«Construction intellectuelle»

L’un des points intéressant les enquêteurs est une réunion qui se serait tenue à Rouen, où vit en alternance une bonne partie des Tarnac, en amont de la contre-manifestation du sommet sur l’immigration des ministres de l’intérieur européens, à Vichy, le 3 novembre 2008. Pour les policiers, Julien Coupat est le coordinateur du désordre. Celui qui dit à chacun ce qu’il doit amener, et quel rôle il devra tenir. Ce soir-là, à Vichy, la manifestation est bien l’objet de plusieurs débordements sérieux, mais rien qui ne tourne à l’émeute. D’ailleurs, Julien Coupat n’est pas même poursuivi pour sa participation aux faits. Et quoi qu’il en soit: on est fort loin du terrorisme. Néanmoins, le juge Fragnoli veut savoir si Julien Coupat est bien celui qui tirait la corde accrochée à une barrière de police, comme le laissent supposer les caméras de surveillance de la ville. Réponse: «Si vous consultez les blogs [des manifestants, NDLR], vous verrez bien que cette idée circulait déjà sans qu’elle puisse m’être attribuée. Il ne s’agissait pas de tirer la barrière. (…) La vocation de la corde, pour ce que j’en comprends, était un peu comme pour le jeu Intervilles. De matérialiser, plutôt qu’un affrontement stérile avec la police, un effort collectif plutôt ludique autour d’une corde. L’idée qu’avec une corde, on puisse arracher une barrière de police m’apparaît une aberration et pour cause: ce jour-là, rien n’a été arraché du tout.» Une audition plus loin, et Julien Coupat précise: «Tirer les cordes est un vieux jeu médiéval où l’on trouve difficilement la trace d’une violence quelconque. C’est plutôt de l’ordre du sport collectif.»

Quant à cette réunion des ministres de la justice et de police européens «dans l’ancien siège du gouvernement de Vichy», pour lui, comme pour quelques autres, «c’était une gigantesque provocation».

Souvent, au détour d’une question, le juge Fragnoli dégaine L’Insurrection qui vient, ouvrage collectif que les enquêteurs attribuent principalement à Julien Coupat – ce qu’il nie à plusieurs reprises, et ouvrage qui a même été téléchargé sur Internet par le magistrat instructeur et reversé au dossier… L’interrogatoire glisse alors. Il se fait explications de textes. C’est thèse contre thèse, synthèse contre hypothèses. Une affaire de spécialistes, presque une discussion entre exégètes. Soudain, l’ambiance du palais de justice semble loin. Soudain, on erre quelque part entre une librairie et un amphi entre deux férus d’histoire politique. A moins qu’il ne s’agisse de numérologie. Exemple :

Le juge Fragnoli: «Curieusement, les dates [des sabotages, NDLR] du 25 octobre et du 7 novembre ne sont pas si anodines qu’elles paraissent puisque chacun sait que c’est le 25 octobre (dans le calendrier julien, soit le 7 novembre dans le calendrier grégorien) qu’a eu lieu ce que l’Histoire a retenu sous le nom de l’insurrection de Petrograd, élément fondateur de la révolution russe qui éclate en 1917 dirigée par Léon Trotski, et ayant pour objectif des points stratégiques tels que notamment les ponts et les gares. Cette même nuit du 25 au 26 octobre (soit du 7 au 8 novembre 1917 en calendrier grégorien), le palais d’Hiver était pris par les insurgés. Or précisément, il est fait allusion à cet épisode historique dans L’Insurrection qui vient. Page 118: «Les moments de grand retournement: 10 août 1792, 18 mars 1871, octobre 1917» [octobre 1917 souligné par le juge, NDLR]. Page 121: «Il y a bien encore des palais d’Hiver.» On pourrait presque en déduire que le choix de ces dates du 25 octobre du 7 novembre par les auteurs de dégradations des lignes TGV est à lui seul un symbole, voire un hommage, pour ne pas dire un message s’inscrivant dans la même veine que L’Insurrection qui vient. Qu’en pensez-vous?»
Coupat: «J’y vois de votre part une construction intellectuelle et un scénario cohérent, mais je ne vois toujours pas le rapport avec mon humble personne.»

Un autre jour, quand le juge reprendra les mots de Coupat (à propos de la concordance des temps et des dates, et sur la «construction intellectuelle et le scénario cohérent»), l’intéressé précisera: «J’espère que le caractère ironique de ma réponse, quant à cette construction intellectuelle, ne vous aura pas échappé.»

Mais parfois, il n’y a plus d’ironie, plus de métaphysique, plus de politique, plus de considérations sociales ni de jugement sur la police. In fine, Julien Coupat reconnaît que «l’instruction anti-terroriste est un lieu peu propice à la discussion d’idées». Même si, et c’est tout l’intérêt ici, les affaires de terrorisme (ou présumées telles) se distinguent justement des affaires de droit commun en ce qu’elles portent parfois en elles des idées voire des idéaux. Et qu’en ce sens, tout est une question de curseur: où commence le délit d’opinion, où démarre le passage à l’acte, où finit la liberté d’écrire et de décrire, éventuellement, si tel était le cas, une insurrection qui viendrait?

N’empêche, arrive le moment où il faut en venir aux faits. Rien qu’aux faits. Au juge qui lui demande d’expliquer sa présence, la nuit du 7 au 8 novembre, à Dhuisy (Seine-et-Marne), à l’entrée d’une voie de service de la ligne TGV qui va connaître quelques retards au petit matin, Julien Coupat entre dans les détails. «Ce soir-là, dit-il, j’ai dû m’arrêter quelque chose comme une dizaine de fois, et faire autant sinon plus de demi-tours. Dès que nous nous sommes engagés sur les petites routes, on s’est sentis suivis. Cela ne correspondait pas à des techniques de contre-filatures très élaborées, mais juste au fait de s’arrêter au milieu de nulle part et de voir ce qui vient. Ce soir-là, à chaque fois que nous nous mettions dans les endroits les plus reculés, il y avait une voiture à la conduite suspecte qui surgissait dans les minutes qui suivaient. A partir de là, même si c’est effectivement un sentiment assez oppressant, il y a quasiment un caractère de jeu à s’arrêter et à voir venir les voitures en reconnaissance […] Dans ces conditions, nous avons décidé de dormir dans la voiture, et nous avons été réveillés par le froid. Nous avons eu envie de faire l’amour et nous sommes allés sur un des endroits reculés à l’écart de tout, en pleine campagne, où nous étions passés auparavant.»

Lors du dernier interrogatoire, le ton se fait plus grave. Il est question de vie et de mort quand bien même, de l’aveu de tous les experts ès caténaires, aucune vie n’eût été en jeu dans cette affaire (hormis, éventuellement, celle des poseurs de crochets).
– Le juge: «Pensez-vous que le combat politique puisse parfois avoir une valeur supérieure à la vie humaine et justifier une atteinte à celle-ci?»
– Coupat: «Cela fait partie, dans la formulation, du caractère délirant de la déposition du témoin 42 [qui a déposé sous X et dont Mediapart a déjà mis en cause la crédibilité, NDLR], tendant à me faire passer pour une espèce de Charles Manson de la politique.»
– Le juge: «En quoi cela vous empêche-t-il de répondre à la question posée?»
– Coupat: «Je vous demande trois-quatre minutes pour réfléchir. C’est une question importante. Je pense que c’est une erreur métaphysique de croire qu’une justification puisse avoir le même poids que la vie d’un homme.»

Julien Coupat doit formuler une nouvelle demande de remise en liberté dans les jours prochains.

Links:
[1] http://www.mediapart.fr/club/blog/david-dufresne
[2] http://www.mediapart.fr/journal/france/030409/tarnac-la-defense-passe-a-l-offensive
[3] http://www.mediapart.fr/journal/france/230109/tarnac-des-doutes-sur-la-credibilite-d-un-temoin-a-charge
[4] http://www.lafabrique.fr/spip/IMG/pdf_Insurrection.pdf
[5] http://www.liberation.fr/societe/0101562270-sept-mois-de-traque-d-une-cellule-invisible
[6] http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/03/25/ce-que-contient-le-dossier-d-instruction-de-l-affaire-tarnac_1172333_3224.html#ens_id=1164748
[7] http://www.charliehebdo.fr/cms/index.php?id=458&no_cache=1&sword_list[]=coupat
[8] http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2317/articles/a398184-comment_lultragauche_est_devenue_lennemie.html
[9] http://ultrahumandignity.blogspot.com/

04
Avr
09

Coupat : la défense remet la pression

Publié par Libération, le 4 avril (voir ici).

Après sa une du 12 novembre proprement scandaleuse (l’ultragauche déraille), Libération s’est ensuite peu à peu repris (voir ici) et cet article fait partie du changement de ton de ce journal scandaleusement plus de gauche.

Par Gael Cogné.

Mobiliser les médias, distiller des informations et continuer d’agiter l’opinion. Les protagonistes de l’affaire de Tarnac (le sabotage de caténaires de la SNCF, en novembre dernier) alimentent le feuilleton judiciaire et tentent d’imposer leur rythme pour maintenir la pression sur le juge d’instruction antiterroriste Thierry Fragnoli.

Hier, c’était aux avocats d’occuper la scène. Réunis autour d’une table par la Ligue des droits de l’homme et son président, Jean-Paul Dubois, ils ont demandé la requalification du dossier en droit commun. Les avocats ont déposé une «requête en incompétence». Au juge d’instruction Fragnoli, de décider ensuite s’il se dessaisit lui-même de l’affaire. «C’est rare, mais c’est déjà arrivé», a indiqué l’avocate sans indiquer de délai.

Par ailleurs, ils ont exigé la libération de Julien Coupat, l’homme présenté par les policiers comme le leader du groupe. Il est le dernier des huit mis en examen pour «association de malfaiteur en relation avec une entreprise terroriste» à être détenu.

Pendant presque une heure, Me Terrel a détaillé fastidieusement le dossier d’instruction. Qu’ont révélé les filatures, surveillances et écoutes ? «Rien», affirme-t-elle. Pire, à la faveur d’une panne de la ligne téléphonique de l’épicerie de la communauté de Tarnac, Benjamin Rosoux, l’un des mis en examen, aurait découvert un boîtier destiné aux écoutes.

Antinucléaires. Que faisaient Julien Coupat et sa compagne Yldune Lévy près d’une voie ferrée ou a eu lieu un sabotage dans la nuit du 7 au 8 novembre ? «Un câlin.» William Bourdon, nouvel avocat de Lévy, insiste : «Un rapprochement géographique et temporel est très loin de la construction d’une preuve.»

Enfin, un groupe allemand avait revendiqué dès le lendemain, et avant les interpellations, les sabotages. Or outre-Rhin, certains militants antinucléaires sont passés maîtres dans l’art de poser des crochets sur les caténaires et «personne n’enquête sur cette piste», s’agace Me Terrel. Pour elle, des pans du dossier ne sont pas étudiés. Bref, pour les avocats, «il n’y a pas de preuves matérielles». Et de s’insurger que l’Insurrection qui vient, l’ouvrage collectif dont Coupat serait l’un des auteurs, soit versé au dossier comme élément à charge, alors qu’il est en vente libre. La semaine dernière, le Monde a affirmé après avoir consulté le dossier d’instruction, qu’il n’y avait «aucune preuve matérielle ni aucun aveu».

«Manuel». La fuite a entraîné une réponse du parquet dans la journée : un «manuel de fabrication d’une bombe» se trouvait sur le disque dur de Lévy. Billevesées, répond Bourdon : point de schémas, ni de plans détaillés. Les pièces, qui n’étaient pas encore cotées au dossier lors de la fuite du parquet, ne seraient que des écrits récoltés il y a plusieurs années par une étudiante «curieuse». Pour l’avocat, «tous les éléments du dossier ont été scénarisés dans le seul objectif de les présenter comme des ennemis de l’intérieur menaçant notre démocratie». Selon Me Terrel : «Le gouvernement fait la chasse à des gens qui vivent différemment.»

29
Mar
09

135 jours – ya basta – libérez Julien Coupat !

Alors que Julien Coupat est incarcéré depuis plus de 135 jours, nous devons être nombreux à exiger sa libération immédiate. Ya basta. Ca suffit.

Le Monde vient de démontrer que le dossier est vide (voir ici).

Faisons monter la pression pour exiger sa libération, pour exiger que les faits reprochés soient requalifiés en actes de malveillance, et pour que la vérité soit donnée sur ces actes de malveillance…

Occasion de publier deux vidéos que nous n’avions pas encore publiées :

Un reportage avec une lettre ouverte des parents et des interviews :


Une interview du père de Julien Coupat

25
Mar
09

Ce que contient le dossier d’instruction de l’affaire Tarnac (Le Monde)

Alors que Julien Coupat est emprisonné depuis plus de 130 jours…, Le Monde dévoile ce 25 mars 2009 le dossier de l’instruction et démontre qu’il ne contient ni preuves ni aveux.

Reproduit ci-dessous l’article d’Isabelle Mandraud, également accessible ici. La journaliste fait également un rappel des faits ici

——

L‘ensemble atteint déjà la hauteur de sept à huit Bottin. Le dossier de l’affaire Tarnac, que Le Monde a pu consulter, près de mille pièces et procès-verbaux numérotés, peut être scindé en deux. D’un côté, sept mois de filatures, d’écoutes, dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte le 16 avril 2008; de l’autre, quatre mois d’instruction, toujours en cours depuis la mise en examen, le 15 novembre 2008, de neuf personnes accusées de terrorisme et pour certaines, de sabotage contre des lignes SNCF en octobre et en novembre 2008.

