Posts Tagged ‘terroriste

06
Déc
09

« Fallait pas nous mettre dans la même prison ! »

Villiers-le-Bel, Tarnac… « Fallait pas nous mettre dans la même prison ! », par Maka Kanté et Benjamin Rosoux
LE MONDE | 23.11.09 | 13h46  •  Mis à jour le 23.11.09 | 13h46

Je suis Maka, j’ai 22 ans, je suis en détention préventive depuis le 23 février 2008. Je suis mis en examen pour « tentative d’homicide volontaire sur agents des forces de l’ordre » depuis le grand baroud policier qui avait suivi les émeutes de novembre 2007 à Villiers-le-Bel. Des centaines de jeunes ont affronté la police suite à la mort de deux adolescents, dans une collision avec un véhicule de police.

Je suis Benjamin, j’ai 31 ans, je suis sous contrôle judiciaire, mis en examen pour participation à « une association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste » suite aux opérations de police menées sur tout le territoire, notamment à Tarnac, en réaction aux sabotages simultanés de l’alimentation électrique de plusieurs voies TGV en novembre 2008.

Un Blanc. Un Noir. Cité du Val-d’Oise. Petit village de Corrèze. Parents immigrés africains de première génération. Classe moyenne de province. Diplôme universitaire. Déscolarisation précoce. Nos histoires se croisent au hasard d’une désertion des voies tracées pour nous dans le grand cirque de la reproduction sociale.

Désertion des « possibilités » d’un plan de carrière universitaire et professionnel tout tracé. Désertion de la perspective de rejoindre la France qui se lève vraiment tôt, celle qu’on croise à 5 heures du soir dans le RER, celle qui nettoie la scène où la France qui compte se produira au grand jour.

Désertion en tout cas de cette France qui expulse, qui parque, qui discrimine, qui classe, ordonne, juge et enferme toujours selon la classe, la race, le « patrimoine ». Nous nous sommes trouvés dans une petite cour de promenade humide et glauque de la prison de Fresnes, de sinistre réputation. A l’ombre des barbelés, les pieds dans l’urine des rats. Un an déjà s’est passé depuis notre rencontre et le système judiciaire n’a pas manqué de manifester sa véritable nature : un système qui fixe au jour le jour les critères de ce qui est acceptable et de ce qui ne l’est pas au bénéfice, le plus souvent, des classes dominantes de cette société. Face à ce système, et pris dans le viseur d’un gouvernement qui ne cesse de mettre la vieille tradition réactionnaire française au goût du jour, nous endossons chacun la défroque d’une figure de l’ennemi intérieur nouvelle vague.

On comprend bien l’acharnement que met ce gouvernement – appuyé en cela par la plupart des médias – à faire de nous, chacun à sa façon, les plus terribles portraits, « barbares », « inconscients », « ultra-violents », « anarcho-autonomes », « racailles » et toutes sortes d’autres outrances langagières. On sent aussi à quel point ce que l’on conjure à tant nous calomnier c’est la crainte que ces figures soient finalement plus désirables que les figures officielles de la réussite et de l’intégration.

Et elles le sont sans aucun doute… Le jeune diplômé qui crache dans la soupe de l’Occident triomphant et ne compte pas en rester là ; le jeune fils d’immigré qui refuse de rempiler dans les fonctions de larbin qu’on a toujours massivement réservées à ceux de sa couleur.

Notez que, même aux rangs des ennemis intérieurs désignés, la couleur de peau et l’extraction font encore une terrible différence. La « société civile », les médias s’émeuvent beaucoup moins du sort de quelques jeunes « indigènes » aux prises avec une police galvanisée que lorsqu’il s’agit de rejetons de la classe moyenne blanche – socle politique de ce pays. Et les magistrats ont toujours la main plus lourde.

Nous nous sommes retrouvés là, l’un et l’autre, sur foi de réquisitoires aussi peu fondés l’un que l’autre, où le bon vieux « témoignage anonyme », pour ne pas dire « délation crapuleuse », dispense opportunément de la « charge de la preuve »… Pris dans de véritables affaires d’Etat où les enjeux politiques dépassent largement le sort particulier de nos petites personnes, voire s’en balancent, au profit d’enjeux électoraux, de compétition des services de renseignement et de police, de politiques de communication policières et ministérielles.