Bertrand Deveaux, 22 ans, Elsa Hauck, 24 ans, Aria Thomas, 27 ans, Mathieu Burnel, 27 ans, puis Gabrielle Hallez, 30 ans, Manon Glibert, 25 ans, Benjamin Rosoux, 30 ans, et Yildune Lévy, 25 ans, ont tous, depuis, recouvré la liberté sous contrôle judiciaire. Seul, Julien Coupat, 34 ans, considéré comme le chef, reste incarcéré.

Le dossier a beau être dense, il ne contient ni preuves matérielles ni aveux, et un seul témoignage à charge, sous X, recueilli le 14 novembre. Les rares confidences lâchées lors des gardes à vue ont été corrigées depuis. « Ils [les policiers] ont tout fait pour me faire dire que Julien Coupat était un être abject, manipulateur », affirme le 22janvier Aria Thomas à Yves Jannier, l’un des trois juges instructeurs du pôle antiterroriste. « Pour que les choses soient claires, poursuit-elle, je n’ai jamais pensé, ni cru ou eu le sentiment que Benjamin Rosoux ou Julien Coupat soient prêts à commettre des actes de violence. » Suit cet échange, le 13février, entre le juge Thierry Fragnoli et Julien Coupat, dépeint par le témoin sous X comme un «gourou quasi sectaire», enclin à la violence politique.

« UNE ESPÈCE DE CHARLES MANSON DE LA POLITIQUE »

– Le juge: « Pensez-vous que le combat politique puisse parfois avoir une valeur supérieure à la vie humaine et justifier l’atteinte de celle-ci?
– Julien Coupat: « Ça fait partie (…) du caractère délirant de la déposition du témoin 42 [sous X] tendant à me faire passer pour une espèce de Charles Manson de la politique (…) Je pense que c’est une erreur métaphysique de croire qu’une justification puisse avoir le même poids qu’une vie d’homme. »

Il arrive parfois que le juge tâte le terrain à ses dépens. – « J’imagine que votre ami Coupat et vous-même, de par vos formations et vos goûts, vous vous intéressez à l’histoire (…) des grands mouvements révolutionnaires. Est-ce le cas? », demande-t-il le 8 janvier à Yildune Lévy, la compagne de Julien Coupat.
« Pour ce qui me concerne, je m’intéresse plus à la préhistoire », rétorque l’étudiante en archéologie.

Séparément, le couple Lévy-Coupat livre une même version pour justifier, au terme de multiples détours, leur présence, dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008, à proximité d’une des lignes SNCF endommagées. Elle: « On a fait l’amour dans la voiture comme plein de jeunes. » Lui: « On s’est enfoncés dans la campagne pour voir si nous étions suivis et nous n’avons eu aucun répit, puisque, où que nous allions, 30 secondes après s’être arrêtés, même dans les endroits les plus reculés, il y avait des voitures qui surgissaient. »

Tous deux s’accordent sur leur voyage de « tourisme », en janvier 2008, et le franchissement clandestin de la frontière des Etats-Unis depuis le Canada. Cette information, transmise par les Américains, motivera l’ouverture de l’enquête préliminaire. « Pour moi, refuser de se soumettre volontairement au fichage biométrique est un principe éthique », justifie Julien Coupat.

Les neuf reconnaissent leur engagement militant et leur présence lors de manifestations qui ont pu donner lieu à des affrontements, tel le contre sommet de l’immigration à Vichy en novembre2008. Mais ils récusent l’étiquette de « structure clandestine anarcho-autonome entretenant des relations conspiratives avec des militants de la même idéologie implantés à l’étranger » que leur attribue la sous-direction à la lutte antiterroriste (SDAT), sur la « base des informations communiquées par la direction centrale du renseignement intérieur », non jointes. Les sabotages ont été revendiqués le 9 novembre 2008 à Berlin. – « Si ce sont des Allemands qui revendiquent, ça semble être une explication », relève Yildune Lévy.

La police a déployé d’importants moyens comme en témoignent les très nombreuses écoutes téléphoniques et interceptions de courriers électroniques des mis en examen et parfois de leurs parents, bien avant les interpellations. Une enveloppe à bulle contenant une clé, envoyée par Julien Coupat depuis la Grèce en septembre 2008, au domicile de son père à Rueil-Malmaison, est ainsi ouverte avant d’être distribuée. Des caméras de surveillance ont été posées autour de la ferme du Goutailloux à Tarnac (Corrèze) – considérée comme la base du groupe – et au domicile parisien de Yildune Levy et Julien Coupat.

LA SURVEILLANCE DU GROUPE NE DATE PAS D’HIER

Les filatures s’enchaînent, minutieuses mais peu démonstratives. Au fil des pages, on découvre les «albums photos» de tous ceux qui ont fréquenté les lieux. Les manifestations de soutien recensées à l’étranger sont maigres: un engin incendiaire devant la porte de l’AFP à Athènes, des boules de Noël contre le consulat français à Hambourg.

L’interpellation des neuf, le 11 novembre 2008, trois jours après le sabotage constaté sur plusieurs lignes TGV, donne lieu à de nouvelles investigations: brosses à dents, rasoirs, sacs de couchage, manteaux, bouteilles, mégots sont examinés au plus près pour récupérer les ADN. Un sac poubelle noir contenant deux gilets pare-balles coincés dans une cheminée au Goutailloux est trouvé. « Je n’ai jamais vu ce sac auparavant », dira Benjamin Rosoux au juge. Les expertises des gendarmes sur les crochets métalliques fixés aux caténaires n’ont rien donné, pas plus que l’étude des lieux. Un responsable de la maintenance SNCF précise que le dispositif malveillant « ne peut en aucun cas provoquer un accident entraînant des dommages corporels ».

La surveillance du groupe ne date pourtant pas d’hier comme l’atteste, en 2005, l’enquête pour blanchiment versée à l’instruction. Elle fait suite au signalement opéré par Tracfin dès l’achat du Goutailloux. « Julien Coupat et Benjamin Rosoux seraient membres de mouvances anarcho-libertaires et auraient participé, à ce titre, à de nombreuses actions contestataires », justifie la cellule antiblanchiment de Bercy. La police financière note que Julien Coupat fait l’objet d’une fiche RG créée le 26 décembre 2002 [date qui correspond à l’occupation de Nanterre par des étudiants], modifiée le 28 octobre 2005 pour « mise sous surveillance ». Même chose pour Gabrielle Hallez et Benjamin Rosoux. Jusqu’ici, aucun n’a fait l’objet d’une condamnation.

Les enquêteurs ont saisi et décortiqué les lectures du groupe. Le livre l’Insurrection qui vient, attribué à Julien Coupat, – ce qu’il nie –, figure dans le dossier. Il voisine avec un document Internet, traduit de l’allemand sur des produits AEG « sans sueur, sans sciage, le crochet en forme de griffe pour les bricoleurs ».

Conscients que les résultats des commissions rogatoires internationales lancées par les juges vont prendre du temps, les avocats, Irène Terrel, défenseure de quatre des mis en examen et William Bourdon, conseil de Yildune Lévy, s’apprêtaient, mercredi 25 mars, à adresser un courrier au juge Thierry Fragnoli lui demandant de se déclarer incompétent et de se dessaisir du dossier. Un dossier qu’ils ont l’intention, avec leurs confrères Dominique Vallés et Philippe Lescène, de commenter, le 2 avril, devant la presse dans les locaux de la Ligue des droits de l’homme.

Isabelle Mandraud
22
Jan
09

Gabrielle Hallez : Tarnac ou les fantasmes du pouvoir

Tribune de l’une des inculpés.

Tarnac ou les fantasmes du pouvoir, par Gabrielle Hallez

LE MONDE | 20.01.09 | 09h13 • Mis à jour le 20.01.09 | 09h13


J’ai été mise en examen et mise sous contrôle judiciaire suite aux arrestations du 11 novembre 2008. Sur les neuf personnes inculpées, Julien [Coupat] reste encore incarcéré. L’appel pour sa libération aura lieu dans les jours à venir. A nouveau l’attente. Le lent dégonflement de l’affaire continue, et une nouvelle étape a été franchie, vendredi 16 janvier, avec la sortie d’Yildune [Lévy]. Il en faudra d’autres.

Cette triste affaire aura au moins rappelé l’obsession du pouvoir : écraser tout ce qui s’organise et vit hors de ses normes.

Je ne voudrais pas qu’on puisse prendre cette histoire comme un événement isolé. Ce qui nous est arrivé est arrivé à d’autres, et peut arriver encore.

6h40 : braquée dans mon lit. Cagoulés, des hommes de la sous-direction de la lutte antiterroriste (SDAT) cherchent désespérément des armes en hurlant. Menottée sur une chaise, j’attends la fin des perquisitions, ballet absurde, pendant des heures, d’objets ordinaires mis sous scellés. Sachez-le, si cela vous arrive, ils embarquent tout le matériel informatique, vos brosses à dents pour les traces ADN, vos draps pour savoir avec qui vous dormez.

Après plus de huit heures de perquisition, ils me chargent dans une voiture. Direction : Paris-Levallois-Perret. Les journalistes cernent le village. Personne ne pourra manquer d’admirer le spectacle de la police en action, et les moyens imposants du ministère de l’intérieur quand il s’agit de sécuriser le territoire. Quand cinq flics arrêtent un type, ça peut sembler arbitraire, quand ils sont 150 et avec des cagoules, ça a l’air sérieux, c’est l’état d’urgence. La présence des journalistes fait partie de la même logique. Ce qui s’est passé là, comme les arrestations à Villiers-le-Bel, ce n’est pas un dérapage, c’est une méthode.

Levallois-Perret, locaux de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) et de la SDAT. Des préfabriqués sur trois étages, superposition de cellules spéciales, caméras panoptiques braquées en permanence sur toi. Quatre-vingt-seize heures de garde à vue. Mais le temps n’est vite plus un repère. Ni heure ni lumière du jour. Je ne sais pas combien de personnes ont été arrêtées. Je sais seulement, après notre arrivée, les motifs de mon arrestation.

Les interrogatoires s’enchaînent. Une fois huit heures sans pause, va-et-vient de nouveaux officiers qui se relaient. Mauvaises blagues, pressions, menaces : « Ta mère est la dixième personne mise en garde à vue dans le cadre de l’opération Taïga, on va la mettre en détention », « Tu ne reverras plus ta fille ». Leur bassesse n’est pas une surprise. Ils me questionnaient sur tout : « Comment vivez-vous? », « Comment êtes-vous organisés pour manger? », « Est-ce que tu écris? », « Qu’est-ce que tu lis? » Ils voulaient des aveux pour donner corps à leur fantasme de cellule terroriste imaginaire.

Un des officiers de la police judiciaire (PJ) m’a annoncé, lors de la perquisition : « Nous sommes ennemis. » Ennemis peut-être, mais nous ne sommes pas leur reflet. Il n’y a jamais eu de cellule invisible, et nous n’avons que faire de « chefs » et de « bras droits ». La police croit toujours que ce qu’elle traque est organisé à son image, comme en d’autres temps, où elle brandissait le spectre du syndicat du crime.

Un gendarme me lit un communiqué allemand, diffusé le 10 novembre en Allemagne, qui revendique les sabotages dans le cadre d’une action antinucléaire. Sabotages dont ils veulent nous accuser. Le communiqué apparaîtra dans le rapport de la SDAT transmis à la presse dès la première semaine, puis sera quasiment oublié.

Au bout de trois jours, un avocat peut venir assister le prévenu retenu sous le coup d’une procédure antiterroriste. Trois jours pendant lesquels tu n’es au courant de rien d’autre que de ce que la police veut bien te dire, c’est-à-dire rien ou des mensonges. Alors oui, ce fut vraiment un soulagement quand on m’a annoncé que je pouvais voir mon avocate. Enfin des nouvelles de ma fille et de l’ampleur médiatique de l’affaire. Nouvelles aussi du village et du comité de soutien créé dans les premiers jours qui ont suivi l’arrestation.

Puis ce fut le dépôt (lieu de détention avant de comparaître devant le juge). Là s’entassent des centaines d’hommes et de femmes dans la crasse et l’attente. Une pensée pour Kafka dans le dédale de la souricière, infinité de couloirs gris et humides dont les portes s’ouvrent sur les rutilantes salles d’audience. Je suis amenée jusqu’aux galeries toutes neuves de la section antiterroriste pour comparaître devant le juge d’instruction. Puis la prison.

Fleury-Mérogis – la plus grande d’Europe. Tous les charognards gardent cette prison, pigeons, corneilles, mouettes et de nombreux rats. Nous y sommes arrivées, Manon (Gilbert), Yildune et moi en tant que détenues particulièrement surveillées (DPS), ce qui implique des mesures de surveillance plus soutenues, comme, d’être chaque nuit réveillées toutes les deux heures, lumières allumées et sommées de faire signe. Fouilles intensives et répétées. Ce statut, seules les prisonnières politiques basques l’ont à Fleury, et Isa l’avait eu aussi, en détention depuis bientôt un an sous le coup d’une procédure antiterroriste [cette personne est soupçonnée d’avoir posé un explosif sous une dépanneuse de la Préfecture de police de Paris, en mai 2007]. Les fouilles au corps, le mitard, les petites humiliations, le froid et la nourriture dégueulasse : le quotidien de la prison est fait pour écraser.