Nicolas Sarkozy avait dit, avant même son élection à la tête de l’Etat, toute sa crainte d’une « jonction » – jamais advenue – entre le mouvement des universités contre le contrat première embauche (CPE) et les différentes vagues de révoltes de la jeunesse de banlieue, ce n’est pas le moindre des paradoxes que ce soit sa politique de répression elle-même qui nous fasse nous rencontrer. Il n’y a jamais eu meilleur catalyseur que l’épreuve d’une hostilité commune pour passer des frontières qui étaient parfois apparues infranchissables. La simple juxtaposition de nos deux histoires éclaire le présent d’une lumière plus crue. Nous pensons que notre rencontre n’est pas qu’une anecdote sympathique. Elle nous a paru à tous deux préfigurer ce qui doit arriver, ce qui, comme peu d’autres choses, indique une sortie du marasme politique du présent.

Si nous prenons la parole aujourd’hui, c’est qu’il est temps d’en finir avec l’habituel fatalisme qui entoure ceux qui sont pris dans les rouages de la justice et qui n’ont d’autre horizon que le broyage pénitentiaire. Nous ne sommes pas des épouvantails, nous sommes doués de parole et de pensée et nous comptons bien en faire usage envers et contre tout étouffement.

Fin octobre a été prononcé un non-lieu pour les policiers qui étaient à bord du véhicule qui a provoqué la mort de Larami et Moushin. Il n’y aura pas de procès. Dans le même temps, on annonce le renvoi aux assises des quatre personnes soupçonnées, sans preuves, d’avoir participé aux tirs contre les forces de police pendant les émeutes. Tout semble annoncer un procès expiatoire.

Il s’agira de faire un exemple pour toute la jeunesse révoltée de ce pays : « N’espérez même pas pouvoir vous défendre ! Nous jouissons de l’impunité totale, vous risquez des peines énormes. Vous êtes pieds et poings liés », semblent hurler tous les pouvoirs réunis en une seule et même chorale infernale. Et nous n’avons pas fini de l’entendre : le 27 octobre avait lieu à Clichy-sous-Bois une commémoration de la mort de Zyed et Bouna dans un transformateur électrique lors d’une course-poursuite avec la police en 2005 ; ce même jour les policiers ont déposé une plainte contre Muhittin, seul survivant du trio d’adolescents, aujourd’hui majeur, pour « non-assistance à personne en danger ».

Je suis Benjamin, je suis resté à peine trois semaines en détention. Comme mes co-mis en examen je suis depuis onze mois sous contrôle judiciaire strict avec l’interdiction de rentrer chez moi. Je cherche à faire que ce temps volé par l’appareil judiciaire ne soit pas un temps mort.

Je suis Maka, comme mes co-mis en examen je suis depuis vingt mois en détention « préventive », et placé à l’isolement. Je lis, j’écris, j’aiguise ma compréhension de ce monde et de la place qui nous y a été dévolue ; je fais ma révolution dans 9 mètres carrés.

Nous ne sommes que deux exemples parmi tant d’autres que nous ne pouvons tous citer ici. L’année 2010 devrait voir de nouveaux rebondissements dans nos deux « affaires ». Elles sont toutes deux emblématiques de la guerre totale que mène ce gouvernement contre tout ce qui ne se soumet pas à son idéal glacé et policé. Nous pensons que ces victoires ne leur sont pas assurées.

Nous savons que nous sommes toujours plus nombreux, de tous horizons, déterminés à ne pas les laisser marcher sur nos têtes. Il faut que ces « épisodes » judiciaires soient aussi pour chacun l’occasion d’une prise de parti dans l’époque. Rester silencieux en de telles circonstances revient à tenir le manche de la pelle qui s’évertue à vouloir nous enterrer vivants.


Maka Kanté a été mis en examen et incarcéré pour les émeutes de Villiers-le-Bel ;

Benjamin Rosoux a été mis en examen dans l' »affaire de Tarnac ».

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26
Mar
09

Pseudos rebondissements dans l’affaire dite de Tarnac

publié ici. Reproduit ci-dessous.

La journée d’hier a été l’occasion de pseudos rebondissements dans l’affaire dite de Tarnac.

Dans un premier temps, un article du journal Le Monde revient à nouveau sur l’enquête judiciaire : une journaliste ayant visiblement eu accès à l’intégralité du dossier d’instruction. Décrivant sur toute une page ce qu’elle y a découvert, elle en arrive à cette conclusion (la même que tous ceux qui ont pu accéder à ces informations) : la justice ne dispose d’aucun élément matériel permettant d’étayer l’accusation « d’association de malfaiteur en relation avec une entreprise terroriste ». L’article détaille par ailleurs les mesures toujours plus délirantes qui furent mises en oeuvre pour surveiller Julien pendant plusieurs mois : écoutes, caméras dans les arbres, intervention des services financiers, courrier ouvert, filatures, enquêtes de voisinage, etc.