Par un concours de circonstances favorables, Manon et moi sommes sorties assez rapidement. Circonstances favorables, c’est-à-dire : nous sommes blanches, issues de la classe moyenne, ayant eu l’opportunité de faire des études; grâce aussi à la multiplication des comités de soutien. Et puis, il y avait l’actualité, marquée par des événements révélateurs du climat politique actuel qui ne sont pas passés inaperçus (par exemple cette descente policière musclée dans un collège).

Je dis « rapidement », par rapport aux détentions préventives qui durent, pour la plupart, des mois et des années. Qui durent, notamment, pour ceux pour qui ne jouent jamais ces « circonstances favorables ». La plupart immigrés, voués au mépris de la police et des magistrats.

Mais ce qui est encore séparé au-dehors arrive à se reconnaître entre les murs de la prison. Des solidarités se nouent dans l’évidence d’une hostilité commune. La radicalisation de la situation amène de plus en plus de gens à subir la répression et la détention. Des rafles dans les banlieues aux peines de plus en plus nombreuses pour des grévistes ou des manifestants lors de mouvements sociaux.

Finalement, la prison est peut-être en passe de devenir un des rares lieux où s’opère la jonction tant redoutée par M. Sarkozy : « S’il y avait une connexion entre les étudiants et les banlieues, tout serait possible. Y compris une explosion généralisée et une fin de quinquennat épouvantable », avait-il dit en 2006.


Gabrielle Hallez, mise en examen dans l’affaire de Tarnac

08
Jan
09

Tous Coupat, tous coupables !

Publié sur http://rebellyon.info/article5858.html

Publié lundi 5 janvier 2009

L’Insurrection qui vient, publié en 2007 par le « comité invisible », inlassablement présenté par la police et les médias comme le bréviaire des « jeunes de Tarnac » est un texte gorgé de lectures bien orientées ; certaines sentences définitives semblent directement empruntées à Minima Moralia, d’autres démarquent Debord, Badiou et plus d’un autre de nos bons auteurs [1].

Mais, envers et contre ce qui s’est trouvé ressassé de manière lancinante après les arrestations de novembre dernier, cet essai collectif n’est pas un pur et simple exercice de radicalité en chambre, un de plus, à propos de l’état des choses sociales, de l’histoire et la politique, l’énoncé désenchanté d’un diagnostic sur le présent [2]. Il est assurément cela et s’inscrit directement, à ce titre, dans le prolongement de l’éphémère revue Tiqqun dont plus d’un texte a fait date aussitôt – « Théorie du Bloom », « Premiers matériaux pour une théorie de la Jeune-Fille », etc. [3]

Mais il suffit de le lire vraiment pour se convaincre de ce qu’il est aussi, en son cœur même et non point accessoirement, tout autre chose : non pas certes un précis de guerre civile ou un manuel d’insurrection comme se sont empressés de l’affirmer les stratèges approximatifs qui entourent Mme Alliot-Marie ; mais assurément un livre qui tranche sur les habituelles vaticinations à propos de la fin de la politique, la montée de la barbarie (à moins qu’il ne s’agisse de la guerre civile qui fait rage et de l’imminence avérée d’un nouveau 1789) – en ceci : cet écrit est tout entier porté par une sorte d’appétit praxique, c’est un livre qui, constamment, s’efforce d’enchaîner, à des analyses, des perspectives d’action. Ce n’est pas un essai qui, comme tant d’autres, se contente d’exceller dans le pessimisme radical, dans la lucidité désenchantée (« Dieu, quel désastre ! ») ; c’est, à l’inverse, un texte qui, tout bonnement, s’efforce de reprendre sur de nouveaux frais la question politique par le bout de l’action – que faire, que faire aujourd’hui, dans cette situation même ?

Et qui tranche : oui, aujourd’hui, des actions sont possibles, des actions qui aient une capacité d’interruption de la temporalité de la domination infinie « que rien ne se passe ! », des actions qui fassent revenir sous la forme la plus vive la figure du conflit irréductible au cœur des espaces publics, des actions « autonomes » dans lesquelles se redonnent consistance les figures déniées de la politique moderne – la commune, l’émeute, l’insurrection. C’est un livre qui, loin d’éluder la question de la violence, dit tout le bien qu’il pense des émeutes de l’automne 2005, en tant, précisément, qu’elles présentent la violence des choses [4] ; c’est un livre qui, entre autres, parle du feu, de l’incendie comme moyens politiques – un livre écrit, pourtant, avant que le centre de rétention de Vincennes soit livré aux flammes par la colère des retenus eux-mêmes. C’est un livre qui se pose crânement la question de formes de résistance possibles à l’installation, dans les plis de la police démocratique, d’un état d’exception furtif et permanent dont le fichage, la biométrie, la télésurveillance, la rétention sur mesure, les lois sécuritaires sont les truchements variés ; un livre qui ne craint pas d’énoncer que ces nouveaux dispositifs du gouvernement des vivants ne doivent pas être seulement dénoncés, mais activement combattus, fût-ce au prix de quelques illégalismes. C’est un livre qui statue sans ambiguïté : il s’agit bien, aujourd’hui, non pas de dénoncer des abus, des infractions à l’état de droit, mais de faire face à un intolérable, lequel, sans appeler de longue démonstration, s’éprouve tout simplement de manière irrécusable ; un intolérable convoquant nécessairement des formes de résistance qui s’efforcent de se tenir à sa hauteur ; des actions susceptibles de présenter, dans une société comme la nôtre, une forte capacité d’interruption. Un diagnostic sur le présent qui conduit donc à tenter de résoudre la quadrature du cercle : comment produire, dans un pays comme le nôtre, les effets de paralysie attendus d’une grève générale – en l’absence d’un peuple gréviste ? D’où les quasi-citations de la bien connue brochure d’Emile Pouget qui y figurent en bonne place [5].
Bref, c’est un livre qui dit, littéralement : « Il n’y a plus à attendre (…) Attendre encore est une folie (…) C’est là qu’il faut prendre parti » [6], ce qui n’est jamais que la transposition en français contemporain de la bonne vieille formule marxienne – Hic Rhodus, hic salta ! Un livre qui a le courage d’énoncer que l’appel de l’action a, dans la situation présente, quelque chose d’inconditionnel, quelle que soit la solitude de ceux qui se savent sommés par l’intolérable – « Il y a toutes sortes de communes qui n’attendent ni le nombre, ni les moyens, encore moins le ‘bon moment’ qui ne vient jamais, pour s’organiser » [7] ; un livre dont la force est de se rappeler que l’élément du pari est partie intégrante de l’action radicale et de la résistance active ; qui, à la tiédeur du probable oppose l’inconditionnalité du nécessaire (lui-même fondé sur l’infinité des possibles) : « Rien ne paraît moins probable qu’une insurrection, mais rien n’est plus nécessaire » [8].

Il est infiniment regrettable que l’enchaînement des circonstances conduisant de l’arrestation à grand bruit des « jeunes de Tarnac », expéditivement accusés de menées « terroristes » par une ministre de l’Intérieur en manque de « résultats », à la formation d’un large front voué à la récusation de ces incriminations hyperboliques ait rendu provisoirement impossible toute espèce de discussion autour de ce livre ; et, plus précisément, à propos du moment politique qui s’ agence dans ses prolongements – l’apparition d’une commune, au moins, distinctement inspirée par ses prémisses, et, plus généralement, le bouillonnement de formes d’activisme politique inspirée par le motif de l’autonomie. La dimension stratégique de ce livre trouve son écho dans toutes sortes d’initiatives et d’actions incontestables comme la participation à la manifestation de protestation contre la réunion des 27 ministres de l’Intérieur de l’Union européenne, appelés par Hortefeux à plancher sur les problèmes de l’immigration à Vichy, début novembre 2008 [9]. Tout ceci est, malheureusement, devenue l’inarticulable même, le hors champ de la campagne « démocratique » de défense des inculpés. Selon les logiques implacables d’une telle mobilisation, ce livre, délié de toute relation avec des projets pratiques, des actions envisagées, des hétérotopies inventées et pourtant bien réelles, était voué à être recadré comme pur et simple exercice de spéculation intellectuelle juvénile, fantaisie imaginative appelée par les providentielles arrestations de Tarnac, à retrouver les têtes de gondoles – ce dont n’a pas manqué, d’ailleurs, de se réjouir publiquement son éditeur.

Aux premières heures des arrestations de Tarnac, la presse n’a pas été longue à suivre sa pente ordinaire, en emboîtant le pas sans barguigner au Ministère de l’Intérieur, elle n’a pas été longue à avaliser la version policière du complot d’ « ultra-gauche » déjoué à temps. « L’ultra-gauche déraille » titrait en une Libération le 12 novembre, tandis que Laurent Joffrin accréditait, dans un éditorial, l’incrimination de « terrorisme » ; Le Monde n’était guère en reste – pour ne rien dire du Figaro et du Journal du Dimanche dans les colonnes desquels se déversaient à gros bouillons les « analyses » et les communiqués de victoire en provenance de la place Beauvau… Mais n’ayons garde de faire porter le chapeau de cette forfaiture aux seuls journaux : à la tribune de l’Assemblée, Mme Alliot-Marie, commentant les arrestations, se faisait applaudir par plus d’un député socialiste dont son prédécesseur au ministère de l’Intérieur Daniel Vaillant et le bras droit de Ségolène Royal Manuel Valls [10] ; suivant son premier mouvement, le porte-parole de la LCR, Olivier Besancenot, déclarait que «  les méthodes de sabotage n’ont jamais été, ne seront pas et ne seront jamais » celles de la Ligue communiste révolutionnaire », propos relayés par un dirigeant de SUD-Rail, Christian Mahieux, proclamant hautement : « Notre combat syndical n’a rien à voir avec ce type d’actions » [11].

Et puis, réflexion faite, les uns et les autres ont repris leurs esprits, le caractère fantaisiste des incriminations, à commencer par celles de « terrorisme » et « association de malfaiteurs » est apparu évident, de même que le peu de résultat des investigations policières, pourtant menées tambour battant : pas d’armes, pas de faux-papiers, pas de matériel distinctement voué au sabotage, pas de flagrant délit, et, pour tout potage, des constructions fumeuses autour de l’allergie de nos jeunes gens au téléphone portable, de leur installation en zone rurale, de leur participation à des manifestations ou de leur refus du fichage biométrique. La construction policière s’est dégonflée en peu de jours et la presse, comme un seul homme ou presque, a retourné sa veste, donnant longuement la parole aux familles des inculpés, à leurs voisins, à leurs amis, publiant différentes pétitions en leur faveur et tournant en dérision la fable désormais discréditée de l’hydre « anarcho-autonome », avec le même allant qu’elle donnait voix à ses sources policières les premiers jours.

Dans la brèche ainsi ouverte, s’est engouffré tout un mouvement de défense et de protestation, à Paris comme en province, dans les universités mais pas seulement, mouvement dont l’oriflamme est l’appel gracieusement publié par Le Monde dans la page réservée aux tribunes et libres opinions – un traitement de faveur rarement accordé à une pétition par ce journal [12] ; un texte intitulé «  Non à l’ordre nouveau » et signé par des intellectuels de renom – philosophes en tête – Giorgio Agamben, Alain Badiou, Daniel Bensaïd, Jacques Rancière, Jean-Luc Nancy, Slavoj Zizek -, mais aussi des éditeurs, des professeurs de droit… Distinctement, et d’une façon tant soit peu surprenante si l’on se réfère aux positions principielles et théoriques bien connues de la plupart des signataires de ce texte, l’horizon de ce texte est celui d’une protestation tout entière référée aux normes de l’État démocratique, à État de droit, contre la construction policière ayant conduit à l’arrestation et à l’inculpation des neuf personnes accusées d’entreprise terroriste. En se posant la question de savoir si « les lois d’exception adoptées sous prétexte de terrorisme et de sécurité sont compatibles à long terme avec la démocratie », ce texte avalise pleinement le référent passe-partout « démocratie », celui de la « démocratie réelle » – au sens où l’on parlait naguère de « socialisme réel » ; il appelle à en défendre l’intégrité supposée contre les dispositifs d’exception. Au reste, intitulé « Non à l’ordre nouveau », ce texte réactive la posture de l’antifascisme classique – celui dont la stratégie se fonde sur le rassemblement de toutes les énergies et bonnes volontés « progressistes » en défense de l’État démocratique contre la montée de l’exception et de la brutalité.

La démolition, nécessaire, de la construction policière fraie ici la voie à cet étrange agencement en vertu duquel ceux qui, parmi les philosophes contemporains ont travaillé de la manière la plus constante et la plus convaincante à la déconstruction du mythe utile de la « démocratie réelle » – épinglée comme oligarchie effective (Rancière), artefact pseudo-majoritaire (Badiou), faux-nez du néo-libéralisme triomphant (Bensaïd), otage du principe marchand de l’équivalence générale (Nancy), faux-semblant de l’Etat d’exception permanent (Agamben) , fétiche du nihilisme contemporain (Zizek) – vont être conduits, sous l’effet d’une sorte d’état d’urgence subi, à remettre en selle cette idole qu’ils ont eux-même renversée – la démocratie, fondée sur l’heureuse coÏncidence de l’Idée, de l’État et de la police générale des choses. A cette mobilisation du référent démocratique tout court contre les débordements de l’exception, on opposera la formule claire qui, dans L’Insurrection qui vient, présente la constitutive intrication de l’une et de l’autre : « La démocratie est de notoriété générale soluble dans les plus pures législations d’exception » [13].

Avec ce texte attrape-tout, le mouvement sur le point de se former en défense des inculpés avait trouvé son manifeste. Un mouvement assurément suscité par la grossièreté des élucubrations politico-policières sur lesquelles se fonde cette rafle, mais dont le pli n’en demeure pas moins problématique : à force de démontrer l’ « innocence » des inculpés (dont la presse n’a cessé, au reste, de relater la « bonne » provenance sociale, les « brillantes » études, les « excellentes » relations avec le voisinage à Tarnac, l’inocuité des intentions et le caractère irréprochable des conduites en leur refuge rural…) , on en vient aussi subrepticement qu’inexorablement à rétablir une image de normalité, d’honorabilité, de conformité avec les polices générales de la vie ; une image dont l’emprise se fonde sur la négation même et le reniement de tout ce qui tentait de prendre corps aussi bien dans L’insurrection qui vient, pris au sérieux comme une sorte de manifeste, que dans la fondation de la commune de Tarnac.

Une image dont le propre est de travestir ce livre en fantaisie culturelle, en inoffensif exercice de Kulturkritik, et la formation de communes en sympathique expérimentation de nouveaux mode de vie, tendance écolo radicale ; une image dont le propre est de volatiliser la dimension politique de ce qui est ici en jeu – au profit d’une énième opération de rassemblement vertueux contre les empiètements du pouvoir autoritaire.
On peut parfaitement comprendre que les familles des inculpés, désireuses avant tout de les sortir de ce mauvais pas, s’activent à présenter les inculpés sous le jour le plus inoffensif « A Tarnac, ils plantaient des carottes sans chef ni leader. Ils pensent que la vie, l’intelligence et les décisions sont plus joyeuses lorsqu’elles sont collectives » [14] , mais l’on ne peut s’empêcher de relever le vif conflit de ce genre de formule avec ce qui s’énonce, dans L’insurrection… à propos de l’idéologie écologiste et du discours environnementaliste moyens – les habits neufs du Capital, ni plus ni moins [15].
Ce qui est ici en question n’est évidemment pas la nécessité impérieuse que s’organise une solidarité sans faille avec les inculpés, et que celle-ci soit aussi puissante et déterminée que possible. La question est plutôt que cette solidarité s’est déployée sur une ligne de pente dont le propre est qu’elle ensevelit sous l’épaisse couche de cendres d’une police sentimentale et « démocratique » tout ce qui pouvait constituer le venin, le ferment de radicalité de ce livre de combat, avec son appel à se mettre « en route ». Le rassemblement informe et sans bords qui s’est constitué en faveur des inculpés (et dont, répétons-le, la volte-face des journaux a donné le signal et en quelque sorte défini les conditions) n’est pas sans rappeler le consensus informe brocardé par des auteurs comme Rancière et Badiou ; il s’étend maintenant jusqu’aux dirigeants du PS voire du Modem et, inclut bien sûr, le télégénique Besancenot, utilement recadré par ses mentors ; mais c’est un rassemblement qui se tient aux antipodes de ce que s’efforçaient de présenter ce texte et la décision d’y faire jouer en acte le motif de la communauté.

Ce texte, cette décision se fondent en effet sur une certitude : devenir, aujourd’hui, ingouvernable, être en quête d’effets politiques, d’effets de déplacement ou de choc qui ne soient pas reconductibles aux conditions générales du gouvernement des vivants ou de la police pastorale – cela suppose nécessairement de vifs mouvement d’excentrement, des exils consentis, une forme de solitude organisée, et la recherche assidue de limites, de confins, de points de rupture – non pas, certes, « sortir du système » en créant des isolats, mais bien susciter toutes sortes de blocages, d’effets d’entrave, exhiber les points de faiblesse du perpetuum mobile, sortir des logiques purement défenses, exposer de nouveaux possibles en s’exposant soi-même, etc. Ceux et celles qui sont habités par ce discours stratégique savent que la politique vive, aujourd’hui, ne peut être en ce sens qu’une politique non pas des marges au sens social mais bien des bords au sens politique, et qui, à ce titre, s’associe nécessairement, pour les gouvernants, à la dangerosité. Ceux qui, à l’heure où l’extrême gauche normalisée donne toujours davantage de gages de respectabilité et tend, nolens volens,à trouver sa place dans le dispositif parlementaire, recherchent les voies de ce que Foucault appellent l’inservitude volontaire et mettent en scène des insurrections de conduite – ceux-là sont dangereux et savent que leur politique fait d’eux, au regard de toutes les polices associées, des coupables plutôt que des innocents [16]. La dénonciation de la grossièreté des construction policières hâtives ne devrait pas nous faire oublier cette condition propre à toute politique radicale aujourd’hui, celle qui énonce : nous ne voulons pas être gouvernés ainsi, nous ne voulons pas être gouvernés par ces gens-là, ce gouvernement est l’intolérable même et nous nous déclarons en conflit ouvert et perpétuel avec lui.

L’évidence qui s’énonce ici est, bien entendu, assez dure à avaler : elle est tout simplement qu’une politique (une stratégie politique et les actions qui en découlent) distinctement agencée autour de cette notion de l’intolérable ne peut être qu’une politique dangereuse et coupable, une politique qui expose ceux qui s’y vouent aux représailles de l’État et aux attaques de toutes les polices assemblées (presse, directions syndicales, intellectuels enrégimentés…). Il faut le dire ouvertement : l’état présent de dégradation des libertés publiques, de prolifération du régime de l’exception rampante fait que toute politique fondée sur le refus d’être « gouverné ainsi » et « gouverné par ces gens-là » voue ceux (celles) qui s’y essaient à être placés dans l’illégalité et réprimés en conséquence. C’est bien là la première des leçons de l’affaire de Tarnac qui n’est pas une « bavure », un abus, mais bien la manifestation de l’effectivité de cette nouvelle règle.

Or, toute la campagne qui s’est développée en faveur des inculpés est portée par un si vif et si constant désir d’innocence, de si persistantes références à la légalité, à l’inoffensive innocence des inculpés qu’il apparaît très distinctement que, pour l’essentiel, le référent démocratique indistinct continue à obscurcir la perception du présent politique de ceux qui s’y trouvent mobilisés. Pour être dans l’esprit du temps, la victimisation des inculpés, innocents par position et définition, va dans le sens de cet effacement hâtif et compulsif de tout ce que l’expérience qu’ils avaient entreprise comportait d’inéluctablement insupportable aux yeux des gouvernants. Insistons : nul ne saurait aujourd’hui entreprendre une politique radicale s’il n’entre pas dans la peau du coupable et de l’individu dangereux (ce qui ne signifie en faut, faut-il le préciser, se plier aux conditions d’une incrimination fondée sur une construction discursive hallucinatoire). C’est cela que fait disparaître la campagne de tonalité si morale, si vertueusement indignée, en faveur des inculpés et dont le présupposé implicite et aveugle est donc nécessairement que nous vivons, aujourd’hui comme hier, sous le régime d’un état de droit auquel ferait exception de manière si scandaleuse le traitement réservé à nos amis de Tarnac.

Étrangement, le sens commun du sujet de l’État démocratique (« nous sommes en démocratie, tout de même ! »), rudement mis à l’épreuve ces derniers temps, trouve matière à se raffermir sur ses bases à l’occasion de cette affaire : les incriminations volent en éclat, une partie des inculpés est remise en liberté, le procès s’annonce plutôt mal pour les instigateurs de l’affaire et, plus que jamais, Mme Alliot-Marie est sur un siège éjectable – rêverait-on plus belle leçon de démocratie en acte ? Le malheur est que, à l’examen, c’est tout le contraire qui est se discerne ici, au delà des effets de surface tranquillisants – l’implacable efficace des polices de tous ordres. Le si louable désir de vie coupable (au sens que Foucault donne à cette expression) qui animait nos jeunes gens se trouve dérobé sous le drapé de leurs bonnes origines et de leurs parcours d’excellence ; le corporatisme des « élites » fait le reste et, la messe ayant été dite par tant d’esprits éminents et penseurs de renom mondial, le pouvoir intellectuel administre une correction bien méritée au pouvoir policier. Bref, les choses rentrent dans l’ordre, l’erreur des agités sécuritaires qui conseillent le ministre de l’intérieur ayant été de sous-estimer ces pesanteurs bien françaises (le juge « antiterroriste » Gilbert Thiel rappelait, à l’occasion de l’affaire, qu’un précédent au moins s’était présenté récemment dans l’usage indiscriminé de l’imputation de « terrorisme » – lorsqu’un jeune postier un peu exalté avait fait sauter quelques radars routiers, se blessant gravement au passage [17] ; nul, alors, ne s’était soucié de pétitionner pour dénoncer l’extravagance de l’incrimination, ce n’était qu’un postier qui n’avait jamais frayé avec la philosophie ni entamé des études supérieures).

Une telle involution du processus engagé par la publication de L’Insurrection… et la création de la commune de Tarnac, détourné au profit d’une démonstration en faveur de la validité quand même, en dépit de tout, de la normativité démocratique – sinistre « leçon » – était-elle inévitable, dès lors que la machination policière avait pris forme ? On se permettra d’en douter. Il y eut, dans un passé plus ou moins récent, des exemples inoubliables de rassemblements pétitionnaires autour d’acteurs politiques, de militants, d’activistes de différentes causes radicales, et dont le propre était non pas d’ensevelir leur combat sous les gravats de l’idéologie moyenne de l’État démocratique allié au discours moral de la présomption d’innocence, mais bien de se solidariser avec leur combat, dans les formes et dans les termes que celui-ci proposait. Ce fut le cas avec l’appel des 121, pendant la guerre d’Algérie, qui, se solidarisant avec les insoumis et les déserteurs de l’armée française, faisait de ses signataires non pas des grands témoins de moralité inspirés par la charte de l’État de droit, mais bien des coupables par association. Ce fut aussi le cas des femmes de renom qui, en solidarité avec d’autres, anonymes, inculpées pour avoir avorté, proclamaient non pas leur indignation face à cette incrimination, mais déclaraient en avoir fait tout autant et réclamer leur propre mise en cause. On aurait aimé, dans le même esprit, voire les signataires de l’appel susmentionné non pas rappeler l’État démocratique à ses sacro-saints principes et l’exhorter à renoncer à l’usage de l’exception, mais bien plutôt se déclarer coupables des mêmes torts hétéroclites que ceux reprochés, aux accusés de Tarnac : détester les téléphones portables, être dissidents quoique issus de familles très convenables, refuser les prélèvements d’ADN, posséder une maison à la campagne , participer à des manifestations qui, parfois, tournent mal, citer Auguste Blanqui dans leurs écrits, avoir lu Pouget et Sorel, approcher, parfois, d’une voie ferrée, ne pas respecter la légalité en toutes circonstances et dans le moindre de ses détails, considérer l’insurrection comme un possible historique toujours actuel, etc., etc.
Assurément, un appel de cette tournure – tous Coupat, tous coupables ! – aurait produit un tout autre effet que celui qui a si fortement contribué à installer la défense des inculpés dans cette espèce de marécage antipolitique, peuplé de sage indignation, de dénis obstinés et de tant de bons sentiments.

D’une façon générale, autant que l’incapacité, ici manifeste, pour nos philosophes d’établir un geste politique sur leurs propres fondements théoriques, apparaît l’extraordinaire difficulté pour un infracteur ou supposé tel, de faire entendre dans une telle configuration, sa propre parole et ses propres raisons, à propos des actions ou des conduites qui lui sont reprochées. Au nom de la nécessité d’une défense efficace et réaliste, la parole de nos « communards » a été rigoureusement éteinte – et pas seulement parce que, pour certains d’entre eux, ils étaient enfermés – , de même que L’Insurrection a été déminé et pieusement rebaptisé « un essai politique qui tente d’ouvrir de nouvelles perspectives » [18]…
Le « Comité invisible » est devenu inaudible, lui qui avait su trouver les mots les plus justes pour exposer ses analyses et ses motifs, au moment où sa parole était le plus nécessaire – celui où se déversaient sur lui les accusations les plus biaisées et où prenait corps le travestissement de tout ce qu’il avait entrepris. Les derniers à travailler à une telle disparition, une telle dépossession n’ont pas été ceux pour qui cette affaire a été l’occasion de réintensifier la classique opposition entre peuple et plèbe, gens du monde et hommes infâmes ; les uns pour opposer le peuple travailleur qui aime son labeur et soigne son outil de travail (par opposition à ceux qui se disent allergiques à l’emploi et sabotent le bien public), les autres pour réintégrer de force dans le camp des gens convenables et innocents par origine et statut ceux qui, volontairement, avaient oranisé des lignes de fuite hors de ce qui, socialement, les « destinait ».