Quelques heures après la sortie de cet article, l’accusation s’est fendue d’une brève contre-attaque. « Non non le dossier n’est pas vide » : la police prétend avoir « découvert » plusieurs documents informatiques permettant de légitimer l’accusation de terrorisme : des textes évoquant l’ouvrage « l’Insurrection qui vient », une quittance EDF (« qui aurait pu servir à d’éventuelles falsification »), et un « manuel » de 60 pages (!) expliquant la fabrication de bombes artisanales. La police et le parquet sont visiblement à la peine pour tenter de relancer l’intérêt pour cette affaire. Personne ne croira sérieusement à la « découverte », sur des ordinateurs saisis il y a 4 mois déjà, de « nouveaux » documents accablants. Il ne faut pas plus de quelques heures pour faire le tour d’un disque dur. Une partie du matériel informatique a d’ailleurs été inspectée durant les gardes à vues. Ces documents sont-ils si crédibles qu’il n’a même pas été nécessaire de les évoquer plus tôt dans l’enquête ? Où découlent-ils de pures falsifications ? Ces basses manoeuvres sont celles d’une accusation visiblement en perte d’arguments.

Malgré la grossièreté de telles opérations, il n’en a pas fallu beaucoup plus à certains médias pour relayer cette information « croustillante », participant (encore une fois) pleinement à cette nouvelle opération de propagande (qui vise à faire oublier la faiblesse du dossier d’instruction). La police se délecte : elle a non seulement réussi à réactiver l’imaginaire terroriste (grâce au simple mot « bombe »), mais elle prétend à partir de ces « nouveaux éléments » pouvoir user de cette spécificité française qu’est l’accusation d’ »association de malfaiteur en relation avec une entreprise terroriste » – qui permet des condamnations préventives sur des présomptions d’intention, même quand aucun acte ne peut être imputé aux inculpés. Gageons que ces pseudo révélations feront long feu, comme nombre d’éléments dans cette affaire qui, avant d’être totalement décridiblisés, furent brandis victorieusement par les fins limiers de la SDAT. Il serait d’ailleurs temps que l’accusation cesse de se ridiculiser jour après jour.

Rappelons enfin que cette offensive intervient alors que les inculpés ont publié il y a peu une lettre ouverte à leurs juges, et tandis que le pouvoir accentue les opérations répressives dans la crainte de troubles sociaux (poursuites judiciaires à la suite de la manif du 19 mars, lois anti-bandes, réincarcération de Farid, sommet de l’OTAN).

22
Mar
09

De Villiers-le-Bel à Tarnac nouvelles d’un front… par Benjamin épicier-terroriste

Publié ici : http://www.mediapart.fr/node/36417

Souvenez-vous Villiers-le-Bel, la mort des deux adolescents fauchés par une voiture de police, deux jours d’émeutes d’une rare intensité et le déploiement d’une véritable force militaire et de toutes les dernières technologies de la contre insurrection (hélicoptères, drones…). C’était fin novembre 2007.

Février 2008, tout le monde s’en souvient, nous sommes bombardés d’images d’une opération massive d’encerclement du quartier et de perquisitions en série menées par un dispositif policier complètement surdimensionné avec journalistes « embarqués ». Arrestations en série, interrogatoires, garde à vues, relaxe pour la plupart, rien, aucun éléments trouvés. Alors on monte encore d’un cran, appels à la délation contre rémunération, et protection spéciale du statut de « témoin sous x ». Nouvelles arrestations, cinq personnes sont mises en examen, sur cette seule base, la délation rémunérée.

Qu’en est il aujourd’hui, qui se préoccupe de leur sort sinon leurs amis et les habitants du quartier?

Ils ont tous fait un an de  »prison préventive », ponctué d’auditions d’un juge d’instruction, mais rien, de l’avis de tous et principalement de la défense, le dossier est entièrement vide. Mais quand il faut des coupables, surtout quand en partie civile on a une soixantaine d’agents des forces de l’ordre, mises à mal, ces forces là, sur le terrain autant que dans le procès pour la mort des jeunes qui piétinne toujours, on ne s’attarde pas sur ce genre de détails.

Fin février de cette année, comme c’est prévu par la loi qui régit la détention préventive, ces cinq personnes ont été représentées devant un juge des libertés pour juger de l’éventualité de leur mise en liberté ou de la prolongation de la détention. Par ce qui semble être un pur hasard ou un dérapage conscient du juge, la première des personnes présentées est libérée… puis par un étrange phénomène qu’on pourra supposer « de couloir », les quatre autres qui ne présentaient rien de plus « à charge » dans leur dossier, voient leur mandat de dépôt prolongé pour six nouveaux mois. Sans perspective de procès. En silence. Personne n’en parle, jamais.