Dans les deux cas, il s’agit de faire en sorte que plus rien, ou le moins possible, ne demeure et s’exprime au grand jour de l’expérience propre de cette plèbe singulière et, surtout, que plus rien n’y fasse sens – seul étant appelé à persister le souvenir du rassemblement vertueux qui mit en échec (on peut, du moins, l’espérer à heure où l’on écrit) le montage policier – un concours de foule qui aura été, à l’échelle de Tarnac, l’équivalent de celui qui donna lieu, en mai 2002, au plébiscite « antifasciste » dont l’effet le plus manifeste a été d’ouvrir un voie royale à Sarkozy.

Les nombreuses années passées dans les prisons italiennes par Paolo Persichetti, après son extradition expéditive et félonne par les autorités françaises, la réincarcération de Jean-Marc Rouillan montrent que ceux qui se refusent jusqu’au bout à plier devant les injonctions à admettre, la tête basse, que seule la violence de l’État est légitime, à entrer dans le jeu abject des rites de repentance, de reniement et de soumission sont voués à subir une peine infinie. La dignité, en politique, de ce point de vue, se trouve, au moment où le tout venant des « élites » change de camp et de discours comme il change de voiture, repoussée au point le plus excentré – là où, envers et contre tout, ces militants se rendent insupportables à l’État et aux journaux en ne cédant rien, quoi qu’il doive leur en coûter, sur leurs convictions, sur leur passé. En ce temps où les palinodies, les reniements et la mise en œuvre de la règle « efface tes traces ! » font l’essentiel du bagage « éthique » de nos hommes politiques, il est remarquable que ceux des inculpés qui demeurent emprisonnés maintiennent, dans leur silence même, envers et contre tous les certificats de bonne conduite qui leurs sont décernés par leurs soutiens bien intentionnés, ce cap de l’intraitable.

C’est évidemment aujourd’hui le rêve ardent du Bunker sécuritaire, d’Alain Bauer à Sarkozy, en passant par tous les tâcherons de l’anti-terrorisme, de mettre la main sur des groupes activistes dont ils pourraient dire : voilà, les héritiers de la Bande à Baader et d’Action directe sont là, ils sont armés, prêts à tuer et en voici les preuves !
C’est leur rêve, car Dieu sait quelle providence politique, électorale représenterait, à défaut de tout autre, une telle chance d’exhiber la preuve tangible des risques et menaces innombrables qui nous assaillent !
Mais comme une telle manne n’existe pas, il a bien valu l’inventer en travestissant des discours et des conduites, inséparables de formes nouvelles de résistance ou de riposte en « terrorisme ». L’affaire de Tarnac aura eu au moins le mérite de dégonfler cette baudruche du « terrorisme » à géométrie variable – mais sans que la critique de ce vocable corrompu aille jusqu’à sa complète récusation : nombreuses sont les bonnes âmes qui pensent que l’accusation de terrorisme lancée contre ces jeunes gens était abusive et scandaleuse, mais qu’au demeurant la lutte contre le vrai terrorisme justifie bien, dans des circonstances données, quelques atteintes aux libertés publiques.
Or, la validation du vocabulaire et des schèmes discursifs de nos gouvernants n’est jamais que le début du consentement à ce qui nous réduit aux conditions du gouvernement qui établit comme sa règle légitime ce dont se nourrit l’état d’exception proliférant. Et ce n’est pas parce que les inculpés de Tarnac ne sont rien de ce qu’en a dit Mme Alliot-Marie relayée par quelques magistrats « antiterroristes » (encore le vocabulaire corrompu de l’ennemi) que L’Insurrection qui vient est une prophétie vide et une rodomontade sans conséquence ; n’est-il pas pour le moins singulier que les émeutes juvéniles qui ont éclaté en Grèce en décembre 2008, suite à l’assassinat d’un jeune par un policier à Athènes, aient sur le champ été entendues aussi bien par la presse que par les gouvernants de ce pays, Sarkozy en tête, comme un avertissement, voire le signe avant-coureur de ce à quoi il conviendrait de se préparer ? Du côté de l’État, des « experts » de toutes sortes, le syndrome de l’explosion sociale se développe, en conséquence de quoi sont mis en place toutes sortes de dispositifs destinés à faire face au « coup dur », à la situation d’urgence. On pourrait même dire qu’une telle commotion constitue pour eux l’un des scénarios non seulement du possible mais du souhaitable – tant ils sont en quête de dérivatifs face aux effets durables du tsunami financier de l’année 2008.

« Nous n’avons rien fait de mal, nous sommes irréprochables – l’Etat de droit, la Ligue des Droits de l’Homme et Daniel Cohn-Bendit avec nous ! » demeurent, dans cette conjoncture, des réponses un peu courtes et surtout mal dirigées. Sans succomber au charme facile des prédictions apocalyptiques qui annoncent sans frais l’imminence de la chute de notre « Ancien régime », nous gagnerions plutôt à dire : en de telles circonstances, il n’est pas exclu, en effet, que nous puissions devenir dangereux, que nous nous destinions à le devenir, tant ce qui nous gouverne est devenu abject, menaçant et insupportable !
Après tout, ce ne sont pas les exemples qui manquent, dans le présent, de pôles et de manifestations de radicalité qui, activement, organisent la résistance à cet insupportable – sans papiers, lycéens, enseignants, ouvriers grévistes, psychiatres même, que rien ne destine à se conduire en subversifs, révoltés par le décret présidentiel leur enjoignant de traiter désormais les malades mentaux en criminels…

Il est intéressant que, dans ce contexte où les lignes de tension et d’affrontement se multiplient, l’accent se trouve porté, en l’absence de toute capacité des appareils politiques traditionnels à se tenir à la hauteur de l’exaspération qui monte, sur les conduites davantage que sur les projets. Une nouvelle subjectivité de résistance et de défection émerge, qui trouve son expression dans la multiplication des proclamations et manifestations de désobéissance. Il ne s’agit pas tant de renouer avec le grand mythe de l’illégalité, du soulèvement violent et massif que de dire, simplement : dans ces conditions, nous n’obéirons plus, nos conduites deviendront ingouvernables, cesseront d’être programmables. Nous cesserons d’être les agents de ce que tentent de produire et reconduire ceux qui nous gouvernent, nous ne serons plus dans ces rôles, nous ne serons plus, si possible, là où nous sommes prévus et attendus.

C’est, pour l’essentiel, ce à quoi exhorte L’insurrection qui vient, et cela va un peu plus loin que « planter des carottes ». Mais ce ne serait pas la première fois que des parents découvriraient après-coup ce qu’ils ont toujours préféré ignorer – les talents cachés de leur progéniture.

[1] Comité invisible : L’Insurrection qui vient, La fabrique, 2007

[2] « Une critique du capitalisme cognitif comme on en trouve des dizaines sur les étals des librairies », statue Christian Salmon dans Le Monde du 5 décembre 2008

[3] Tiqqun, revue fondée en 1999.Deux numéros sortis. Théorie du Bloom a été réédition aux Edition La fabrique, Premiers matériaux pour une théorie de la Jeune-Fille aux Editions Mille et une nuits

[4] Il n’est pas le seul – voir à ce propos l’excellent numéro de la revue franco-italienne La Rose de personne, 3/2008, « Pouvoir destituant – les révoltes métropolitaines »

[5] Publiée en 1910, la brochure de Pouget, intitulée Le sabotage, a été rééditée en 1969, sans indication d’éditeur, puis en 2004 chez Mille et une nuits

[6] Op. cit. p. 83

[7] Ibid. p. 93

[8] Ibid. P. 84

[9] Un rapport de la sous-direction antiterroriste centrale de la police judiciaire, publié par Mediapart , fait état dans le détail de la participation de certains des inculpés à cette manifestation – comme si, dans ce pays, se mobiliser contre l’organisation de la politique sécuritaire anti-immigrés devait tout naturellement être considéré comme une action crypto-terroriste !

[10] Le Figaro du 13/11/2008

[11] Le Parisien du 12/11/2008

[12] Le Monde du 28/11/2008

[13] L’Insurrection… p. 70. Il est assez étrange de trouver sous la plume de Giorgio Agamben dans le texte qu’il écrit en défense des inculpés (Libération du 19/11/2008) la phrase suivante : «  Il s’agit [les actes imputés aux inculpés] de délits mineurs, même si personne n’entend les cautionner ». Il n’est pas sûr que le parti pris de respectabilité bourgeoise qu’adopte ici l’auteur de l’État d’exception soit destiné à servir ceux qu’il entend défendre ; il est plus probable qu’il achèvera de convaincre plus d’un observateur de l’embarras fréquent qu’éprouvent les philosophes à mettre leurs gestes politiques épisodiques en accord avec les analyses et principes qui s’énoncent dans leurs écrits

[14] Lettre ouverte des parents des inculpés, en date du 23/11/2008

[15] « L’écologie n’est pas seulement la logique de l’économie totale, c’est aussi la nouvelle morale du Capital », L’Insurrection, p. 63

[16] Voir à ce propos Michel Foucault : Sécurité, territoire, population, Cours au Collège de France, 1977-78, leçon du 1/03/1978

[17] Libération du 26/11/2008

[18] Lettre ouverte des familles, texte cité supra

01
Jan
09

L’affaire de Tarnac :un ordre psychotique

Parue ici.

Réflexion sur le fonctionnement de l’accusation de terrorisme.

Le 11 novembre 2008, dans le cadre de l’opération « Taïga », cent cinquante policiers encerclaient le petit village de Tarnac, en Corrèze. Simultanément, des perquisitions étaient menées à Rouen, Paris, Limoges et Metz. L’interpellation de dix jeunes gens était avant tout un spectacle destiné à créer l’effroi.

Leur arrestation serait en rapport avec des actes de sabotage de lignes de la SNCF, qui ont causé, le 8 novembre, le retard de certains TGV sur la ligne Paris-Lille. Les actes malveillants – l’arrachage de plusieurs caténaires – ont été qualifiés de « terroristes » alors qu’ils n’ont, à aucun moment, menacé la vie humaine. L’accusation, qui dit disposer de nombreux indices, reconnaît n’avoir aucun élément matériel de preuve.

C’est le profil des jeunes interpellés qui justifie leur mise en examen. Ils ont été arrêtés parce qu’« ils tiennent des discours très radicaux et ont des liens avec des groupes étrangers », et que nombre d’entre eux « participaient de façon régulière à des manifestations politiques », par exemple « aux cortèges contre le fichier Edvige et contre le renforcement des mesures sur l’immigration ». Quant à leur logement, il est désigné comme « un lieu de rassemblement, d’endoctrinement, une base arrière pour les actions violentes ».

Bien qu’accusés de constituer le « noyau dur d’une cellule qui avait pour objet la lutte armée », ils seront rapidement libérés, certains sous condition, d’autres assignés à résidence. Seul le « chef » et sa compagne resteront emprisonnés. Ce 26 décembre, la cour d’appel de Paris a, à la requête du parquet, annulé l’ordonnance de mise en liberté de Julien Coupat. La demande de libération de sa compagne avait été préalablement rejetée.

Le discours du pouvoir procède à un double déplacement : de simples actes de sabotage, comme il peut, par exemple, y en avoir dans un mouvement social, sont qualifiés de « terroristes », et ces actes sont nécessairement attribués aux jeunes de Tarnac, bien que la police reconnaisse l’absence de tout élément matériel de preuve. L’image du terrorisme érigée par le pouvoir crée un réel qui se substitue aux faits. Ceux-ci ne sont pas niés, mais toute capacité explicative leur est déniée. Les actes de sabotage ne peuvent être que le fait de personnes désignées comme terroristes. L’acte de nommer, antérieur à toute procédure d’évaluation objective, renverse celle-ci et l’enferme dans une forme vide.

L’absence d’éléments matériels permettant de poursuivre les inculpés n’est pas niée, mais la nécessaire prévalence des faits est renversée au profit de la primauté de l’image construite par le pouvoir. La position de la ministre de l’Intérieur, Mme Alliot-Marie, est particulièrement intéressante : « Ils ont adopté la méthode de la clandestinité. Ils n’utilisent jamais de téléphones portables et résident dans des endroits où il est très difficile à la police de mener des inquisitions sans se faire repérer. Ils se sont arrangés pour avoir, dans le village de Tarnac, des relations amicales avec les gens, qui pouvaient les prévenir de la présence d’étrangers. » Mais la ministre en convient : « Il n’y a pas de traces d’attentat contre des personnes. »

Ces déclarations résument bien l’affaire. Ce qui fait de ces jeunes gens des terroristes, c’est leur mode de vie, le fait qu’ils tentent d’échapper à la machine économique et qu’ils n’adoptent pas un comportement de soumission « proactive » aux procédures de contrôle. Ne pas avoir de téléphone portable devient un indice établissant des intentions terroristes. Rétablir le lien social est également un comportement incriminé, puisque cette pratique permet de poser un cran d’arrêt au déploiement de la toute-puissance de l’État.

Dans ces déclarations, la référence aux faits, en l’absence de tout indice matériel probant, ne peut être intégrée rationnellement et engendre une phase de délire, une reconstruction du réel avec l’image du terrorisme comme support.

Ce processus est également visible dans les rapports de police, dans lesquels s’opère, au niveau du langage, toute une reconstruction fantasmatique de la réalité. Ainsi, comme indice matériel prouvant la culpabilité des inculpés, la police parle de « documents précisant les heures de passage des trains, commune par commune, avec horaire de départ et d’arrivée dans les gares ». Un horaire de la SNCF devient ainsi un document particulièrement inquiétant, dont la possession implique nécessairement la participation à des dégradations contre la compagnie de chemins de fer.

La mise en scène de l’arrestation et de l’inculpation des « autonomes de Tarnac » est un phénomène qui révèle une mutation profonde de l’ordre symbolique de la société.

Le pouvoir a la possibilité de créer un nouveau réel, une virtualité qui ne supprime pas mais qui supplante les faits. La faiblesse du mouvement social, la faillite de la fonction symbolique expliquent l’absence de frein opposé à la toute-puissance de l’État qui se montre en tant qu’image englobante, en tant que figure maternelle.

À un ordre social qui se révèle contradictoire se substitue une structure psychotique, un ordre qui supprime tout conflit, toute possibilité de confrontation avec le réel.

Tribune de Jean-Claude Paye pour L’Humanité

18
Déc
08

Christ ou caténaire? Du sacrilège religieux au sacrilège laïque

Publié sur Médiapart : http://www.mediapart.fr/club/edition/les-invites-de-mediapart/article/131208/christ-ou-catenaire-du-sacrilege-religieux-au-s

et repiqué ci-dessous :
Pourquoi les sabotages des lignes TGV avaient-ils une telle importance?
Pourquoi fallait-il un tel déploiement de force? De telles mesures d’exception?

Par Elisabeth Claverie et Luc Boltanski
Parce que cette affaire redonne vie à une figure criminelle que l’on croyait oubliée: le sacrilège. Pour les coauteurs d’Affaires, scandales
et grandes causes*, on retrouve à Tarnac les ingrédients d’un scandale judiciaire historique, celui du chevalier de la Barre, qui avait mobilisé Voltaire.

Dans la nuit du 8 au 9 août1765 des coups de couteau sont portés sur le crucifix du pont d’Abbeville. Le 10 au matin, averti par une rumeur, le procureur du roi se rend sur les lieux et dresse procès verbal. Une enquête est lancée, elle ne donne rien, personne n’a rien vu. Néanmoins les soupçons, toujours guidés par la rumeur, se portent sur un groupe de jeunes gens et particulièrement sur l’un d’entre eux, considéré comme leur chef, François-Jean Lefebvre Chevalier de La Barre, issu d’une bonne famille de la région et neveu de l’abbesse de Willancourt. Des délateurs se présentent affirmant qu’on l’a entendu chanter des chansons libertines et s’être vanté d’être passé devant une procession du Saint Sacrement sans se découvrir. Cinq jeunes gens sont interrogés. Trois parviennent à s’enfuir, mais deux sont arrêtés, Le Chevalier de la Barre et le sieur Moisnel, âgé de 15 ans. Les autorités de la ville font grand bruit autour de l’affaire et organisent, en grande pompe, une cérémonie dite de « l’amende honorable » avec évêque, corps constitués, tocsin, cierges, messe solennelle et procession suivie par une foule dévote. Une perquisition menée au domicile de La Barre amène à la découverte de
livres interdits dont le Dictionnaire philosophique de Voltaire.
L’affaire remonte jusqu’à la Cour et jusqu’au roi lui-même, bien décidé à faire un exemple, d’autant plus frappant que le principal prévenu est issu de la bonne société et qu’il est défendu par des philosophes des Lumières et par l’opinion éclairée, ce qui donne à l’affaire, locale à
l’origine, une dimension nationale. Accusé de sacrilège, le Chevalier est condamné à mort malgré l’absence de preuve. Il est torturé, a le
poing et la langue coupés, est décapité, puis est brûlé avec l’exemplaire du dictionnaire philosophique attaché à son corps. Il a 19 ans.

Cette affaire serait sans doute demeurée dans les archives judiciaires si Voltaire ne lui avait donné un grand retentissement en prenant
publiquement fait et cause pour La Barre et ses coaccusés. Il rédige la Relation sur la mort du chevalier de La Barre et le Cri d’un sang
innocent, pour lesquels il sera condamné, sans que la sentence puisse être exécutée du fait de sa présence en Suisse. C’est à cette occasion
que Voltaire met en place de nouvelles stratégies de défense qui prennent appui sur l’opinion publique et sur les pouvoirs de la raison
éclairée contre le pouvoir de la raison d’Etat. Ces moyens de défense de la liberté seront promis à une longue postérité, notamment, à la fin du XIXe siècle, lors de l’affaire Dreyfus. Ils ont constitué l’un des instruments principaux de la formation de ce que l’on appelle, depuis le grand livre de Jurgen Habermas, l’espace public et, avec lui, de la démocratie.

Et pourtant, deux siècles et demi plus tard, dans notre démocratie française, des événements similaires par leur forme, sinon ? au moins
peut-on l’espérer ? par leurs conséquences, se renouvellent. Le Pouvoir d’Etat, qui ne se réclame plus du droit divin, est privé de la ressource du sacrilège religieux, qui ne fait plus peur à personne. Mais cela ne l’empêche pas de mettre en scène sa puissance et de chercher à susciter une indignation unanime, en invoquant ce que l’on pourrait appeler un sacrilège laïque : la dégradation, temporaire et sans conséquence sur le plan humain, de machines qui ? comme chacun sait ?, font « l’honneur de la France » et qui sont investies par là d’une haute valeur symbolique : les TGV. Suivent d’autres éléments, dont la similitude avec ceux de l’affaire du chevalier de La Barre sont frappantes. Des jeunes gens, dont le principal forfait est leur volonté de vivre autrement et qui, circonstance aggravante, sont des intellectuels ayant renoncé à leurs privilèges pour partager, dans un village, la condition précaire qui est aujourd’hui celle de millions de personnes, sont hâtivement incriminés et embastillés sans preuves, mais à grand bruit. Comme dans l’affaire du chevalier de La Barre, tout ce qui tient lieu de preuve se résume à la possession d’un livre considéré comme subversif. Non plus, cette fois, le Dictionnaire philosophique, pieusement commenté de nos jours dans les écoles de la République, mais L’insurrection qui vient. Il faut noter
pourtant une différence. Tandis que le chevalier et ses compagnons sont accusés d’actes qu’ils sont supposés avoir commis, nos amis de Tarnac sont accusés d’actes qu’ils pourraient commettre, mais dans un avenir indéfini. L’univers totalitaire anticipé par Steven Spielberg dans Minority report, se met ainsi en place, à nos portes, sous nos yeux. Il fait pâlir d’envie les instruments, qui paraissent aujourd’hui bien rudimentaires, dont pouvait user le pouvoir absolutiste de l’Ancien Régime.

Le chevalier de La Barre est devenu une icône de la libre pensée. Des associations, des commémorations, des livres innombrables célèbrent sa mémoire. Son martyr annonce avec éclat l’explosion de la Révolution qui vient, celle de 1789. Les pouvoirs qui se réclament aujourd’hui de cette révolution seraient avisés de renoncer à la stratégie à courte vue consistant à chercher à éloigner l’Insurrection qui vient en faisant de nouveaux martyrs. Même ceux qui ne connaissent d’autre raisons que la raison d’Etat, doivent savoir aussi, parfois, faire marche arrière. Ne serait-ce que pour échapper au ridicule.

Il faut libérer immédiatement Julien et Yildune.

* Elisabeth Claverie est directrice de recherche au CNRS. Luc Boltanski est directeur d’études à l’EHESS. Ils ont publié en 2007 (avec Nicolas Offenstadt et Stephane Van Damme) un ouvrage collectif consacré à l’histoire de la forme affaire : Affaires, scandales et grandes causes (Paris, Stock).

17
Déc
08

L’ultra-gauche, « un pur montage », enquête de Médiapart

Nous reprenons ici les vidéos réalisées par Médiapart ainsi que les liens vers les différents articles :

1er article : « Un pur montage »

2ème article : Retour sur un emballement médiatique

16
Déc
08

Acte de terrorisme ? 92.500 foyers sans électricité !

Trouvé sur Mediapart.fr

Lundi 15 décembre, 21h45 (PAF)

Plus de 92.000 foyers étaient privés d’électricité, lundi après-midi 15 décembre, dans le Massif central. Une réunion de crise se tient ce soir à l’Elysée avec notamment la ministre de l’Intérieur et le tout nouveau ministre de la relance, M. Deviedjian. Des contacts permanents ont lieu avec les préfets de la région et des départements concernés, eux-mêmes coordonnant secours et chasse aux fauteurs de trouble.


En effet, plusieurs témoignages, dignes de foi, recueillis par les agents de la surveillance des territoires et des policiers du RAID héliporté, portent à croire que de petits groupes munis de congélateurs portables dernier cri et de canons à neige auraient volontairement gelé et enneigé plusieurs kilomètres de lignes électriques. Visant des installations difficiles d’accès pour les équipes de l’ERDF qui ont mission de réparer les dégâts, il est impossible, pour l’heure, de dire quand l’alimentation électrique pourra être rétablie.

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Mme Alliot-Marie a déclaré sur le perron de l’Elysée : « Les premiers éléments de l’enquête tendent à prouver qu’un réseau d’autonomes, jouissant de complicités locales et professionnelles, ont délibérément privé la population de l’Auvergne de courant électrique. Ces actions, non revendiquées, sont à rapprocher de celles de la « cellule invisible » ultra-gauche arrêtée à Tarnac. Les modes opératoires, néanmoins, diffèrent totalement. Aucun rapprochement ne peut être fait à cette heure même s’il s’agit d’actions terroristes de même nature. L’ensemble du dispositif épervier nocturne a été mis en place et tout sera fait, croyez-le bien, pour arrêter ces éléments nocifs».

15
Déc
08

9 de Tarnac : communiqués de soutien des organisations.

Les communiqués des organisations politiques traditionnelles sont des plus rares…

On en publie certains, ceux qu’on a vus. N’hésitez pas à nous en signaler d’autres.

Communiqué de la LDH
Plusieurs personnes ont été arrêtées à Tarnac puis déférées à la Section antiterroriste du parquet de Paris après une garde à vue de 96 heures, c’est-à-dire le maximum autorisé par la législation d’exception dite « antiterroriste », le tout sous l’œil des caméras et des journalistes.

Les procès-verbaux des interrogatoires de garde à vue ont été rendus publics, comme certains rapports de synthèse des services de police, et la ministre de l’Intérieur a cru devoir porter des accusations de terrorisme contre les personnes mises en cause.

Une nouvelle fois, la Ligue des droits de l’Homme dénonce une procédure qui ne s’embarrasse pas du respect des libertés individuelles et se déroule sous l’œil de médias alimentés d’informations uniquement à la charge des personnes mises en cause. Cette violation, devenue permanente de la présomption d’innocence, y compris par des services de l’Etat ou par des responsables politiques, marque un affaiblissement inacceptable de l’Etat de droit.

La LDH regarde avec inquiétude l’extension de l’accusation de terrorisme à toute forme de contestation sociale et politique alors même que, dans le cas présent et de l’aveu même de la ministre de l’Intérieur, aucune vie n’a jamais été mise en danger, ni même susceptible de l’être. Le terrorisme est une menace trop sérieuse pour que l’on cède en la matière à des instrumentalisations et à des gesticulations sécuritaires.

La LDH dénonce la méthode de gouvernement qui conduit à exploiter chaque fait divers et à criminaliser toute critique de l’ordre établi pour réduire les libertés civiles et politiques.

Paris, le 27 novembre 2008

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Communiqué de Sud Education

Libération immédiate des inculpés de Tarnac !
Abrogation de la circulaire du 13 juin 2008 !

jeudi 27 novembre 2008

Le 11 novembre dernier, 150 policiers cagoulés et 2 hélicoptères ont mené une opération coup de poing en présence des caméras pour interpeller et inculper neuf jeunes, soupçonnés d’« association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». Ils sont suspectés d’avoir dégradé et mis hors service des caténaires de la SNCF. Depuis la circulaire antiterroriste du 13 juin 2008, une telle inculpation est passible de 20 ans de réclusion.

Or, à ce jour, le dossier est vide, ce dont a témoigné leur avocate Me Irène Terrel (« découverte » d’un livre en vente libre dans n’importe quelle librairie de textes théoriques passablement abstraits,, de matériel d’escalade…). Cependant cinq de ces jeunes de la ferme de Tarnac sont incarcérés à titre préventif pour une durée indéterminée.

La disproportion grotesque entre les moyens policiers déployés, la qualification retenue par le procureur de paris, M. Marin, et les faits incriminés, nous conduisent à exiger la libération immédiate des cinq jeunes.
Depuis des mois, la police, le Ministère de la Justice, les grands médias ont construit de toutes pièces une nouvelle figure de « l’ennemi intérieur » : le « terroriste d’ultra-gauche ». Une image utilisée hier contre les militants du RESF, contre des sans-papiers, aujourd’hui contre des jeunes vivant en communauté à la campagne.
Qui peut, sérieusement, parler ici de « terrorisme » ?
Qui a peur des jeunes de Tarnac ?
Qui est terrorisé par RESF ?

Nous dénonçons la législation antiterroriste de juin 2008 qui permet aujourd’hui d’inculper pour « terrorisme » n’importe qui pour n’importe quoi.