Alors on pourra comprendre que certains s’étonnent de la pourtant déjà minime agitation autour du maintien en détention de Julien Coupat.Qui est finalement loin d’être une exception, un cas isolé…

Il faudrait pouvoir ne pas toujours prendre les choses par le petit bout de la lorgnette, ne pas « réagir » à chaque fois comme si c’était la première fois, ne pas faire mine de découvrir toujours, les rouages de la raison d’état, les comportements politiques dictés par la rente électorale, le journalisme toujours plus ramené à un simple rôle d’échos des dépêches du parti de l’ordre, pas tant du fait d’une quelconque tutelle officieuse sinon du fait d’une incompétence chronique, d’un défaut de sens historique, d’une amnésie crasse, d’un manque d’exigence patent. Les exceptions à cette règle sont beaucoup trop rares pour prétendre sauver la profession, désolé pour eux.

A leur décharge toutefois, c’est vrai qu’on imagine mal comment il pourraient porter à eux seuls la tâche qui devrait revenir à chacun. Nous sommes jusqu’au cou dans une époque ou dire et « parler de » ne suffit plus depuis longtemps, et contribue même peut-être à renforcer le sentiment d’impuissance généralisé. Alors comment faire?

Comment ne plus juste « parler de », mais répondre, pied à pied, chacun à sa manière, à la guerre qui nous est faite.

13
Déc
08

L’Ultra-gauche est aussi en Aveyron !

Des terroristes aveyronnais s’en prennent à la population locale ! Que font MAM et les directions anti-terroristes ?

10
Déc
08

Ultra-gauche : manipulation de France Inter

Lors de sa diffusion sur FRANCE-INTER cette interview à été tronqué à 1min 13sec de cette vidéo. Denis Astagneau a effectué une coupe, au bon moment… permettant de livrer un « scoop » à l’auditeur : le reportage a été coupé pour lui faire dire à peu près le contraire de ce qu’il disait.

06
Déc
08

Le Monde : « Un désaveu assez radical »

« Un désaveu assez radical »
LE MONDE | 03.12.08 | 14h46

ls faisaient partie du « noyau dur » d’un groupe soupçonné de terrorisme : trois ont été remis en liberté, le temps de l’instruction. Gabrielle H., Manon G. et Benjamin R. sont sortis de prison, mardi 2 décembre dans la soirée, sur décision de la chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris, rejoignant ainsi quatre autres jeunes, également mis en examen pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste et placés sous contrôle judiciaire. Sur les neuf personnes interpellées le 11 novembre à Tarnac (Corrèze) et Paris, il n’en reste que deux en détention provisoire : Julien Coupat, 34 ans, présenté par la police comme le chef du groupe, et son amie Yldune, 25 ans. Tous deux, comme Gabrielle H., sont soupçonnés d’avoir commis des dégradations sur les voies ferroviaires.

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« C’est un premier pas fondamental, et surtout un désaveu assez radical de la manière dont cette affaire a été présentée politiquement et médiatiquement », s’est félicitée Irène Terrel, l’avocate de quatre des cinq personnes jusqu’ici incarcérées. Les trois jeunes qui ont recouvré la liberté ont rejoint leur famille avec l’interdiction de se voir, et aucun d’entre eux ne devrait, du moins dans l’immédiat, retourner à Tarnac, où s’est formé un comité de soutien.

Mardi, un membre d’un autre comité de soutien, en Belgique cette fois, a révélé avoir été interpellé le 27 novembre. Adrien X. affirme avoir été arrêté à Bruxelles alors qu’il circulait à bord d’un véhicule français qui lui avait été prêté par « une amie de sa cousine ». Faisant l’objet d’un signalement européen, la voiture a été confisquée. La police y aurait trouvé des documents relatifs à l’affaire de Tarnac. Le domicile d’Adrien X., libéré sans explications, après une douzaine d’heures, celui de son amie et celui de son employeur, un libraire, ont été perquisitionnés par la police antiterroriste en l’absence des intéressés. Le comité belge dénonce un « amalgame entre contestation politique et terrorisme ».

Isabelle Mandraud et Jean-Pierre Stroobants (à Bruxelles)
Article paru dans l’édition du 04.12.08
29
Nov
08

Des manifestants expulsés du palais de justice de Paris

Les manifestants ont été expulsés du Palais de justice par les gendarmes alors qu’ils exprimaient leur soutien aux demandes de remise en liberté des 5 prévenus encore détenus. C’était ce vendredi 28 novembre au soir.

L’article du site nouvelsobs.com propose une vidéo de cete expulsion musclée ici. Des manifestants ont été détenus jusqu’à ce matin, mais à notre connaissance, ils ont tous été libérés, sans poursuite.

Renforçons notre soutien !