Nous dénonçons le terrorisme d’état , bien réel celui-là, qui, avec le fichier Edvige, Cristina et autres, les tasers, Vigipirate, les prélèvements ADN, le fichier base-élèves, le flicage « veille de l’opinion » de Darcos, le délit d’outrage, le GIGN envoyé contre des grévistes, traîne des fonctionnaires et des citoyenNEs devant les tribunaux et pousse des sans- papierEs à se défénestrer à la vue des forces de police. Face à ces lois d’exception qui se mettent progressivement en place et qui visent à réduire au silence toute tentative de contestation, il faut affirmer qu’aucune menace d’« ultra-gauche » n’existe aujourd’hui dans notre pays.

Sud Éucation dénonce cette tentative de manipulation de l’opinion et la construction imaginaire d’un risque « anarcho-autonome ».

Sud Éducation exige que les jeunes de Tarnac soient libérés immédiatement, car il est insensé de les traiter en terroristes, alors que leur détention préventive risque de les condamner avant même qu’ils soient jugés.

Sud Éducation exige l’abrogation immédiate de la circulaire du 13 juin 2008 qui menace n’importe quel citoyen français de procédures d’exception inacceptables et promet de futures tragédies judiciaires, comme celles des « flops » des Irlandais de Vincennes, des « Moujahidines » iraniens de Auvers-sur-Oise, etc.


Sud Éducation appelle à rejoindre le comité de soutien de Tarnac.

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Communiqué des Verts

L’affaire des irlandais de Tarnac ?
Réaction presse de Cécile Duflot du 29 novembre 2008

Le 11 Novembre 2008, la police a procédé à quinze interpellations et par la suite à la mise en examen de neuf personnes, dans le cadre d’une enquête concernant la pose d’engins ayant détruit des caténaires sur les voies de TGV. 17 jours après, où sont les aveux ou les preuves de « terrorisme » promises à grand renfort de communiqués ? Posséder une échelle et des horaires de train suffit-il pour être déféré devant le parquet anti-terroriste ?

Les Verts ont condamné ces actes de vandalismes commis sur les caténaires, qui ont paralysé des milliers d’usagers du train. Les Verts ont toujours été défenseurs de la non-violence, même si elle peut être active, et des règles démocratiques.
Pour autant, les Verts sont aujourd’hui inquiets face à l’abus de langage que constitue, jusqu’à présent, l’accusation de ces neuf personnes « d’entreprise terroriste ». Les procédures d’exception mise en oeuvre dans ce cadre ne correspondent pas aux normes d’une justice respectueuse des droits humains.
Cette opération disproportionnée, en l’absence de preuves formelles, menée à grand bruit médiatique a-t-elle vraiment pour objectif de « lutter contre le terrorisme » ? Le but n’est-il pas de se construire des « ennemis de l’intérieur » à partir d’une petite communauté qui prône l’anti-consumérisme et un autre modèle de société (communauté qui rappelons-le n’a jamais menacé aucune vie humaine) ?
Les déclarations médiatiques de la Ministre de l’Intérieur et l’acharnement à condamner ces citoyens en l’absence d’indices clairs bafouent le principe fondamental de la présomption d’innocence. Cette stratégie ne fait qu’exacerber les tensions et ne respecte pas les libertés publiques.
Les Verts demandent la requalification des accusations retenues contre les neufs inculpés du 11 Novembre, et en l’absence de preuves formelles appuient la demande de remise en liberté des cinq détenus en attendant leur jugement.
Les Verts rappellent leur attachement aux principes qui fondent notre vie en société, ceux-là même au nom desquels nous portons des jugements sur les pratiques des autres pays. Les opérations policières disproportionnées qui ont été menées de Villiers-le-Bel à Tarnac, en tentant souvent d’instrumentaliser les médias, doivent nous encourager à ne pas hurler avec les loups. Il faut au contraire, plus que jamais, ne s’attacher qu’aux faits et faire en sorte que le justice puisse être rendue, en l’absence de pressions politiques.
Cécile Duflot, Secrétaire Nationale des Verts

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Communiqué du PCF

Les personnes arrêtées à Tarnac ont été déférées à la section antiterroriste de Paris après une garde à vue de 96 heures. Tout cela avec une très forte médiatisation et des interventions publiques, y compris de la Ministre de l’Intérieur.
Nous constatons, hélas, que la banalisation d’une législation d’exception – contre laquelle nous avons voté depuis 2002 – met à mal des principes élémentaires du respect des droits des personnes, comme la présomption d’innocence.

Le PCF dénonce la méthode du gouvernement.
Une telle banalisation fait craindre une possible utilisation de l’accusation de terrorisme pour diverses formes de contestation sociale et politique.

A l’heure actuelle, la présomption d’innocence des personnes arrêtées à Tarnac doit être respectée. L’enquête doit suivre son cours dans le respect de la loi, sans récupération médiatiques. La justice doit se prononcer sur ces actes, pour ce qu’ils sont, et sans subir une pression médiatico-politique.


Parti communiste français
Paris, le 28 novembre 2008.

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Communiqué de la LCR.

La remise en liberté de trois des cinq emprisonnés du groupe de Tarnac par la cour d’appel de Paris ne fait que démontrer l’inanité de l’accusation de terrorisme, complaisamment colportée par les enquêteurs et le pouvoir politique. Ces arrestations à grands renforts de forces policières et très médiatisés sont un des signes d’une dérive sécuritaire et liberticide, galopante, de plus en plus affirmées.

Que ce soit la scandaleuse et brutale arrestation d’un ancien directeur de publication de Libération, Vittorio de Filippis, accusé de diffamation, que ce soit la perquisition dans un collège du Gers avec des chiens policiers qui ne peut que traumatiser de jeunes collégiens, chacun de ces événements voient les libertés publiques mises à mal.

N. Sarkozy porte une lourde responsabilité en la matière. Le discours sécuritaire, qu’il véhicule depuis plusieurs années, agrémenté d’agressions verbales, visant à stigmatiser tous ceux et toutes celles qui portent une parole différente de la sienne ne pouvait que déboucher sur une police, et parfois une justice, à son image.

Fréquemment, des sans-papiers, des jeunes sont victimes des mêmes agissements dégradants dans l’anonymat le plus total.

La LCR affirme sa totale solidarité avec les victimes de ces agissements inhumains. Les libertés publiques sont menacées. Il y a urgence à se rassembler pour les défendre.

Le 2 décembre 2008.

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Communiqué de la LDH

décembre 2008, une série inquiétante de faits qui se répete

Le 28 novembre 2008 à 6h30 du matin, la police sonne au domicile d’un journaliste de Libération. Il est, devant ses jeunes enfants, menotté, humilié, traité de manière insultante. En garde à vue, il sera contraint de se déshabiller entièrement et soumis à deux fouilles intégrales. Motif : 2 ans plus tôt, un commentaire avait été laissé sur le site de Libération par un internaute à propos d’une procédure judiciaire ; la personne visée par cette procédure avait porté plainte pour diffamation contre le journaliste qui était à l’époque directeur de publication. Affaire banale, la justice de la République en a traité des centaines.

Quelques jours plus tôt, la police recherche en Limousin les auteurs de plusieurs sabotages, dont la ministre de l’Intérieur elle-même reconnaît qu’il n’ont mis aucune vie en danger. Là encore, intrusion violente en pleine nuit dans les domiciles ; fouilles et arrestations d’une brutalité qui a provoqué l’indignation dans toute la région. Les personnes arrêtées, pourtant présumées innocentes, sont présentées à l’opinion comme de dangereux terroristes, en violation délibérée du secret de l’instruction.

Une semaine auparavant, le 17 novembre 2008, 4 gendarmes et un maître-chien font irruption à l’improviste dans dix classes du collège de Marciac, dans le Gers. Sans un mot, le chien est lancé à travers les classes. Les enseignants ne peuvent obtenir aucune explication. Trente jeunes « suspects » sont regroupés dans une salle, fouillés, parfois déshabillés ; leurs témoignages relatent des propos humiliants, menaçants et agressifs face à ces élèves tous traités comme des dealers présumés. En sortant, les gendarmes, qui n’ont rien trouvés, félicitent tous les élèves pour avoir « caché leur came et abusé leur chien ».

Point commun entre ces trois affaires : un journaliste à Paris, quelques villageois en Limousin, quelques dizaines de collégiens dans le Gers, sont présumés être de dangereux malfaiteurs et traités de manière brutale, humiliante et pour le moins disproportionnée par rapport aux missions de la police judiciaire.

Liberté de la presse, présomption d’innocence, droit des justiciables, et simple respect en toute circonstance de la dignité des personnes : qu’est ce qui, dans l’attitude des autorités politiques, laisse croire à des magistrats, à des gendarmes, à des policiers qu’ils peuvent impunément ignorer toutes ces règles constitutionnelles et internationales de production des droits de l’Homme ?

La LDH considère qu’il est urgent de réagir contre des dérives de plus en plus inacceptables de pratiques judiciaires et policières qui deviennent incompatibles avec l’Etat de droit

Communiqué de Presse
L’Union juive française pour la Paix a pour vocation principale d’intervenir sur le conflit israélo-palestinien, là-bas et ici, ainsi que sur ses répercussions en France, en faisant entendre une voix juive laïque. Ces combats, pour être menés, supposent le plein usage des libertés démocratiques.

C’est pourquoi l’UJFP, qui porte la mémoire douloureuse des conséquences désastreuses de la violation de l’état de droit, s’alarme d’un grand nombre d’atteintes récentes et graves aux droits humains. C’est le cas de la chasse aux étrangers dont Brice Hortefeux et les Préfets se font les agents zélés, afin d’atteindre d’inhumains quotas de sinistre mémoire, sans épargner, comme autrefois, les enfants. C’est le cas des mesures répressives surdimensionnées, dont des contrôles préventifs, à la montée des cars, à l’occasion d’une manifestation, à Vichy, contre la réunion provocatrice, quant au lieu et au thème, par le même ministre, de ses collègues européens.

C’est le cas de l’interpellation récente et musclée d’un journaliste, une grave atteinte à la liberté de la presse, ou de l’intervention scandaleuse de gendarmes et de chiens dans un établissement scolaire, dans le Gers. C’est enfin le cas, mais la liste est loin d’être limitative, du montage idéologique qui a conduit à interpeller, inculper et emprisonner neuf personnes, tenant une épicerie à Tarnac. La ministre de l’Intérieur, largement relayée, en boucle, par une grande partie de la presse écrite et audiovisuelle, a voulu les faire passer pour des nouveaux « ennemis intérieurs » qui auraient été liés au terrorisme international.

En réalité, trois semaines après, la bulle « terroriste » se dégonfle, tant il apparaît qu’aucune charge réelle ne peut être reconnue contre eux, à moins que la lecture d’un ouvrage en vente libre (« L’insurrection qui vient » –Eric Hazan, éditeur-) ne soit considérée comme telle, ce qui serait le signe d’une vraie dégradation de l’état des libertés en France.

Ces mesures répressives s’aggravent d’année en année, depuis un certain onze septembre, du fait du ministre de l’Intérieur, Sarkozy, puis du même, devenu président de la République qui aligne la France sur la politique étatsunienne d’un prétendu « choc des civilisations ». Elles n’ont, hélas, rencontré, au début, que peu d’opposition de la part des organisations démocratiques et de défense des droits de l’homme.

C’est pourquoi, l’UJFP, considérant que la limite est dépassée :

  1. Condamne fermement toutes les mesures répressives du gouvernement et la criminalisation des mouvements sociaux et s’oppose au délire sécuritaire qui s’installe.
  2. Prendra toute sa place aux côtés des organisations démocratiques en vue de défendre les libertés et l’État de droit.
  3. Exige la libération de Jean-Marc Rouillan, remis en prison, pour refus de repentance.
  4. Exige la libération immédiate des deux derniers emprisonné-e-s de Tarnac et la levée des inculpations.
  5. Appelle tous les citoyens à la vigilance pour la défense des libertés démocratiques menacées et l’Etat de droit.

Paris, le 8 décembre 2008,
Le Bureau National de l’UJFP

14
Déc
08

Libération – Stéphane Rials – «Ne pas oublier l’héritage du droit»

«Ne pas oublier l’héritage du droit»

Publié ici. Le 3 décembre

STÉPHANE RIALS, professeur (universitaire de France-Paris-II). Auteur d’«Oppressions et résistances» (PUF)

En France, le 2 décembre n’est pas un jour faste… Une chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a partiellement suivi les réquisitions du parquet en maintenant en détention Julien Coupat et sa compagne. Il est trop tôt pour juger avec sérieux un choix dont les motifs sont ignorés. Mais, s’il s’agit des libertés et des droits, il est permis de ne pas se sentir très bien ces temps-ci.

Chacun admet qu’il n’est pas souhaitable – si la preuve en est administrée – qu’une poignée d’enfants tristes persistent à jouer au train électrique à un âge où ils devraient jouer en Bourse. Nul ne nie que le sabotage de caténaires avec des fers à béton ne doit pas être encouragé. Mais, à l’heure de Bombay, la conscience commune est troublée par la caractérisation de l’épisode du Lille-Paris comme «terroriste». La presse audiovisuelle avait immédiatement évoqué des «actes de malveillance». C’est bien de cela qu’il s’agissait : ni terreur, ni effroi, ni épouvante, rien qui évoquât une «entreprise terroriste», si les mots ont un sens.

Le parquet a d’ailleurs cru bon d’évoquer l’insoutenable violence programmatique des textes du Parti imaginaire et du Comité invisible. Ce qui frappe à la lecture de ceux qui sont accessibles, ce n’est pourtant pas un ton prometteur de sang. Ce sont plutôt des ambitions littéraires, philosophiques ou sociologiques, inégalement couronnées de succès. L’insurrection qui vient (titre laforguien car l’on refusera de croire qu’il s’agisse d’une pénible réponse à Alain Finkielkraut) amuse par ses «cercles» dantesques ou par son «en route !» huysmansien… Quant à l’Appel, que certains évoquent avec un air entendu, l’on pourra juger inadaptée la présentation plus ou moins spinoziste retenue pour un texte peu serré. Mais pas qu’il s’agit d’un brûlot.

J’évoquais le sens des mots. Mais celui-ci est conventionnel (et pour finir soumis au rapport de forces). L’affaire du TGV n’est pas terroriste selon nos usages ordinaires. Mais autre est la langue du législateur («au sens de la loi du», écrivent volontiers les juristes…) Les articles 421-1 et suivants du code pénal sont très préoccupants. Ils disposent en effet que «constituent des actes de terrorisme», non seulement beaucoup d’actes dont le lien avec toute perspective violente pourrait être ténu, mais nombre de situations objectives très vagues. En lisant l’article 421-2-1, ainsi, on se dit que le dimanche, ceux qui ne travailleront pas feront bien de consommer sagement et de fuir toute vie associative…

N’en doutons pas : il y a aujourd’hui un danger terroriste qui n’est pas le fruit de la seule imagination manipulatrice de certains gouvernants. Il n’est pas impossible qu’il ne faille des mesures particulières pour le combattre. Il est assurément préférable de prévenir des actions terroristes dont certaines pourraient emporter des effets qu’on ne saurait guérir. Nous n’aurions pas dû pour autant oublier l’héritage de notre culture du droit, renoncer à concilier plus justement les impératifs, à mieux proportionner les moyens aux fins et aux risques. En permettant qu’on applique un très sévère régime d’exception à des situations qui ne sont pas des situations d’exception, le législateur nous a conduits, nous le savons aujourd’hui, hors de toute modération.

13
Déc
08

L’Ultra-gauche est aussi en Aveyron !

Des terroristes aveyronnais s’en prennent à la population locale ! Que font MAM et les directions anti-terroristes ?

10
Déc
08

Ultra-gauche : manipulation de France Inter

Lors de sa diffusion sur FRANCE-INTER cette interview à été tronqué à 1min 13sec de cette vidéo. Denis Astagneau a effectué une coupe, au bon moment… permettant de livrer un « scoop » à l’auditeur : le reportage a été coupé pour lui faire dire à peu près le contraire de ce qu’il disait.

10
Déc
08

Ultra-gauche : articles de l’Humanité

Plusieurs articles publiés sur L’Humanité :

08
Déc
08

Tarnac: «La ministre de l’Intérieur est dans une construction idéologique du terrorisme»

De Libération.fr (voir ici)

Un entretien avec le député vert européen Daniel Cohn-Bendit et les parents d’une des mises en examen dans l’affaire de destruction des caténaires SNCF.

Tarnac: «La ministre de l\’Intérieur est dans une construction idéologique du terrorisme»

05
Déc
08

Acrimed et l’ultra-gauche

Pris sur ACRIMED :

Tripatouillage sur « l’ultra-gauche », en direct de France Inter ;

– « Ultra-gauche » : Les jeunes de Tarnac (encore) trahis par les médias (SNJ-CGT) ;

02
Déc
08

Ultime Hyper Totale Gauche (UHT)

Pris ici !

Ultime Hyper Totale gauche
texte et musique : la Parisienne Libérée

Qui en veut à la seuneuceufeu?
Qui déclare la guerre aux caténaires?
Allo les studios, je suis dans le bureau
Où est interrogé le terroriste de l’UHT :

Ultime Hyper Totale gauche
A gauch’ de la gauch’ de la gauch’
De l’extrême gauche
Ultime Hyper Totale gauche
Bien pire que la gauche de la gauche
De toutes les gauches

Ca fait des mois qu’on te suit
Toi et ton groupuscule
On sait tout sur ta vie
Et celle de ta cellule

Tu t’intéresses aux trains
Tu flânes près des chemins de fer
Si j’en crois les témoins
T’as même pris les horaires?

Dans ta bibliothèque
Parait qu’ya des bouquins
Et d’après notre enquête
T’en as mêm’ lu certains

UHT
Ultime Hyper Totale gauche
A gauch’ de la gauch’ de la gauch’
De l’extrême gauche
Ultime Hyper Totale gauche
Bien pire que la gauche de la gauche
De toutes les gauches

Finies les projections
Et les choucroutes-parties
L’Etat dans son action
Sera direct aussi

Détournement de brouettes
Là tu risques vingt ans
A moins qu’ce soit perpet’
Si t’avoue pas maint’nant

Le procureur constate
Qu’il ya dans ton garage
Des tuteurs à tomates
C’est pour les sabotages?

UHT
Ultime Hyper Totale gauche
A gauch’ de la gauch’ de la gauch’
De l’extrême gauche
L’Ultime Hyper Totale gauche
Bien pire que la gauche de la gauche
De toutes les gauches

Le jugement est tombé
Fini le jardinage
Pour toi ça va chauffer
Sous les navets la plage

Une bombe atomique
Demain sera lâchée
Contre le membre unique
De ta communauté

T’étais le premier leader
D’un mouvement anarchiste
Le seul spéculateur
Anti-captitaliste

UHT
Ultime Hyper Totale gauche
A gauch’ de la gauch’ de la gauch’
De l’extrême gauche
Ultime Hyper Totale gauche
Bien pire que la gauche de la gauche
De toutes les gauches

Et si les caténaires
Continuent à tomber
C’est qu’ya des courants d’air
C’est qu’le vent a soufflé
Oui si les caténaires
Continuent à tomber
C’est qu’ya des courants d’air
Et qu’le vent a soufflé

Qui en veut à la seuneuceufeu?

30
Nov
08

Les briseurs de caténaires font dérailler la justice

Article du canard enchainé :

Les briseurs de caténaires font dérailler la justice (Canard enchainé)

Les briseurs de caténaires font dérailler la justice (Canard enchainé)

29
Nov
08

«Je savais qu’ils n’avaient rien contre moi», interview de Mathieu

Publiée par le Paris Normandie, cette interview revient sur l’arrestation musclée, la garde à vue et les raisons de cette arrestation (un peu). Prise ici.

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Placé en garde à vue pendant quatre jours, le Rouennais Mathieu tente de comprendre aujourd’hui les raisons qui ont poussé la justice à s’intéresser à lui et à ses amis (photo Boris Maslard)

«Le troisième jour de garde à vue a été le plus dur à vivre. Je commençais à vraiment être éprouvé et sans commencer à voir le bout du tunnel.» Après une centaine d’heures de garde à vue vécue la semaine passée dans le cadre de l’enquête sur les sabotages à la SNCF, Mathieu B. est plutôt en forme.

Même s’il confie «avoir perdu cinq kilos», il est le moins marqué des trois Rouennais éprouvés nerveusement et psychologiquement par cette épreuve qui s’est déroulée dans les locaux de la sous-division anti-terroriste à Levallois et Nanterre.

Fragiles depuis leur libération samedi après-midi, notamment victimes de troubles du sommeil, Elsa B. et Bertrand D. ne souhaitent pas s’exprimer publiquement. Dans un autre état d’esprit, Mathieu B. a répondu aux sollicitations des médias. Filmé hier après-midi par une équipe de Sept à huit, l’émission de reportages de TF1, l’étudiant âgé de 27 ans, fraîchement diplômé de l’école des Hautes études en sciences sociales, s’est aussi longuement confié à notre journal.

Dans quelles conditions avez-vous été libéré?
Mathieu B.: « Tard samedi soir. Je suis passé le dernier devant le juge d’instruction (NDLR, au palais de justice de Paris, sur l’île de la Cité). Cela a duré cinq minutes. L’avocat commis d’office m’avait prévenu un peu avant que mon dossier était vide. Un peu embarrassé, le juge m’a signifié mon placement sous contrôle judiciaire et ma mise en examen. Une fois dehors, j’ai retrouvé les autres qui venaient d’être libérés et des amis venus nous accueillir.»

Ensuite?
«Avec ma compagne (Aria T., arrêtée avec lui à Tarnac et qui a aussi vécu la garde à vue), nous sommes rentrés à Rouen par le dernier train. Et le lendemain matin, nous sommes allés chercher notre fils de neuf mois qui était chez mes parents. Nous avons raconté à nos proches l’enchaînement des événements.»
Que retenez-vous des premiers moments de la perquisition?
«Nous avons été braqués nus par des policiers cagoulés, et menottés. Le lit de notre fils a été retourné, les pots de confiture de ma mère vidés. Cela a duré des heures, sans qu’ils ne trouvent rien de compromettant.»

Quand avez-vous été conduits à Paris?
« Le convoi de véhicules est parti en fin d’après-midi. Transportés à 180 km/h sur l’autoroute, nous avons dû arriver vers 20 h à Paris. Je me suis retrouvé dans une cellule de 5 m² sans fenêtre, avec pour seul mobilier un banc en béton, le tout baigné d’une très faible lumière.»

Les interrogatoires ont-ils débuté tout de suite?

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// «Non, seulement le lendemain matin. J’ai répondu à des questions très précises sur ma vie, mes études, mes parents. Les policiers m’ont ensuite interrogé sur mes opinions, au sujet de Sarkozy, de livres comme L’Insurrection qui vient. Ensuite, j’ai été questionné sur ma participation à la manifestation de Vichy (le 3 novembre en marge d’une réunion européenne sur l’immigration) puis sur les sabotages SNCF. J’ai raconté en détail cette soirée-là, que j’ai passée à Rouen en ville et à une fête avec des amis.»
Avez-vous subi des atteintes physiques durant votre garde à vue?
« Non, il s’agissait plutôt d’intimidation du genre : »On sait que tu mens » ou  »tu ne reverras jamais ton fils ». A partir du jeudi, les policiers ont cessé de m’interroger sur les faits et m’ont questionné sur mes lectures, les gens croisés dans ma vie, les manifestations auxquelles j’ai participé. Ils m’ont sorti ma lampe frontale, l’adresse de mon ancien proprio… le moindre objet insignifiant était sujet à interprétation.»

Avez-vous eu peur?
« Le troisième jour a été très difficile. Je savais qu’ils n’avaient rien contre moi mais les idées s’embrouillaient dans ma tête sous l’effet de la fatigue, du manque de nourriture. La situation était si surréaliste que j’avais l’impression d’être dans les Bronzés à Guantanamo (sic).»

Avez-vous compris le pourquoi de votre arrestation?
« Je pense que l’on a payé notre activité intellectuelle et nos opinions, notre critique de la société de consommation, notre mode de vie basé sur le partage et l’entraide. Pour moi, il s’agissait d’une arrestation politique.»

propos recueillis par Paul Mouchel
« Etranger aux sabotages »
Pour Mathieu B., qui se dit « étranger aux sabotages SNCF », cette arrestation était une « opération politique ». « Vivre en communauté (NDLR : les Rouennais vivent à huit dans deux maisons), partager plutôt que de vivre chacun dans son coin, faire un pas de côté vis-à-vis de rapports dominants serait potentiellement terroriste ? », s’interroge Mathieu. « Nous avons une autre idée de la politique qui s’applique à notre mode de vie. Alors que tout va mal, on cherche à s’organiser localement en produisant des légumes, partageant le peu qu’on a, joyeusement. » « Notre activisme se concrétise dans l’écriture, l’édition de textes disponibles en librairie, mais aussi dans la participation à des manifestations comme beaucoup d’autres organisations. » Et si les idées de partage et communautaires sont plutôt estampillées de gauche, Mathieu et
ses amis ne se revendiquent d’aucun courant politique. Ils sont d’ailleurs en passe de créer à Rouen une cantine solidaire qui sera également un lieu d’échanges.

Article paru le : 21 novembre 2008

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Des vidéos supplémentaires…

Publiées il y a quelques temps, on les avait ratées…

On les publie ici, également pour montrer comment la presse a pu instrumentaliser l’arrestation des 9 !

Tout d’abord, une vidéo scandaleuse, amalgamant tous les manifestants des G8 ou autres contre-sommets de Vichy à des terroristes : de telles désinformations devraient pousser certains journalistes à changer de métier.

Une interview du père de Julien Coupat sur France 5, avec un animateur (on ne peut pas appeler ça du journalisme…) très limite…

Extrait de l’émission Arrêt sur Image qui essaie de démêler les pratiques douteuses de certains médias

Le lien vers un radiozapping réalisé par le Monde.fr du 12 novembre : à écouter ici.

Pour rappel, on avait déjà publié :

Interview d’Eric Hazan ;

les J’espère des Guignols ;

des vidéos de France 3 Limousin ; ;

le comité de soutien sur France 2 ; ;

la bataille du rail ; ;

une parodie du Journal de TF1 ; ;

– une chronique de Didier Porte sur France Inter ici et ici ;




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